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›› Chronique

A Hambourg en feu, Xi Jinping, V. Poutine et D. Trump avancent leurs pions, tandis que Kim Jong-un défie le monde

A Hambourg lors du G.20, dans un Berlin envahi par les protestataires, les États-Unis, la Chine et la Russie, partenaires et rivaux engagés sur des trajectoires stratégiques divergentes ont réaffirmé leurs intérêts nationaux dans un ordre mondial menacé.


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Les faits sont têtus. Le poids de l’histoire, des ressentiments historiques, des rivalités et des méfiances encore plus. Trois mois à peine après la mise en scène familiale de Floride où Washington et Pékin avaient donné la prévalence à la raison qui commande de s’entendre ; deux semaines tout juste suivant le premier dialogue de diplomatie et de défense sino-américain au Département d’État focalisée sur la question coréenne, la relation entre la Chine et les États-Unis se tend à nouveau autour des trois différends stratégiques, fond de tableau lancinant de la situation en Asie Pacifique : la mer de Chine du Sud, Taïwan et la Corée du Nord.

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Alors que le Président chinois se trouvait à Moscou avant le G. 20 à Hambourg les 7 et 8 juillet, deux occurrences ont accompagné la baisse brutale de la température entre Donald Trump et Xi Jinping.

Le 3 juillet quand, fidèle à sa stratégie des appels téléphoniques médiatisés, le président américain contacta son homologue chinois sur la menace nord coréenne après avoir parlé avec Shinzo Abe le Japonais, il s’est entendu répondre que « des facteurs négatifs » avaient surgi qui allaient rendre les choses plus difficiles entre eux.

Faisant allusion aux patrouilles de l’US Navy aux abords des ilots revendiqués par Pékin en mer de Chine du sud, à la reprise des ventes d’armes américaines à Taiwan et aux sanctions infligées contre une banque chinoise dans l’affaire nord-coréenne, à quoi s’ajoute le rapport américain sur les trafics d’êtres humains en Chine, la réplique peu amène prenait tout son poids dans le contexte de la rencontre du n°1 chinois avec Vladimir Poutine (la 3e fois cette année) prolongeant une connivence anti-américaine qui ne cesse de s’affirmer depuis la signature en 2005 du partenariat stratégique sino-russe, encore consolidé par la dimension inédite des contrats de gaz signés en 2014 [1].

Plus encore, la rebuffade chinoise eut lieu juste avant la création de deux fonds d’investissement sino-russes en roubles et en Yuan, le premier pour l’infrastructure de 10 Mds de $, le 2e, mis sur pied grâce à un prêt à la Russie de 850 millions de $ par la Banque de Développement chinoise, dédié à l’innovation. Les deux ayant la vertu de contourner par la Chine les sanctions occidentales contre Moscou.

Le 2e événement qui eut lieu le jour même de la fête nationale américaine de « l’Independance day », le 4 juillet, fut l’essai balistique réussi du missile Hwasong – 14 par Pyongyong qui se vante de maîtriser désormais une capacité de frappe intercontinentale. Même si les experts américains nient la portée « globale » du missile nord-coréen et ne lui attribuent qu’une allonge « intermédiaire », la nouvelle a suscité une émotion sans précédent à la Maison Blanche appelant à une mobilisation générale contre Pyongyang.

Tensions entre Washington, Pékin et Moscou

Le 3 juillet Xi Jiping arrivait à Moscou, avant de se rendre à Berlin accueilli par A. Merkel du 4 au 6 juillet. Après quoi, il s’est rendu à Hambourg au sommet du G.20. Au cours de la visite Moscou et Pékin ont annoncé la création de 2 fonds d’investissements sino-russes en rouble et en Yuan, pour l’infrastructure (10 Mds de $) et l’innovation (850 millions de $).


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L’analyse qui suit explore les risques d’une situation qui ne cesse de se tendre, à la fois attisée par les rivalités stratégiques et par le choc entre, d’une part, Washington et ses alliées se prévalant du droit international et, d’autre part, Pékin dont la vision du monde est articulée à l’histoire et à la culture.

Pas moins autocentrées que celles de Washington et tout aussi nationalistes que le slogan « America first » de Donald Trump, qui au passage était aussi celui de Barack Obama exprimé avec moins de brutalité, les stratégies chinoises ne s’en éloignent que par l’habileté, la souplesse et la prudence dont le Parti les entoure chaque fois que nécessaire.

A l’occasion, le rapprochement avec la Russie fournit à Pékin un levier de pressions donnant le sentiment que la Chine glisse à nouveau vers une « alliance » anti-occidentale. Au-dessus de cet échiquier plane la carte sauvage de la Corée du nord, puissant irritant émotionnel dont la menace – qui se transforme progressivement en risque - pourrait bouleverser les perspectives. Y compris celles, pour l’heure encore très hypothétiques, d’un règlement pacifique du dilemme coréen.

En attendant, l’augmentation de la menace nord-coréenne contribue à aigrir la relation sino-américaine déjà malmenée par la querelle autour de la mer de chine du sud et celle de Taïwan, étrangement évacuée du dialogue de diplomatie et de défense du 21 juin et dont la force émotionnelle et nationaliste vient de resurgir attisée par la reprise des ventes d’armes américaines à l’Île. Mais Donald Trump n’en a cure.

Depuis le 4 juillet, sa priorité incoercible est la Corée du Nord au point que, paraissant décidé à moins ménager la Chine – nombre de commentateurs font l’hypothèse que les récentes initiatives en mer de Chine du sud et à Taïwan étaient des coups d’aiguillon portés à Pékin en riposte à l’inertie chinoise sur le dossier nord-coréen - il a non seulement décidé d’en appeler à l’ONU où son ambassadeur Nikky Haley a évoqué l’usage, y compris unilatéral de la force, mais aussi aux dirigeants du G.20 réunis à Hambourg.

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Dans cette effervescence aggravée par le sens de l’urgence communiqué par Donald Trump, on peut se demander ce que deviendront les relations entre la Chine et les États-Unis, dans un contexte où se multiplient les théâtres et les occasions de dérapages militaires, tandis que l’aggravation de la menace nord-coréenne incite aux durcissements et complique la tâche des partisans du dialogue entre les deux Corée et entre Pékin et Washington. Mais le pire n’est jamais sûr.

Sur le théâtre du Pacifique occidental en tous cas, seul endroit de la planète où un conflit militaire a dérapé vers les extrêmes nucléaires, la conscience des risques qu’une guerre échappe à ceux qui la déclenchent est plus forte qu’ailleurs. Elle s’exprime par la répétition à Pékin et à Washington de l’exigence du dialogue et par l’accord sur les objectifs de dénucléarisation de la Corée du nord par des moyens pacifiques. En dépit de la résurgence des tensions, le porte-parole du Waijiaobu Geng Shuang à récemment répété la position chinoise : « malgré certaines “difficultés“, Pékin continuera à œuvrer pour la stabilité de relation sino-américaine ».

Notes :

[1Même si des inconnues subsistent sur le prix que les Chinois consentiraient à payer, objet d’âpres négociations avec Gazprom ; en dépit de la baisse de la demande chinoise rendant le projet moins essentiel, les livraisons des 38 Mds de m3 annuels de gaz russe par la Sibérie orientale conclues en 2014 commenceront vraisemblablement en 2019 ou 2020. Cette perspective s’accompagne de l’augmentation des échanges sino-russes dont l’ampleur s’accélère en 2017 avec une hausse des échanges de 30% au premier trimestre (sources russes).

L’accélération des échanges s’explique par les sanctions pesant sur le commerce russe en Europe et la décision chinoise de réduire ses importations de pétrole d’Arabie saoudite, remplacées par le pétrole russe. Il reste qu’en dépit de cette reprise, le commerce sino-russe qui en 2016 a atteint 69,5 Mds de $ ne compte que pour 12% du commerce bilatéral entre la Chine et les États-Unis (578 Mds de $ en 2016).


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