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›› Chronique

La coopération sino-turque autour du HQ-9 (FD-2000), dommage collatéral du terrorisme

La Turquie a récemment dénoncé le contrat conclu avec la Chine à l’automne 2013 pour la vente par le groupe public China Precision Machinery Import and Export Corp. (CPMIEC) de 12 batteries de missiles HQ-9 (DF 2000), dérivés du S.300 russes.

Selon une source proche d’Ankara, le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a signé le décret d’annulation du contrat d’achat à la Chine du système de missiles anti-aérien FD-2000 ou HQ-9 en Chinois, dérivé du S.300 russe (12 batteries pour 3,4 Mds de $ courants) conclu à l’automne 2013.

La décision semble être un recentrage de la Turquie face à l’aggravation des risques terroristes venant du Moyen Orient dont les commanditaires ont récemment frappé la Turquie à Suruc (20 juillet 34 morts) et Ankara (10 octobre 102 morts 500 blessés), ainsi que la France (Paris, 13 novembre, bilan provisoire 132 morts 415 blessés dont 80 dans un état critique), à quoi s’ajoutent les attaques contre Beyrouth (13 novembre, dernier bilan 43 morts 239 blessés) et la destruction de l’A 321 russe au décollage de Sharm el-Sheikh, le 31 octobre (224 morts).

En septembre 2013, avec en arrière-pensée un brouillage des alliances de l’OTAN, la Chine avait proposé à Ankara un transfert complet des technologie en vue de la création en Turquie d’une base industrielle capable de produire un système d’armes Sol-Air national. L’accord avait beaucoup irrité les intérêts des vendeurs d’armes occidentaux (dont l’Américain Martin-Raytheon qui proposait le Patriot-3 et l’alliance européenne franco-italienne Eurosam fabriquant l’Aster-30).

Mais la déconvenue qui voyait un partenaire majeur de l’OTAN s’émanciper par le truchement de la Chine par ailleurs elle-même engagée dans une vaste compétition avec Washington, recélait aussi une très forte composante stratégique et de sécurité. L’irritation avait été exprimée par un diplomate européen resté anonyme, cité par un article du Monde du 1er octobre 2013 : « Snober des partenaires quand on leur réclame une protection contre la Syrie ou lorsqu’on demande que le futur système de défense antimissile OTAN protège tout le territoire turc, c’est inconcevable ».

Au G.20, le commerce et l’économie éclipsés par les priorités de sécurité.

Signes des tensions sino-américaines et du recentrage des priorités du G20 autour des questions de sécurité en Europe, alors qu’à Antalya en Turquie aucune réunion n’était prévue entre les présidents chinois et américains, Poutine et Obama ont conclu un accord, allant dans le sens des souhaits russes et autorisant une transition de l’après Bashar el Asad, contrôlée par les Syriens eux-mêmes et dont la médiation sera assurée par l’ONU.(Photo The Guardian)

La décision turque constitue un des signes les plus visibles d’un resserrement des liens stratégiques face aux risques immédiats posés par l’État islamique. Pour l’instant ces derniers contribuent à rejeter à l’arrière plan des préoccupations d’Ankara les projets d’Erdogan d’émancipation des contraintes de l’Alliance Atlantique dont Pékin tentait de tirer profit.

Le retour en force des priorités directes de sécurité, dont la dénonciation du contrat HQ-9 chinois est sans doute un dommage collatéral, s’est clairement exprimé à la réunion du G.20 commencée le 15 novembre, précisément à Antalya en Turquie. Le recentrage des priorités turques a été exprimé le 14 novembre par Erdogan lui-même « Nous en sommes désormais à un point où les mots ne sont d’aucun secours dans la lutte contre le terrorisme. Nous en sommes maintenant à un stade où la lutte doit être une priorité »

Pour autant on peut douter que le geste de la Turquie d’abandonner un équipement chinois non compatible avec les normes OTAN suffira à aplanir les divergences qui plombent encore les relations entre Washington, les pays de l’OTAN et Ankara, notamment à propos de la question Kurde. Fer de lance terrestre de l’offensive contre l’Etat Islamique puissamment appuyé par les frappes aériennes américaines, les combattants kurdes sont aussi un sérieux problème interne pour Erdogan qui considère le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) comme une menace pour l’unité et la sécurité du pays.

A ces dissonances s’ajoute encore le flou des attitudes d’Ankara depuis 2011 qui fournit un appui direct à Daech en autorisant le passage sur son territoire des volontaires de nombreux pays allant combattre en Syrie pour l’État Islamique, dont les blessés sont soignés dans les hôpitaux turcs.

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Enfin, durant le sommet dont la Chine assurera la présidence en 2016 à Hangzhou, le Président Xi Jinping s’est entretenu avec la plupart des participants dont Vladimir Poutine, avec les BRICS et avec Christine Lagarde, présidente du FMI. Mais l’intrusion du terrorisme islamiste a perturbé l’agenda initial du forum centré sur la coopération financière et économique des 20 pays les plus riches de la planète dont les économies comptent pour 85% du PIB mondial, 80% du commerce et 60% de la population du globe.

Signe des tensions entre Pékin et Washington et du recentrage des priorités du G.20 autour des questions de sécurité, en Turquie, à l’heure de la rédaction de cette note, il n’était pas prévu que Xi Jinping rencontre Obama, tandis que, le 15 novembre, le président américain et Vladimir Poutine ont conclu un accord pour laisser aux Syriens le contrôle de la transition politique de l’après Bashar el Assad, l’ONU devant assurer la médiation du processus.

En revanche Xi et Obama se retrouveront au sommet de l’APEC à Manille, le 17, 18 et 19 novembre où, là aussi, les questions économiques et commerciales auxquelles Pékin voulait restreindre les échanges, seront en partie estompées par les tensions en mer de Chine du sud.

 

 

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