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›› Société

Le difficile financement des logements sociaux. Effacement de la dette des provinces

Le grand programme de logements à loyers modérés, cheval de bataille de Wen Jiabao, rendu public lors de la réunion annuelle de l’ANP en mars dernier, pourrait se heurter à des problèmes de financement, qui, eux-mêmes, mettent à jour les difficultés de trésorerie des administrations locales.

Mis en place pour alléger la pression sur les prix immobiliers et désamorcer la grogne des classes moyennes pour qui un appartement dans le centre des grandes villes est aujourd’hui hors de portée, le projet vise à construire 36 millions de logements à prix réduits - en moyenne 100 $ de loyer mensuel pour un 60 m2 en banlieue.

Impassse financière

Mais déjà se dresse le spectre de l’insuffisance des moyens financiers destinés au programme. Pour la seule année en cours, les 10 millions de logements planifiés coûteraient 200 Mds de $, dont un peu plus du tiers serait payé par les caisses de l’état central, le reste étant à la charge des investisseurs privés ou publics de la nébuleuse des sociétés commerciales ou industrielles, également étroitement connectées aux institutions financières locales liées à l’administration.

Tout indique cependant que ce schéma théorique de financement fonctionne mal. S’il est vrai que les projets immobiliers de luxe aux retours lucratifs rapides, encore alimentés par la spéculation, ont toujours constitué une manne attirante pour les investisseurs, il en va tout autrement pour ce programme social très modestement rémunérateur. Selon l’agence Xinhua, à 4 mois des échéances de fin d’année, seulement 30% des chantiers ont été lancés.

Les plus optimistes y voient une indication que les autorités provinciales ont des difficultés à dégager les capitaux et les terrains nécessaires au projet. Mais certains, comme l’association des agences immobilières, diagnostiquent surtout un manque de motivation de la part des opérateurs traditionnels, habitués aux projets de luxe plus avantageux. Pour ne rien arranger, à ces contretemps s’ajoute la difficulté d’obtenir un prêt suite aux récents resserrements du crédit opérés par la Banque de Chine.

Selon le China Daily du 7 juin, lorsqu’en mai dernier le Ministre du logement et du développement rural pressait les autorités locales de rendre compte de l’état de leurs projets, il devint clair que presque toutes les provinces avaient pris du retard. La municipalité de Chongqing serait une exception notable, Bo Xilai, le Secrétaire Général du Parti, à la fibre révolutionnaire néo-maoïste ayant en effet lancé un programme de 40 millions de m2 de logements de type HLM, en partie financés par les entreprises publiques.

Mais dans le milieu des professionnels de l’immobilier personne n’a été surpris des retards à l’allumage. Interrogé par le China Daily, un agent opérant en Chine du nord expliquait en effet : « les gouvernements locaux, déjà criblés de dettes, ne parviendront pas à lever suffisamment de fonds en quelques mois ».

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Les grands moyens pour une priorité cardinale

Confronté à une impasse, les pouvoirs publics ont d’abord fait savoir en mars, par la voix du Président de la Commission de régulation bancaire Liu Mingkang, que les restrictions de crédit ne concerneraient pas les projets de logements sociaux. Puis, mis en présence du cul-de-sac financier des administrations locales très endettées et dont les revenus liés aux spéculations sur les terres ont, ces dernières années, été sérieusement écornées, le gouvernement prenait fin mai la décision surprise d’éponger la totalité des dettes des gouvernements locaux à hauteur de 463 Mds de $.

Bien que Pékin n’ait pas encore indiqué par quelle méthode il procèdera à ce grand nettoyage d’urgence des créances douteuses accumulées par les agences de financement locales durant la crise, on peut supposer que, comme pour la mise au net des banques entre 1998 et 2005, des sociétés de défaisance rachèteront par des obligations d’état non négociables les dettes non recouvrables, qui disparaîtront des comptes publics.

Les conséquences à long terme de cette décision sont difficiles à prévoir. La dette chinoise est en totalité interne, et donc moins sensible. Mais certaines agences, plus pessimistes, anticipent une crise du système bancaire en 2013.

La manoeuvre brutale indique en tous cas à quel point le projet des logements sociaux - qui, sans être la seule raison de la décision subite d’apurer les créances douteuses des provinces, en aura au moins été un des déclencheurs - est une priorité cardinale pour le pouvoir, décidé à contrôler la grogne des classes moyennes. Lancé par Wen Jiabao en mars, il a déjà été entériné sans ambiguïté par son successeur probable, Li Keqiang, qui a souligné le caractère obligatoire des objectifs fixés par le gouvernement.

L’insistance qui accompagne le programme de logements à prix réduits (à l’achat et à la location) témoigne de la marque sociale de l’équipe Hu Jintao - Wen Jiabao, clairement affirmée dès 2002 et confirmée lors du 17e Congrès en 2007.

Il s’agit, avec la réforme du système de santé qui s’accélère depuis 2009, du deuxième grand chantier de rééquilibrage des inégalités. Ils expriment l’attention portée à la paysannerie et surtout aux classes moyennes des villes, dont la vie quotidienne est systématiquement mise en présence d’insondables inégalités de fortune et de droits.

Que ces deux réformes cruciales pour « l’harmonie » sociale, fil conducteur de l’action politique de l’équipe mise en place en 2002, se heurtent aujourd’hui à des obstacles presque identiques de financement surgis des provinces (voir notre article), dont la racine est l’absence de retours lucratifs, habituel appât des apports massifs de capitaux, constitue une situation alarmante.

Pour la mouvance sociale - réformatrice, elle exprime à la fois une quadrature du cercle et le signal avant coureur de sérieux obstacles sur la route des indispensables rééquilibrages sociaux qui devraient accompagner la bascule du schéma de croissance chinoise vers plus de consommation interne, moins d’attention accordée à l’export, avec, par-dessus tout, la limitation des investissements publics massifs, principal moteur de la hausse du PNB, mais qui monopolisent à l’excès les ressources financières du pays.

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En bref.

• Réforme du système de santé.

Le 30 mai, une dépêche de l’agence Xinhua rendait compte de l’avancement de la réforme du système de santé, soulignant que les objectifs intermédiaires du plan avaient été atteints puisque 430 millions de citadins et 830 millions de ruraux bénéficiaient aujourd’hui d’une couverture médicale minimum.

Le point de situation était accompagné d’un couplet de propagande à la gloire du Parti : « Le pays a mis en place une couverture médicale de base qui bénéficie à la presque totalité de la population en seulement 5 années. Il a fallu un siècle à l’Allemagne et 12 années à la Corée du Sud pour parvenir au même résultat ».

Suivaient quelques indications sur les efforts conduits pour mieux médicaliser les zones rurales avec la construction de 1877 hôpitaux de districts et 18 000 centres de soins au niveau des villages. Il reste que les barèmes de remboursement des soins calculés en fonction des revenus - avec un plafond allant jusqu’à six fois le revenu annuel - restent fortement inégalitaires, non seulement parce qu’ils s’alignent sur le niveau de vie des ayants droits, mais également parce que les ruraux sont, dans ce système, toujours très mal lotis, avec un niveau plancher de remboursement très inférieur à celui des citadins.

Le tout était accompagné de précisons sur les augmentations du budget de la santé passé de 4,57% du budget général en 2008 à 5,35% en 2011. Mais la faiblesse de cette hausse maintient la Chine loin derrière les pays de l’OCDE dont les dépenses de santé sont 2 à 3 fois supérieures en pourcentage de PIB.

Enfin, quelques phrases de la dépêche évoquaient, sans cependant donner de précisions sur les financements pour y parvenir, les difficultés qui restaient à surmonter pour mettre en place un système équitable, notamment pour replacer les campagnes au même niveau que les villes et abaisser la part des dépenses obligatoires à la charge des malades, toujours fixées au-dessus de 30%. Ce qui place encore de nombreux soins lourds hors de portée d’une part importante de la population.

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• Réflexions sur le système éducatif chinois. Pour ou contre le « Gaokao »

Un article du Wall Street Journal (China Real Time Report), daté du 16 mai dernier, proposait une analyse critique du système éducatif chinois, en commentaire d’une déclaration officielle soulignant l’augmentation du nombre d’élèves admis dans l’enseignement secondaire et à l’université.

L’argument central tournait autour de l’explosion du nombre de jeunes chinois partis étudier aux Etats-Unis et en Europe. En 2010, 128 000 d’entre eux étaient allés aux Etats-Unis, ce qui faisait des Chinois la plus forte population d’étrangers dans le système universitaire américain, tandis que, depuis 2005, le nombre d’étudiants chinois présents dans le système secondaire avait été multiplié par 4.

La raison de cet accroissement spectaculaire, favorisé par l’augmentation des niveaux de vie de la classe moyenne et la multiplication des grandes fortunes (50% des enfants de milliardaires étudiaient à l’étranger), était que le système éducatif chinois restait toujours handicapé par des méthodes surannées d’enseignement, basées sur l’apprentissage par la mémorisation, sanctionné par des examens rigides, peu favorables au développement de la créativité et des capacités d’analyse. A quoi s’ajoutent de considérables disparités entre les niveaux des universités.

Jiang Xueqin, un jeune enseignant chinois, aujourd’hui vice-directeur du Collège attaché à l’Université de Pékin - Beijing Daxue Fushu Zhongxue 北京大學附屬中學 -,mais ayant eu une solide expérience internationale comme attaché de presse aux Nations Unies, confirme cette analyse : « Les entreprises étrangères comme les Chinoises se plaignent de la qualité des diplômés issus des universités chinoises : ils sont incapables de travailler de manière indépendante, mais en même temps sont peu doués pour les relations sociales et souvent trop arrogants pour apprendre de nouvelles techniques ».

Il est cependant intéressant de noter que le même Jiang, prenant en compte les lourdes contraintes de la situation chinoise, accablée par le nombre, le manque de ressources financières, la culture des passes droits et la faiblesse de l’état de droit, s’est récemment exprimé pour défendre le « Gaokao », ce sésame vers l’université, presqu’uniquement fondé sur la capacité de mémorisation, et considéré par lui comme un moindre mal.

Son argumentation s’articule non seulement autour du manque de ressources financières, talon d’Achille de tous les projets sociaux ou éducatifs, mais également sur l’inégalité fondamentales entre les candidats issus des familles riches et les pauvres, entre ceux ayant baigné dans un univers cultivé et ceux qui en seront toujours privés.

Il dénonce aussi les passes droits qui s’expriment déjà aujourd’hui et dont les effets seraient encore plus injustes si les candidats issus des milieux défavorisés ne pouvaient pas se prévaloir de leur mémoire pour équilibrer les avantages financiers, culturels et sociaux dont bénéficient les enfants des « riches ».

Sa conclusion est marquée d’un solide réalisme et teintée de résignation : « Si après avoir supprimé le « Gaokao », on voulait instituer un système juste et équilibré, il est fort probable que les considérations de justice et d’égalité des chances, conduiraient à recréer un autre « Gaokao », assez proche de celui qui existe aujourd’hui, seule alternative viable.

Certes l’image des enfants apprenant par cœur et régurgitant mécaniquement ce qu’ils ont emmagasiné est décourageante. Pour le reste de leurs jours, ils souffriront du manque d’initiative, d’imagination, et de jugement.

Mais la plupart des gens oublient que, dans l’absence totale de confiance qui entourerait une sélection basée sur un examen oral, ajoutée à la pauvreté générale des étudiants qui les prive des moyens de corrompre les examinateurs, le Gaokao, tel qu’il existe, reste pour le meilleur et pour le pire, la manière la plus juste et la plus humaine de redistribuer les faibles ressources dédiées à l’éducation ».

 

 

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