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›› Editorial

A Davos, Li Keqiang a tenté de rassurer le monde

Il ne faut pas s’y tromper, la présence de Li Keqiang au forum de Davos du 20 au 24 janvier signale une inquiétude en même temps que l’empressement du gouvernement chinois à rassurer ses partenaires. La dernière participation d’un premier ministre remonte à 2009 quand, en pleine crise mondiale, ponctuée de dénonciations contre les dérapages financiers aux Etats-Unis, Wen Jiabao avait tenté de tranquilliser le monde en dévoilant un plan de relance de 4000 Mds de Yuan (573 Mds d’€ ou 640 Mds de $ au cours de janvier 2015). Son intention était la même que celle de Li Keqiang : assurer que la Chine serait capable de maintenir sa croissance et que ses choix économiques et financiers permettraient d’éviter une crise brutale.

En 2015 cependant, les inquiétudes qui, en 2009, étaient du côté de l’Amérique, se sont reportées sur la Chine. Avec une croissance au dernier trimestre juste au-dessus de 6% et calculée à 7,4% pour l’ensemble de 2014, la plus faible depuis un quart de siècle, les analyses alarmées refont surface en dépit des promesses du premier ministre chinois qui répète que la Chine évitera un accident économique et maintiendra sur le long terme une croissance au-dessus de la moyenne mondiale.

Sévères tensions socio-économiques.

Il reste que la situation est différente de celle de 2009. La série de réformes nécessaires engagées par la Chine destinées à freiner le crédit facile et les gaspillages, augmenter l’efficacité du capital, réduire les dettes toxiques de la finance grise, ouvrir le système financier et désengager l’État des groupes industriels publics, télescopent l’augmentation des dépenses sociales générées par la réforme de la santé publique et des pensions, à quoi s’ajoute la très onéreuse quadrature du cercle de la régularisation des migrants au milieu d’un mouvement d’urbanisation sans précédent.

Les effets contraignants des réformes sont amplifiés par le ralentissement de l’économie mondiale et la contraction de la demande globale pour créer une situation inédite où s’accumulent les défis à la fois socio-économiques, industriels et financiers qui, comme partout ailleurs, portent des risques politiques.

Alors que résistant aux pressions des hommes d’affaires qui le poussent à relâcher la rigueur, le pouvoir tente de maintenir le rythme des réformes financières et industrielles, les commentaires sur les risques d’accident le disputent à ceux qui anticipent une évolution favorable de l’économie.

Le 17 janvier, un article de Bloomberg identifiait plusieurs détonateurs possibles allant d’une crise de liquidités déclenchée par les dérapages de la finance grise, jusqu’à la hausse des taux d’intérêts américains, en passant par une fuite massive des capitaux et une chute catastrophique (au-delà de 10%) de l’immobilier qui, selon le FMI, compte pour 30% du PIB chinois, au point, disent les analystes, qu’un krach immobilier brutal porterait le plus grave risque de crise systémique.

Risques financiers…

Michael Pettis professeur d’économie à l’université de Pékin pointe du doigt le télescopage entre les effets du ralentissement de la demande européenne et l’arrivée à maturité en 2015 des 90 Mds de $ de dettes, alors que la garantie publique aux société fiduciaires qui tenaient jusqu’à présent la tête des débiteurs et des administrations locales hors de l’eau, ne va plus de soi.

Le 11 décembre dernier, évoquant les incertitudes de la situation économique, le département du Budget du district de Tianning à Changzhou (Jiangsu), 150 km à l’ouest de Shanghai, revenait sur son intention de garantir une émission d’obligations de 193 Mds de $ par un fond d’investissement. Une semaine plus tard, même marche arrière de l’administration d’Urumqi qui, elle aussi, refusait de garantir 1 Mds de Yuan d’obligations (160 Millions de $).

…et baisse durable de la croissance.

Ces décisions qui trahissent la volonté de l’État de mettre un terme à l’accumulation des dettes toxiques, signalent aussi la nervosité de l’administration. Considérant les tendances actuelles marquées par une convergence des risques, Michael Pettis ne prédit pas un accident, mais, contrairement à Li Keqiang, il estime que la croissance chinoise chutera graduellement jusqu’à tomber à 3 ou 4% en 2022.

Enfin, le très alarmiste Xu Gao, responsable financier à Everbright Securities Co. à Pékin craint des faillites en séries provoquant une augmentation massive du chômage à la suite d’une erreur d’analyse de la direction politique du pays et de la Banque de Chine qui, malgré les alertes, laisserait la croissance chuter trop bas. Pour lui une nouvelle baisse d’un point provoquerait des secousses graves dans le tissu industriel privé des PME.

Le parti-pris des optimistes…

Mais, Glenn Maguire, ancien de la Société Générale, expert financier à Bloomberg, est moins pessimiste. Avec d’autres, il estime que le Bureau Politique et Li Keqiang contrôleront la situation, grâce à la conjoncture très favorable de la baisse des prix du pétrole, accompagnée en interne par une réforme efficace des prix de l’énergie et la hausse de la consommation, elle-même soutenue par une meilleure efficacité des filets sociaux.

Stephen Roach, ancien expert à Morgan Stanley, aujourd’hui professeur à Yale confirme : « 2015 pourrait être l’année où la Chine prouvera qu’elle en mesure de contrôler la baisse de la croissance sans subir le choc économique majeur que beaucoup croient inévitable, alors que la demande interne se développe à un rythme inédit ».

Kenneth Courtis ancien n°2 de Goldman Sachs explique que la Chine est le « grand gagnant » de la chute du prix de l’énergie et des matières premières. Avec l’American Enterprise à Washington, il souligne que la baisse du pétrole ouvre au gouvernement chinois la possibilité de couper ses subventions au secteur et de rapprocher le prix de l’énergie de sa valeur du marché, sans en faire supporter le poids aux ménages et au secteur industriel.

Enfin certains experts comptent sur le mouvement de privatisation en cours des entreprises publiques pour revivifier l’économie, tandis que, selon le Bureau de l’industrie et du commerce, 10 millions de nouvelles entreprises auraient été créées entre mars et novembre 2014.

Pour David Loevinger ancien responsable des affaires chinoises au ministère des finances américain, le développement des services provoquera un surplus d’activités compensant la contraction du secteur industriel qui, elle-même, éloignera la Chine de son rôle « d’usine du monde ». « Il n’y aura pas d’implosion économique, pas de révoltes sociales et pas de crise bancaire ». Selon lui, « 2015 pourrait être l’année où, enfin, on comprendra que la Chine n’est pas différente des autres pays et qu’elle aussi est en mesure de soutenir une croissance plus faible sans déchaîner tous les feux de l’enfer ».

…doit être tempéré.

Entre ces deux séries d’appréciations, les unes résolument pessimistes, les autres qui anticipent une transition sans heurts alors que le pays est soumis aux extraordinaires tensions socio-économiques de l’urbanisation galopante, il est nécessaire de réexaminer un des principaux talons d’Achille de la situation sociale : la question du Hukou, le passeport intérieur, inextricablement liée au très difficile problème de la régularisation des migrants.

Clé de l’intégration des migrants, l’éradication du Hukou est envisagée selon un rythme variable en fonction de la taille des zones urbaines. En réalité, la prudence de la démarche exclura de la réforme une bonne partie des migrants, les permis de résidence étant, pour l’instant, attribués selon des critères de plus en plus sélectifs en fonction de la population des villes de résidence.

Si dans les petites villes il sera possible de régulariser sa situation avec une attestation de résidence de 6 mois et un certificat de travail, dans les grandes conurbations, on réclamera en plus du certificat de travail, un titre de propriété et des attestations de cotisations sociales, deux documents que peu de migrants seront en mesure de fournir.

A l’avenir, le statut non réglé de ces travailleurs « expatriés dans leur propre pays » dont l’intégration dans le système des pensions constituera un considérable fardeau social, continuera à faire peser une menace sur la stabilité sociale du pays.

A la mi-décembre, un centre de recherche basé à Pékin spécialisé dans la condition des migrants et financé par une coopération sino-allemande publiait les résultats d’une enquête réalisée auprès de 4329 ouvriers du secteur de la construction. L’étude révélait que seulement 5% des travailleurs migrants bénéficiaient d’un contrat de travail et qu’au cours des 7 dernières années 138 compagnies de construction, employant des migrants n’avaient pas payé de salaires du tout.


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