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›› Chronique

A Hambourg en feu, Xi Jinping, V. Poutine et D. Trump avancent leurs pions, tandis que Kim Jong-un défie le monde

Mer de Chine du sud.

Le 2 juillet, le destroyer lance-missiles USS Stethem a croisé à moins de 12 nautiques de l’îlot Triton dans l’archipel des Paracel. Situé dans la ZEE vietnamienne l’îlot est revendiqué par Hanoi, Pékin et Taipei.


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Le 2 juillet, le destroyer lance missiles USS Stethem qui porte le nom d’un plongeur des forces spéciales américaines tué par le Hezbollah après le détournement du vol TWA 847 Le Caire - San Diego, le 14 juin 1985, est entré dans les 12 miles nautiques autour de l’îlot Triton situé à 137 nautiques du Vietnam au sud-ouest de l’ensemble des Paracel occupé de vive force par la Chine en 1974.

Entrant, du point de vue de l’US Navy, dans la catégorie des missions « FONOP » (freedom of navigation operation) désignées pour affirmer la liberté de navigation en mer de Chine du sud, le passage du Stethem près de l’îlot Triton - pour les Chinois l’île aux escargots « Luodao 螺 岛 » - revendiqué par Hanoi et Taipei, ne conteste pas des eaux territoriales générées par un élargissement artificiel de l’île comme dans les Spratly.

En revanche il récuse deux affirmations de souveraineté chinoises : l‘appartenance de l’îlot Triton lui-même à la Chine et la ligne en 9 traits de Pékin. En infraction avec la convention de Montego Bay, ces deux revendications empiètent sur la ZEE vietnamienne. L’îlot Triton et la ligne de base chinoise se trouvent en effet à 133 nautiques et à 120 nautiques des cotes du Vietnam, soit respectivement à 67 et 80 nautiques à l’intérieur de ZEE vietnamienne.

Fureur chinoise.

Estimant que Washington prenait partie dans une querelle bilatérale avec Hanoi, Pékin a vivement réagi par plusieurs canaux. Alors que le Waijiaobu estimait qu’il s’agissait « d’une sérieuse provocation violant la souveraineté de la Chine », le ministère de la défense envoya sa marine et des chasseurs de combat à la rencontre du Stethem et, faisant allusion au dialogue de diplomatie et de défense du 21 juin, écrivait sur son site, que « par leur conduite, les États-Unis avaient sérieusement affaibli les perspectives des relations militaires bilatérales ».

Ce n’est pas la première fois qu’un navire de l’US Navy s’approche de l’îlot Triton. Le 30 juin 2016, le Curtis Wilbur, un autre destroyer lance-missiles, avait croisé à moins de 12 nautiques de l’île sans prévenir aucun des États (Vietnam, Chine, Taiwan) réclamant la souveraineté sur ce rocher inhabité dont la surface dépasse à peine un kilomètre carré.

La querelle s’inscrit dans la revendication plus large sur l’ensemble des Paracel. D’abord reconnue par Paris comme partie intégrante de l’empire Qing en échange de la reconnaissance par la Chine de la souveraineté française sur le Vietnam, l’archipel redevint un enjeu entre Hanoi et Pékin en 1956, quand 2 ans après la défaite française de Dien Bien-phu et l’indépendance du nord-Vietnam, le Sud-Vietnam relança la revendication contre Pékin.

En janvier 1974, ripostant à une attaque vietnamienne, la Chine s’appropria l’archipel de vive force. Nous en sommes toujours là. Hanoi ne reconnaît pas le coup de force chinois, tandis que Pékin considère que la convention de Montegay Bay, postérieure de 8 années à l’occupation chinoise, n’est pas légitime.

Détail important qui pourrait éclairer le fond de la relation sino-américaine. À l’époque du coup de force chinois, Saigon avait demandé l’assistance de la 7e flotte américaine que le Pentagone lui refusa. Cette décision de Washington eut lieu une année avant la défaite américaine au Vietnam et deux années après la rencontre entre Mao et Nixon. Elle préfigurait déjà le socle qui dure toujours, de la stratégie chinoise de la Maison Blanche visant, en dépit des différends, à ménager les meilleures relations possibles avec Pékin. Si on en croit la récente déclaration du porte-parole du Waijiaobu, la direction chinoise est sur la même ligne.

Ventes d’armes à Taïwan.

Le 29 juin, Washington annonçait son intention de vendre une série d’équipements militaires à Taïwan. Parmi eux 56 missiles air-sol AGM 154 à guidage inertiel de type « stand-off » permettant d’atteindre des cibles à un distance allant de 22 à 120 km, tout en restant hors de portée d’une riposte.


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Le 29 juin dernier, touchant un autre nerf sensible en Chine, le porte parole de la Maison Blanche rendait publique la décision de l’exécutif notifiée au Congrès de procéder à une livraison à Taïwan d’une série d’équipements militaires pour la valeur marchande de 1,42 Mds de $.

Alors que le Congrès dispose de 30 jours pour – hypothèse improbable - s’opposer à la transaction, les informations communiquées aux médias américains par des sources officielles font état de 16 missiles SM-2 sol-air et leurs équipements électroniques de détection et guidage ; d’une centaine de torpilles sous-marines de la série MK, de petit et gros calibre avec leur pièces de rechange ; de la remise à niveau des brouilleurs et détecteurs navals AN/SLQ 32 ; de 56 missiles air-sol AGM 154 accompagnés de contrats d’entretien ; de 50 missiles antiradars supersoniques AGM-88B équipés d’un autodirecteur orienté par les sources radar.

Notons que la liste ne comprend aucun équipement offensif de premier rang tels que les chasseurs de combat, des hélicoptères d’attaque, des navires de dernière génération ou des sous-marins. Depuis 1979, date de l’établissement des relations diplomatiques entre Pékin et Washington, les ventes d’armes les plus sensibles ont été en 1992 (Bush père), 150 chasseurs de combat F.16 pour 6 Ms de $ ; en 1993 (Bush père), 200 missiles sol-air Patriot pour 10 Mds de $ ; en 1997 (Bill Clinton) 21 hélicoptères d’attaque Supercobra pour 470 millions de $ ; en 2008 (Bush fils), 30 hélicoptères d’attaque Longbow Apache pour 2,5 Mds de $.

A noter que, durant son mandat, Bush fils avait, pour des raisons politiques, rejeté un nouveau contrat de 66 chasseurs de combat F-16. En 2010, Barack Obama avait approuvé un important contrat de plus de 3 Mds de $, mais il s’agissait de 60 hélicoptères UH-60 Blackhawk de transport et de liaison. En revanche l’année suivante, il avait donné son accord pour la rénovation de 145 F-16 pour la valeur de 5,3 mds de $.

En dépit de cette liste d’équipements calibrée pour heurter le moins possible la Chine, Cui Tiankai l’ambassadeur à Washington a vivement réagi. A la critique des ventes d’armes, il ajoutait la réprobation de son gouvernement contre la décision de sanctions contre des entreprises chinoises engagées avec la Corée du nord, exprimant lui aussi, à la suite du ministère de la défense chinois, la déception de Pékin après le réchauffement de Floride : « la confiance mutuelle et l’esprit de consensus nés lors de la réunion des deux chefs d’État à Mar A Lago ont été altérés ».

Sur la question taïwanaise, les tensions pourraient encore s’aggraver si l’exécutif donnait suite à la proposition du Sénat de reprendre les escales de bâtiments de guerre américains à Taiwan interrompues depuis 1979 et que Pékin considèrerait comme une violation des accords sino-américains. (A ce sujet, lire le rappel du cadre légal et politique des relations entre Taipei et Washington entourant les ventes d’armes américaine à l’Île : Relations Chine, Taïwan, États-Unis.)

A Washington nombre de commentateurs font l’hypothèse que le retour des crispations sino-américaines ravivées par les provocations de la Maison Blanche s’enracine en réalité dans la fébrilité de l’exécutif américain à propos de la Corée du nord. Mise à mal par les progrès de la menace exprimée par Pyongyang et par l’absence de résultats des multiples sollicitations américaines adressées aux Chinois sur tous les tons pour les inciter à augmenter leurs pressions commerciales, économiques et financières sur la Corée du Nord, la patience de Donal Trump et des conservateurs pourrait avoir atteint une limite.


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