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À la mémoire de Fang Lizhi

[11 avril 2012] • François Danjou

Dans les vagues successives des nouvelles qui vont et viennent autour de la Chine, souvent uniquement articulées autour des performances économiques, surveillées comme l’huile sur le feu par les investisseurs, qui, dans le grand public, se souvient de Fang Lizhi ? Pourtant, pour beaucoup de Chinois intellectuels et membres du parti, il est à la fois un symbole et une inquiétude.

Sa mort, le 6 avril dernier à Tucson, dans l’extrême sud-ouest des Etats-Unis, à la frontière du Mexique, où il était exilé depuis 1992, après de brefs passages dans les universités de Cambridge au Royaume Uni et de Princeton dans le New-Jersey, a réveillé les vieilles craintes du Parti à l’égard des intellectuels dissidents réfugiés à l’étranger.

La nouvelle de la disparition de Fang ravive aussi les souvenirs des féroces rivalités de pouvoir entre conservateurs et réformateurs qui agitèrent la Chine à la fin des années 80, et finirent dans le bain de sang de Tian An-men, le 4 juin 1989. Une embardée politique néfaste qui pèse toujours sur la mémoire des responsables, au point qu’elle constitue l’archétype des dérapages à éviter dans la gestion des contestations populaires.

Depuis les années 90, une bonne partie de la réflexion des chefs politiques chinois et des responsables de la sécurité à en effet consisté à mettre le Parti et les forces de police en mesure de prévenir ou de contenir les « incidents de masse » sans effusion de sang, ni publicité, dont chacun sait bien, au sein de la nomenklatura, que la force contagieuse constitue une menace.

A bien des égards, le récent épisode du village de Wukan, dans la région de Canton, déserté par la police et les responsables contestés par le peuple, fut le symbole des nouvelles stratégies, faites de concessions limitées accordées par le pouvoir, assorties de mesures anti-contagion dans les zones limitrophes. Il est l’aboutissement d’un mode plus subtil de contrôle de la société, radicalement opposé aux brutalités mortifères de Tian An-men.

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