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›› Politique intérieure

A Hong Kong, la justice met fin à l’indulgence

Le radicalisme de la jeunesse.

En 2014 Wong faisait la couverture de Time Magazine. Il avait 18 ans. A droite sur la photo Central occupé par le mouvement dont il avait été l’un des animateurs.


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A peine âgé de 21 ans, Wong, déjà engagé en politique depuis 2012 - il avait 15 ans - contre la « normalisation » du cursus secondaire à Hong Kong visant à présenter une histoire édifiante de la République Populaire, présente une apparence empruntée d’adolescent attardé à grosses lunettes attifé de vêtements informes trop larges, contrastant avec la force de ses convictions politiques et la puissance de son activisme.

Un commentateur politique, charmé par la candeur avec laquelle il abordait un conflit politique explosif secouant le monde des adultes, l’a même comparé à Jeanne d’Arc.

Accusé par les médias prochinois d’être manipulé par les États-Unis, rangé dans la catégorie des extrémistes – ce qui n’est objectivement pas faux compte tenu de sa faible capacité de compromis avec l’histoire complexe de la R.A.S - Joshua Wong – nom chinois 黃之鋒 Huang Zhifeng – a officiellement été mis en accusation le 27 novembre 2014 pour s’être physiquement opposé au démantèlement des campements sauvages installés à « Central ».

En mai 2015, Kuala Lumpur qui le considère comme une menace pour ses relations avec Pékin, lui refusa l’entrée en Malaisie ; un mois plus tard, lui et son amie furent hospitalisés après avoir été agressés par un inconnu dans un cinéma de Mong Kok ; En janvier 2017, arrivant à Taipei avec Nathan Law et deux membres du Legco, il dut être placé sous protection policière pour tenir à distance des manifestants opposés à l’indépendance de Hong Kong et de Taïwan. A son retour à Hong Kong, le 8 janvier, il fut à nouveau agressé par un attroupement hostile.

Les voies de la discorde.

Même si le niveau de censure est encore loin de celui du Continent, des inquiétudes apparaissent pour la liberté de l’information.


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Alors que Pékin continue à affirmer que les « Deux systèmes » fonctionnent conformément à la constitution du Territoire, force est de constater que, depuis 2013, une succession d’événements a progressivement installé une inquiétude tandis que l’alourdissement de la main de Pékin a marginalisé la mouvance démocrate modérée devenue inaudible après les pressions chinoises. Les indices du durcissement sont perceptibles à la fois dans le fonctionnement de la justice, la liberté des médias et l’exercice des droits civiques.

Parmi les plus significatifs :

En 2012 un mouvement d’étudiants et de professeurs qui rassembla 100 000 participants à une manifestation obligea le gouvernement de HK à annuler un projet d’éducation nationale et patriotique à la gloire du communisme chinois et soulignant les effets pervers des démocraties ;

Depuis 2013, une vigoureuse campagne pour réduire l’influence des médias critiques avec le tabassage de Chen Ping, éditeur de iSun Affairs en ligne, le harcèlement de Jimmy Lai éditeur du tabloïd Apple Daily, le limogeage en janvier 2014 et son agression au couteau un mois plus tard de Kevin Lau éditeur en chef du Ming Pao ; le rachat du South China Morning Post par Jack Ma et l’investissement majoritaire de Li Ruigang (le « Murdoch chinois ») patron de China Media Capital dans Television Broadcast Limited.

L’enlèvement de 5 éditeurs à la fin 2015 ayant mis en vente des magazines « people » relatant la vie privée du couple présidentiel avant leur mariage ; de retour à Hong Kong, Lam Wing-ke, l’un des kidnappés a donné un conférence de presse le 16 juin 2016 déclarant qu’il avait été retenu par la sécurité d’État, interrogé pendant plusieurs mois sans avocat sur l’identité des clients ayant acheté les livres interdits.

Avant d’être relâché il a accepté de faire une déclaration pré-écrite à la télévision d’État dans laquelle il exprimait ses regrets ; en 2014, après la publication par Pékin du Livre Blanc sur le Territoire, stipulant que les juges devaient être « patriotes », 2000 avocats du barreau de Hong Kong protestèrent en face de la Cour d’appel leur inquiétude sur l’indépendance de la justice ;

En 2015, les inquiétudes des juristes augmentèrent quand le représentant de Pékin à HK affirma que le gouverneur avait la prévalence sur l’exécutif et le législatif, du fait de sa subordination au Bureau Politique ; au printemps 2016, moins d’un mois après sa décision de dégrader la note du Territoire en raison de l’affaiblissement de l’État de droit, un tribunal de HK infligea un amende à la société de cotation Moody’s pour une analyse supposée diffamatoire, dans un rapport datant 2011 sur les perspectives de plusieurs sociétés, mais qui par la suite s’avéra exacte ;

Perspectives.

Alors que de chaque côté les positions se crispent avec Pékin échaudé par la naissance d’un séparatisme très inquiétant et les modérés de la mouvance démocrate opposés aux absolus d’un suffrage universel sans concession à Pékin dont l’influence faiblit, il est probable que les années à venir verront de nouvelles échauffourées politiques.

Un des facteurs d’aggravation des tensions est l’émergence d’une classe politique de très jeunes militants voyant dans « les deux systèmes » une situation aboutie n’ayant pas vocation à évoluer et à laquelle ils sont violemment opposés.

A quoi s’ajoute l’explosif du « localisme », euphémisme signifiant en réalité « séparation » d’avec le Continent porté par le mouvement Demosisto, le tout sur fond de rajeunissement du Conseil Législatif dont la moyenne d’âge est de 49 ans et dont 24% des membres ont moins de 40 ans.

Dans ces conditions, l’alourdissement des tendances répressives de Pékin porterait le risque d’une aggravation des fractures avec le Continent, d’autant que, selon un sondage de l’Université de Hong Kong conduit du 13 au 15 juin dernier, à peine plus de 3% des jeunes de 19 à 29 ans se sentaient Chinois (en baisse de 0,3% depuis le dernier sondage et le plus faible résultat depuis 1997).

La rupture avec les plus anciens est brutale puisque chez les plus de 30 ans, le pourcentage de ceux qui se reconnaissent une identité chinoise est encore proche de 25%.

Si l’on considère la totalité des classes d’âge, 37% des sondés se disent Hong Kongais et 21% Chinois, tandis que 40,2% se voient « Hongkongais en Chine » ou « Chinois à Hong Kong ». Le sondage a été conduit alors que Carrie Lam, le nouveau gouverneur elle aussi préoccupée par le surgissement du « localisme », venait d’annoncer qu’elle allait mener une campagne pour renforcer le sentiment d’appartenance à la Chine chez les jeunes enfants.

Lire aussi :

- A Hong-Kong, théâtre des luttes de clans, Pékin réduit la liberté d’expression.
- Zhang Dejiang dans l’arène de la R.A.S de Hong-Kong.
- A Hong-Kong Xi Jinping « recadre » les démocrates et met en garde contre une remise en cause du pouvoir central.


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