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›› Chronique

A Hambourg en feu, Xi Jinping, V. Poutine et D. Trump avancent leurs pions, tandis que Kim Jong-un défie le monde

La carte sauvage nord-coréenne.

Le missile Hwasong-14 tiré par la Corée du nord, le 4 juillet a été identifié comme une arme intercontinentale de portée intermédiaire. Certains experts affirment qu’il pourrait atteindre l’Alaska. Lors du test il a, par une trajectoire balistique dont l’apogée était de 2800 m, parcouru une distance de 950 km en 40 minutes.


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Le 4 juillet dernier, après le succès du tir balistique que Pyongyang qualifie d’intercontinental, l’ambiance aux États-Unis a changé de nature. Avec les analyses de nombre d’experts affirmant que l’arsenal nord-coréen serait désormais capable d’atteindre l’Alaska – l’hypothèse est l’objet de débats aux États-Unis -, est apparu un nouveau sens de l’urgence ayant conduit Donald Trump à réclamer un « traitement global » de la question nord-coréenne, contre une menace bel et bien devenue « globale », selon les termes de Rex Tillerson.

C’est qu’à la Maison Blanche, envisageant le pire, on prend au sérieux les progrès balistiques de Pyongyang et les informations des services secrets selon lesquelles la Corée du nord serait entrée dans la phase de miniaturisation d’une tête nucléaire pouvant être emportée par un missile Hwasong-14 semblable à celui testé le 4 juillet.

Le nouveau sens de l’urgence s’est exprimée le 6 juillet à l’ONU où Nikky Haley l’ambassadeur américain a encore une fois réclamé la coopération de Pékin et de Moscou pour de nouvelles sanctions faisant suite à celles unanimement votées il y a à peine plus d’un mois, le 3 juin, ciblant déjà des sociétés commerciales et leurs personnels, les comptes bancaires de l’oligarchie de Pyongyang et ses voyages à l’étranger.

Retour au premier plan des options militaires.

Légende : Le lendemain du tir nord-coréen, les forces conjointes sud-coréennes et américaines ont organisé un exercice de tirs réels de missiles de précision sur la côte Est de la péninsule. Mais une attaque militaire de la Corée du nord, même par frappes chirurgicales comporte des risques importants pour les populations civiles et les bases militaires exposées aux ripostes de Pyongyang. Elle porte aussi le risque de conduire rapidement à une montée aux extrêmes.


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Mais, contrairement au communiqué conjoint du 21 juin qui clôtura le dialogue de diplomatie et de défense, Haley a clairement indiqué que Washington était prêt à une action armée [2]. « Nous possédons de considérables capacités militaires. Si nécessaire nous les utiliserons », ajoutant cependant que Washington préfèrerait ne pas en arriver à cette extrémité. Surtout, en énumérant les alternatives possibles aux très controversées frappes chirurgicales (renforcement des restrictions contre des officiels nord-coréens, réduction des livraison de pétrole à l’armée, embargo international sur les travailleurs immigrés nord-coréens), Haley a sans équivoque pointé du doigt la Chine, « principal obstacle à la mise en œuvre de sanctions efficaces. »

Après les réchauffements de Mar A Lago en avril et celui du dialogue de diplomatie et de défense du 21 juin à Washington, le durcissement contre la Chine signale un changement de stratégie où, sur le dossier nord-coréen, la Maison Blanche tente de se donner une marge de manœuvre par-dessus la Chine, au moyen du ralliement de la communauté internationale à son nouveau sentiment d’urgence. Au moment même où Nikky Haley exprimait à l’ONU la détermination de Washington et les reproches américains contre Pékin, Trump était à Varsovie.

L’urgence nord-coréenne devenue un défi global.

Transformé en « VRP » international du nouveau sentiment d’urgence des États-Unis contre la Corée du nord pouvant dans un avenir plus ou moins proche frapper le territoire américain, à l’occasion de l’étape polonaise de son voyage européen, Donald Trump n’a pas seulement évoqué les risques posés par Pyongyang.

Rappelant les menaces variées pesant sur l’Occident, il a fait allusion à la période du pacte de Varsovie, au combat pour la liberté des Polonais contre les « Nazis allemands » puis contre « l’URSS », dont la mémoire continue à peser à l’Est de l’Europe. Au milieu des actuelles transes européennes en Ukraine, le crochet de Trump par Varsovie a confirmé que la Pologne était l’un des plus fervents soutiens des États-Unis contre Moscou.

Avant le G.20 de Hambourg, le détour par la très symbolique place Krasinski à Varsovie où son discours et sa personne furent chaudement applaudis par la foule, était d’autant plus nécessaire pour rééquilibrer les appuis de l’Amérique que, tout juste 48 heures avant, le président chinois Xi Jinping était lui-même à Moscou.

Avec Vladimir Poutine, le n°1 du parti communiste chinois s’apprêtait à faire une déclaration conjointe par laquelle les deux chefs d’État, reprenant une idée antérieure du ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi, proposèrent, à contre courant du raidissement de Washington, un moratoire sur les exercices militaires annuels des forces conjointes, prélude au gel des programmes nucléaires et balistiques nord-coréens, seule solution, selon Pékin et Moscou, pouvant permettre la reprise du dialogue à 6 interrompu par Pyongyang en 2009. Lire notre article Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur.

Moscou et Pékin contre Washington.

Le 4 juillet Vladimir Poutine et Xi Jinping ont tenu une conférence de presse où le président russe a endossé la proposition chinoise d’un moratoire sur les manœuvres américano-coréennes. Comme Pékin il a lui aussi rejeté le déploiement du système d’armes THAAD.


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Pour mesurer l’étendue des désaccords entre Washington, Pékin et Moscou, il suffit de se référer aux derniers « tweet » de Donald Trump sur le sujet, le 4 juillet : « peut-être la Chine pèsera t-elle lourdement sur le dossier nord-coréen et mettra fin une fois pour toutes à cette absurdité » et, le 5 juillet, après le test balistique de Pyongyang, marquant une lourde déception exprimée par la Maison Blanche : « Les échanges entre la Chine et la Corée du Nord ont augmenté de près de 40% au premier trimestre. Voilà pour la soi-disant coopération de la Chine. Au moins avons-nous essayé. ».

Le fossé se lit encore dans les déclarations du général Vincent Brooks, Commandant en chef des forces conjointes en Corée, pendant l’exercice à tir réel du 6 juillet : « Notre prudence militaire actuelle est notre choix. Elle est le seul facteur qui sépare l’armistice de la reprise des hostilités. Nous sommes prêts à modifier notre posture sur ordre à n’importe quel moment. Ce serait une grave erreur de croire le contraire ».

Les crispations sur le terrain eurent une réplique directe à l’ONU. Alors que se prépare la réunion d’urgence du Conseil de sécurité convoquée le 12 juillet, les représentants de Moscou et de Pékin déclarèrent qu’ils s’opposeraient à de nouvelles sanctions, remettant au contraire à l’honneur le plan de Wang Yi, datant du mois de mars, Nikky Haley riposta avec véhémence.

Washington proposerait au Conseil de sécurité un vote sur de nouvelles sanctions, quand bien même les négociations en coulisse indiquaient une absence de consensus. « Si vous êtes satisfaits du comportement de la Corée du nord et si vous êtes son allié, alors vous opposerez un veto, mais les États-Unis choisiront leur propre route ».

Les hésitations du G.20 sous fortes tensions.

Après la Pologne et son accueil triomphal, Donald Trump dont le dernier passage en Europe avait suscité quelques lourdes interrogations, était à Hambourg au G.20 en territoire semi-hostile.

Plombée par des violences aux relents de guerre civile qui perturbèrent les à-côtés festifs et touristiques du sommet et dont le spectacle n’aura pas manqué d’alerter le président chinois revenant à peine de Hong-Kong sur les effets pervers des démocraties modernes (voir notre éditorial A Hong-Kong Xi Jinping « recadre » les démocrates et met en garde contre une remise en cause du pouvoir central.), l’ambiance à propos de la Corée du Nord était beaucoup moins à l’écoute du volet martial de la rhétorique de Donald Trump.

Ce dernier a certes réussi le pari de rehausser la perception de la menace nord-coréenne au niveau global au point que le dilemme nord-coréen, héritage lancinant de la guerre froide, est devenu un des sujets majeurs du sommet. Mais il a échoué à persuader tous les participants de l’utilité d’un nouvel alourdissement des sanctions.

Soutenu par Vladimir Poutine, y compris dans sa critique sur l’installation du THAAD en Corée du sud, Xi Jinping, devenu, après les marche-arrières de Trump et grâce aux publicités autour des « nouvelles routes de la soie », le champion du libre commerce et de l’écologie globale, a, par contraste, bénéficié d’un alignement de planètes favorables qui, le 12 juillet prochain, pourrait conduire à un veto chinois et russe contre la proposition américaine d’un nouveau durcissement contre Pyongyang.

En tous cas, à Hambourg, la rencontre entre Trump et le président chinois, le 8 juillet, dernier jour du sommet, n’a pas permis de réduire le fossé entre la stratégie américaine des sanctions aggravées et les propositions chinoises de moratoire militaire déjà sur la table depuis le mois de mars.

Pékin hésite à alourdir ses pressions

Pour l’heure, craignant un effondrement du régime de Pyongyang pris à la gorge par des sanctions trop directes qu’elle hésite à prendre (tel par exemple l’embargo sur le pétrole) la Chine reste avec Moscou accrochée à l’idée que la seule issue au dilemme nord-coréen serait la concession de Séoul et Washington acceptant un arrêt sous conditions de leurs manœuvres militaires, en échange d’un gel des programmes nucléaires et balistiques.

A Hambourg, l’alchimie anti-trump et prochinoise a fonctionné au point que Moon Jae-in le nouveau président sud-coréen, faisant fi de la rhétorique belliqueuse de Kim Jong-un, s’est, durant le sommet, déclaré prêt à le rencontrer à tout moment. Compte-tenu du mépris que Kim Jong-un affiche à l’égard du sud, répétant que ses programmes nucléaire et balistique ne sont pas négociables, on voit bien que la voie de la négociation sans véritables pressions exercées par la Chine est, quoi qu’en dise le président chinois, un cul-de-sac.

Fluidité stratégique.

En dépit des tensions entre Moscou et Washington entretenues aux États-Unis à propos des intrusions russes dans la campagne présidentielle américaine, les deux sont, avec la Jordanie, parvenus à un accord de cessez-le-feu en Syrie. La réussite – encore très hypothétique - d’une coopération entre les États-Unis et la Russie sur ce théâtre serait de nature à modifier les relations entre les deux et les rapports de forces en Syrie.


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Pour autant rien n’est figé. Le jeu d’influences entre Pékin, Washington et Moscou est sujet à des vents variables, soufflés par 3 chefs d’État capables de grande souplesse. Le dernier exemple en date est, prenant à contrepied ceux qui spéculaient sur l’animosité irréductible entre Moscou et Washington, l’annonce le 7 juin dernier d’un accord de cessez-le-feu en Syrie entre Damas et les groupes rebelles garanti par les Russes, les Américains et les Jordaniens.

Décidé dans les provinces de Deraa, Qouneitra et Soueida au sud-ouest de la Syrie entre la frontière jordanienne et le Golan, l’arrêt des combats vise à permettre l’accès de l’aide humanitaire. Egalement cautionné par l’Iran et la Turquie, le cessez-le-feu pourrait préfigurer un accord plus large sur un théâtre où l’alliance entre Pékin et Moscou a bien moins de pertinence que la coopération entre Vladimir Poutine et Donald Trump.

Enfin, rien ne dit que les actuelles positions de Pékin et Washington très éloignées l’une de l’autre resteront figées. En sous main, des concessions sont possibles sur le dossier nord-coréen, comme celle datant déjà de plusieurs années par laquelle Washington avait proposé à Pékin un contrôle partagé de la péninsule en cas d’effondrement du régime de Pyongyang.

De son côté la Chine, qui redoute de plus en plus l’arme nucléaire nord-coréenne pouvant redonner vie au programme nucléaire militaire japonais, modifie insensiblement son attitude à l’égard de Pyongyang.

Notes :

[2Joignant le geste à la parole, les forces conjointes américano-coréennes ont, après le test balistique de Pyongyang organisé le 6 juillet un exercice à tir réel démontrant leurs capacités de « frappe chirurgicale » pouvant en théorie cibler directement la tête du régime de Pyongyang, ses principales bases de lancement, sites nucléaires et capacités de riposte. Mais compte-tenu des possibilités d’abris offertes par le relief nord-coréen, l’efficacité du mode d’action « chirurgicale » reste hypothétique.


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