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›› Editorial

2000 – 2012. Les défis du Dragon

L’année du Dragon a débuté le 23 janvier. La traditionnelle réunion des familles a déjà mis en mouvement l’équivalent de 5 fois la population de la France. 300 millions de Chinois qui, en moyenne, effectueront chacun une dizaine de petits et grands voyages, portant le total des déplacements à plus de 3 milliards pendant les 5 semaines de festivités.

Ces dernières, commencées il y a deux semaines prendront officiellement fin le 6 février, lors de la fête des lanternes, à la première pleine lune de l’année. Un regard vers le début du cycle, commencé lors de la précédente année du Dragon en 2000, mesure à la fois le chemin parcouru, l’accélération du développement du pays, ses contradictions et ses limites.

Les belles images d’une formidable croissance.

Le PIB, en hausse moyenne de 9,8% par an, a presque été multiplié par 4, homothétique du nombre de voyages sur les routes chinoises du Chunjie, eux aussi quatre fois plus nombreux qu’il y a douze ans. En 2001, bénéficiant d’un sursis pour adapter son économie aux lois du marché, la Chine a intégré l’OMC ; en 2003 elle a envoyé un homme dans l’espace et accéléré ses programmes de station spatiale autonome, d’exploration de la lune et de GPS, en partie opérationnel depuis décembre 2011.

En 2008, elle a organisé ses premiers JO avec une exceptionnelle maîtrise, raflant 100 médailles, dont 51 médailles d’or (1re au classement des médailles d’or et 2e, derrière les Etats-Unis, au classement général) ; en 2010, elle a attiré 73 millions de visiteurs à l’expo universelle de Shanghai, battant le record d’Osaka vieux de 40 ans. La même année, ayant doublé sa consommation d’énergie depuis 2000, au point de dépasser celle des Etats-Unis, elle est devenue, devant le Japon, la deuxième économie de la planète.

La croissance rapide s’accompagne d’une dépendance de plus en plus forte aux matières premières dont les prix sont poussés à la hausse par la voracité de l’industrie et dont les gisements font presque systématiquement l’objet d’offres chinoises difficiles à concurrencer. Entre 2000 et 2012 la consommation de pétrole est passée de 5 millions de barils/jour à 11 millions ; et, dans la même période, les importations annuelles de pétrole ont bondi de 60 à 240 millions de tonnes ; celles de minerai de fer de 69 à plus de 600 millions de tonnes.

Les offres chinoises de cette quête insatiable sont appuyées par la puissance financière des grandes banques publiques, en Amérique latine, en Asie Centrale, en Afghanistan, en Afrique, en Birmanie et au Moyen Orient. Parfois, les appétits d’une croissance souvent gaspilleuse et polluante télescopent la situation stratégique globale, au Soudan, en Iran, en Libye et en Syrie, où les intérêts de Pékin tendent à s’opposer à ceux des pays occidentaux.

Le nouveau profil international de la Chine. Le bras de fer avec les Etats-Unis.

Les succès dont le Parti se réclame pour consolider sa légitimité ont conféré à Pékin une stature internationale nouvelle. Le monde entier, et en particulier l’Europe malade, courtise ses réserves financières ; son insolente croissance au milieu d’un monde occidental couvert de dettes a fait vaciller les convictions libérales, y compris politiques, en faveur d’un idéal de gouvernement autoritaire, dont Singapour serait le modèle éclairé.

En Asie du Sud-est, l’empreinte commerciale de Pékin s’est alourdie par le truchement d’accords de libre échange inaugurés en janvier 2010, associant 6 pays de l’ASEAN, la Chine, la Corée et le Japon, tandis qu’en Asie Centrale, principale cible de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), les compagnies d’hydrocarbures chinoises concurrencent désormais les Russes et les Occidentales dans la course au pétrole et au gaz.

Parallèlement, confortée par ses succès, et peut-être placée sous l’influence des factions les plus nationalistes qui souhaitent rehausser l’image stratégique du pays, la posture de Pékin s’est durcie en Asie. Resserrant ses liens avec Pyongyang et critiquant de plus en plus durement l’entrisme américain, le Bureau Politique, dont l’extravagance inflexible des revendications en Mer de Chine crée de nombreuses inquiétudes chez les riverains, doit, depuis quelques semaines, faire face à une réaction américaine, renforcée par un raidissement de New-Delhi.

Celle-ci est articulée autour des alliances militaires traditionnelles de Washington - Japon, Corée du Sud, Philippines, Thaïlande -, appuyées par un vaste projet concurrent, encore dans les limbes, de libre échange en Asie du Sud-est et un rapprochement avec l’Inde et l’Indonésie ; le tout ponctué par un retour en force en Birmanie et un regain d’activisme dans les arrières cours de la Chine sur le thème des effets pervers de ses barrages dans les pays du Bas Mékong. Dans ce tableau tendu, la seule embellie reste Taïwan avec qui les relations se sont radicalement apaisées depuis le retour au pouvoir du KMT en 2008.

L’image passablement heurtée des approches immédiates de la Chine contraste avec celle qui prévalait en 2000, quand, depuis près de 10 ans, Pékin s’appliquait à apaiser son environnement direct, activant ses dialogues stratégiques avec ses voisins, établissant des relations diplomatiques avec la Corée du Sud (1992), créant l’OCS (2001), puis resserrant ses relations avec l’Inde tout au long des années 2000 – 2010, tandis que l’administration Bush confrontée à la menace terroriste cherchait activement l’appui de Pékin.


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