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La Chine et la crise : transformer le risque en opportunité
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(2 avril 2009)   •  E. Fonrath

La situation de l’économie chinoise et sa vulnérabilité ou sa résistance à la crise actuelle restent une énigme. La volonté de Pékin de peser lors du G20 l’est nettement moins.

En effet, il est bien malaisé de donner une évaluation exacte des conséquences de la crise sur l’économie chinoise au-delà de quelques constats comme la baisse des exportations ou le licenciement de quelque 20 millions de migrants. De fait, autorités et organes de presse diffusent depuis plusieurs mois des informations contradictoires. Ainsi, aux discours pessimistes de Hu Jintao et de Wen Jiabao en décembre dernier ont succédé plusieurs études prouvant la capacité de résistance et de réaction de l’économie chinoise.

Ainsi en va-t-il des divergences sur les prévisions de croissance de l’économie chinoise en 2009. Les statisticiens font varier leurs estimations entre 6% et 9% avec des autorités chinoises qui affirment « dur comme fer » que le niveau symbolique des 8% sera tenu (ce chiffre est souvent considéré comme le taux de croissance minimal pour créer suffisamment d’emplois afin d’absorber les quelque 8 millions de demandeurs que la Chine « produit » chaque année).

Par ailleurs, le « package » de dépenses publiques (586 milliards de dollars) consenti par le gouvernement en novembre 2008 et destiné à stimuler l’économie nationale, est aussi un objet de débats. Les provinces les plus touchées l’ont estimé trop faible (et pas forcément bien réparti, l’essentiel étant consacré à des projets de grands travaux peu susceptibles de concourir à une relance de la consommation intérieure). Le gouvernement a d’abord refusé d’envisager une augmentation de ces dépenses avant que Wen Jiabao souligne en clôture de la session de l’Assemblée Nationale Populaire mi-mars que ce « package » pourrait bénéficier d’une rallonge en cas de besoin.

Sur l’efficacité de ces investissements publics, les avis divergent aussi grandement. Le gouvernement se félicite déjà de la promptitude avec laquelle Pékin a réagi et qui aurait enrayé le ralentissement économique. Zhou Xiaochuan, Gouverneur de la Banque populaire de Chine perçoit même des signes annonciateurs d’une reprise de la croissance ! Pourtant, nombre de grands centres industriels en province (Guangdong, Nankin, Liaoning entre autres) envisagent de rétablir cette année un congé d’une semaine à l’occasion du 1er mai. Cette suggestion, qui est contraire aux « recommandations » de Pékin qui avait réduit ces vacances à trois jours en 2008, aurait pour but de relancer la consommation des ménages ; elle semble indiquer que l’on ne partage pas en province l’optimisme de Zhou Xiaochuan et de l’institut de recherche de la banque JP Morgan’s Asia qui fait état des mêmes signaux positifs suite à la mise en oeuvre du « stimulus package ».

Le G-20 qui se tient à Londres début avril pourrait expliquer en partie ces dissonances entre Pékin et les provinces sur l’impact de la crise sur l’économie nationale. La priorité des autorités locales reste la situation au quotidien dans leur circonscription tandis que le gouvernement s’inscrit lui dans le long terme. Si elles ne cachent pas leur préoccupation vis-à-vis de la crise actuelle, les autorités de Pékin sont arrivées à Londres en position de force avec une économie plus résistante que ses homologues américaine et européenne. Cette capacité de résistance à la crise accentue l’influence de la délégation chinoise et la crédibilité de ses propositions. Celle, lancée par Zhou Xiaochuan, qui consiste à créer une monnaie mondiale de réserve gérée par le FMI pour à terme remplacer le dollar indique très clairement que la RPC n’a pas l’intention de se contenter d’un rôle d’auditeur ou même de consultant mais qu’elle estime que le moment est peut être venu d’affirmer son leadership dans l’économie mondiale. Compte tenu de l’interdépendance des économies américaines et chinoises, on irait alors vers une direction à deux de l’économie du monde. La victime première de cet arrangement entre Washington et Pékin serait bien sûr l’Union Européenne.

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