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›› Editorial

Xi Jinping prépare son voyage aux Etats-Unis. Les critiques contre Washington faiblissent

Le 28 juillet le destroyer lance-missiles américain USS Stethem a été accueilli à Qingdao siège du commandement de la flotte du nord". Photo China News.com

Les 23 et 24 juin, une semaine exactement après l’annonce de la Chine qu’elle mettait fin au remblaiement des îlots en mer de Chine du sud, a eu lieu aux États-Unis la 7e session du dialogue stratégique sino-américain où furent abordées une multitude de questions (le département d’État a répertorié 127 sujets différents, dont beaucoup font l’objet de coopérations bilatérales), l’essentiel allant des relations militaires et des mesures de confiance aux questions d’environnement, en passant par les grandes questions stratégiques en cours (Corée du Nord, Afghanistan, Iran, Syrie, Irak, contre terrorisme, Soudan).

Pékin réajuste ses critiques de l’Amérique.

Surtout, les médias officiels chinois qui préparent la visite de Xi Jinping aux États-Unis en septembre prochain, ont tous abandonné les polémiques accusant Washington de fomenter le chaos et de freiner la montée en puissance de la Chine. Peu après la session du dialogue, Xinhua donnait le ton le 26 juin par plusieurs articles qui mettaient l’accent sur la confiance mutuelle et la richesse de la coopération financière ; le même jour, le Quotidien du Peuple indiquait que la coopération était la seule solution viable et que la session des 23 et 24 juin avait été un pas significatif vers la construction des relations sino-américaines stables.

En même temps, le Global Times, habituellement le plus polémique, expliquait que le succès du dialogue prouvait la solidité de la relation. Le 29 juillet, il publiait la photo édifiante d’un officier de marine américain en escale à Qingdao à bord du destroyer lance missiles USS Stethem (DDG 63), reçu avec des fleurs et les sourires des journalistes et marins chinois. Il est clair qu’en réajustant sa ligne critique à l’égard de Washington, Pékin veut d’abord prévenir tout incident durant la visite officielle du n°1 chinois aux États-Unis.

Sur le fond, les controverses n’ont pas disparu. Elles témoignent d’abord des réticences des Chinois à s’intégrer dans un système international contrôlé par les États-Unis et leurs alliés ; elles expriment ensuite l’inconfort du régime face au surgissement en Chine même d’un mouvement des droits civiques et individuels dont le Parti estime qu’il est articulé autour de valeurs purement occidentales qu’il rejette d’autant plus qu’il menace sa prévalence ; le malaise est entretenu par la présence continue de l’armée des États-Unis et de leurs alliances militaires avec Tokyo, Séoul et Manille dans la zone d’intérêt stratégique de la Chine.

Enfin – et il s’agit là d’un autre élément clé - les tensions entre Pékin et Washington révèlent l’angoisse américaine du déclin face à la montée en puissance d’un rival stratégique qui conteste sa domination en Asie.

Pratiquement, les querelles s’organisent autour d’au moins de 5 sujets majeurs : 1) la mer de Chine du sud ; 2) les controverses autour de la liberté des ONG opérant en Chine, mises sous pression par la nouvelle loi sur les organisations non gouvernementales ; 3) les pressions américaines très mal vécues par Pékin pour limiter les participations à la Banque sur les investissements d’infrastructure en Asie (AIIB) ; 4) la cybersécurité et les accusations d’espionnage contre l’armée chinoise formulées par la Maison Blanche ; 5) l’accord sur les investissements réciproques, domaine où des progrès substantiels ont déjà été accomplis récemment et où la puissance des intérêts commerciaux réciproques joue comme un adjuvant à l’apaisement.

L’élan continu des échanges bilatéraux s’exprime notamment par le fait qu’en glissement annuel, le commerce bilatéral de la Chine avec l’UE (moins 7,1%) et avec le Japon (moins 11,2%) a régressé, tandis qu’il a progressé avec les Etats-Unis (+ 2,8%).

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Tokyo reste la cible des attaques de Pékin…

Mais Pékin n’a pas pour autant abandonné son combat pour conforter sa place de n°1 asiatique. A cet effet, le régime s’appuie comme à son habitude sur l’histoire dont l’impact émotionnel reste considérable. Alors que les polémiques sino-américaines sont mises en sourdine, la cible des attaques chinoises est clairement Tokyo en amont de la célébration de la victoire de 1945 le 3 septembre prochain par une parade militaire à Pékin, réplique de celle de Moscou, le 9 mai dernier.

S’il est vrai que le Japon et la Chine ont récemment donné des signes réciproques de bonne volonté pour apaiser leur relation tendue depuis 2010 après les essais d’apaisement de Hu Jintao et Wen Jiabao (avec notamment une rencontre à Pékin le 16 juillet dernier entre Shotaro Yachi n°1 de la sécurité nationale japonaise, Li Keqiang, Yang Jiechi conseiller pour les Affaires stratégiques et Chang Wenquan ministre de la défense), les médias chinois sont loin d’avoir adopté le ton conciliant exprimé à l’égard de Washington.

En amont du défilé de la victoire contre l’empire nippon, Tokyo est toujours régulièrement accusé de ne pas vouloir reconnaître ses crimes de guerre – en particulier le massacre de Nankin et « les dommages infligés par la colonisation et l’agression nippone » -, tandis que Shinzo Abe a fait savoir qu’il lui serait difficile d’assister aux cérémonies à Pékin le 3 septembre, auxquelles il a été officiellement invité.

Surtout, Pékin a très négativement réagi à la nouvelle loi sur la sécurité passée par la chambre basse japonaise, le 16 juillet, qui autorise les forces d’auto-défense à coopérer avec l’armée américaine loin de ses bases. Le lendemain un article de Xinhua titrait sur : « un scénario de cauchemar », qualifiant le vote de « tâche dans l’histoire du Japon » et comparant la nouvelle loi à « un sabre de Samouraï qui réduisait à néant 70 ans de pacifisme ». Ces crispations s’ajoutent à celles de la compétition que se livrent Pékin et Tokyo en Asie du Sud-est, par investissements et coopérations interposées, dont le Japon a récemment considérablement augmenté le volume, y compris dans l’ancienne Indochine française et au Myanmar que Pékin considère comme une « chasse gardée. »

…et défie Pékin sur ses chasses gardées de l’ASEAN.

En Asie du Sud-est les investissements japonais ont augmenté de 120% en 2014 et atteignent un stock de près de 26 Mds de $, presque à parité avec les investissements chinois (30 Mds de $). L’argent japonais va en priorité à la Thaïlande, à l’Indonésie, aux Philippines et à la Malaisie. La tendance est d’autant plus remarquable qu’en Chine les investissements japonais ont chuté de 9 Mds de $, conséquence des tensions politiques et de la hausse des salaires qui poussent les entreprises japonaises à quitter la Chine.

Pékin réagit puisque grâce au « China – ASEAN Investment Cooperation Fund (ou China ASEAN Fund – CAF) », créé en 2010, derrière lequel on trouve le gouvernement chinois, le fond souverain (China Investment Corporation) et l’Exim Bank, le Politbureau entend quadrupler les stocks des investissements chinois dans la région à 150 Mds de $ en 2020. Les priorités recoupent en partie celles du Japon avec la Malaisie, Singapour, la Thaïlande, l’Indonésie, le Vietnam et les Philippines.

 

 

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