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›› Politique intérieure

ANP 2016 : Sous forte contrainte économique, la Chine réduit la croissance de son budget militaire

Le 5 mars le 1er ministre Li Keqiang prononce son discours d’ouverture de l’ANP 2016. Ayant fixé l’objectif de croissance 2016 entre 6,5 et 7%, il a prédit de grandes difficultés à venir.

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Le 5 mars s’est ouvert à Pékin la session annuelle dite « des deux assemblées » ou 两会(Liang Hui) réunissant les quelques 3000 délégués de l’Assemblée Nationale populaire et les 2000 membres de la conférence consultative du peuple chinois. S’il est vrai que ces grand-messes seront comme à l’habitude plus une représentation qu’un lieu de débats, les circonstances qui les entourent en feront un événement inhabituel. La session 2016 de l’ANP devra en effet entériner le 13e plan quinquennal dans un contexte politique et socio-économique radicalement différent de celui qui, en mars 2011 avait présidé à l’adoption du 12e plan.

A cette date, le pays qui venait cependant de connaître deux révoltes ethniques sanglantes violemment dirigées contre le peuplement Han au Tibet en 2008 et l’année suivante au Xinjiang, sortait tout juste d’une longue période lumineuse, marquée par l’entrée dans l’OMC en 2001, l’organisation des JO à Pékin en 2008 et l’exposition universelle de Shanghai, inaugurée 5 mois avant l’adoption du 12e Plan.

Les commentaires en interne et à l’étranger insistaient majoritairement sur les succès de la Chine, tandis que le Parti, en accompagnement de l’urbanisation du pays, programmait jusqu’en 2015 la modernisation de l’agriculture et de l’industrie à quoi étaient ajoutés en 2012 les efforts sur les nouvelles technologies et « l’informatisation ».

Au total, anticipant déjà le freinage de la croissance à 7,5%, le Parti, pourtant déjà confronté aux prémisses des défis qui s’accumulent aujourd’hui (intégration des migrants, faiblesse de la gestion des grands groupes, dettes publiques, fragilité de l’immobilier et poids financier des obligations sociales de l’État) diffusait le sentiment qu’il maîtrisait les leviers macro-économiques du pays, la bascule progressive vers une économie de services où la consommation remplacerait peu à peu les exportations et les investissements, avec, en arrière plan, les efforts pour redistribuer la richesse et diminuer les inégalités.

Bref, il y a 5 ans, l’heure était à la confiance, aux prédictions d’une croissance maîtrisées et aux perspectives d’un atterrissage en douceur de l’économie qui, au premier trimestre 2010, affichait encore 11,9% de croissance et une moyenne de 10,4% pour toute l’année.

Le 13e Plan face au défi du freinage économique

 

A la fin 2015, la croissance a chuté de plus de 3 points, nombre d’indicateurs économiques freinent durablement, tandis que la répétition des mesures destinées à corriger le dévissage des bourses chinoises en juin 2015 et janvier 2016 a donné le sentiment d’un tâtonnement ayant affaibli la confiance.

Trois années après l’arrivée au pouvoir du « prince rouge » Xi Jinping, descendant d’un proche de Mao, ayant lui-même une vive conscience de ses racines communistes « aux spécificités chinoises » qu’il affiche volontiers, entouré au Comité Permanent d’une « garde rapprochée » de trois autres « fils de princes » l’impression de sérénité est aujourd’hui nettement écornée.

Dans un papier publié dans China Leadership Monitor Barry Naughton constate même qu’en 2015 la politique macro-économique a été « erratique, inefficace et parfois contreproductive ».

Au point que l’aura de compétence qui, jusqu’il y a encore peu de temps entourait la direction du régime s’est évaporée, tandis que tout au long de l’année, le pouvoir a semblé flotter, hésitant sur les mesures à prendre pour limiter la chute de la croissance et mieux contrôler ses effets. En même temps apparaissait un doute sur la qualité de la relation entre le Président omniprésent et le premier ministre dont le domaine de compétence s’est réduit.

Le moment venu Question Chine analysera les grandes options du 13e Plan dont l’objet essentiel sera d’ajuster la Chine à la fin de l’ère de la « croissance miracle » à deux chiffres.

Aujourd’hui, alors que le pays est sous le coup d’un vaste mouvement de migration urbaine et que l’appareil est secoué par la lutte contre les prévarications, de puissantes évolutions se conjuguent pour mettre la situation socio-économique du pays sous tensions. Elles sont marquées par le vieillissement de la population, l’accumulation des exigences sociales des migrants, des ruraux, de la classe moyenne et des retraités, la perte de compétitivité des vieilles structures industrielles obligées de licencier plus d’un million de personnes, l’assèchement du crédit et la persistance d’une faible productivité de la main d’œuvre.

Les dépenses militaires en hausse de 7,6%

Missile DF-21 destiné à cibler la marine américaine dans le Pacifique occidental.

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Dans ce contexte beaucoup moins assuré qu’il y a cinq ans, l’ANP a publié le nouveau budget de la défense du pays. La croissance des dépenses militaires affichée à 7,6% qui portera le budget des armées à 954 Mds de Yuans (133 Mds d’€) – soit ¼ du budget américain et 4 fois celui de la France – traduit le souci de ne pas grever les finances du pays en dépit des ambitions de puissance et de modernisation maintes fois répétées par le Président Xi Jinping, alors que le pays est engagé dans une sévère rivalité stratégique avec l’aéronavale américaine en mer de Chine du sud.

S’il est vrai que la hausse des dépenses militaires est encore supérieure à la croissance, l’écart qui se réduit exprime une plus grande prudence budgétaire qu’en 2015. Alors que l’année dernière la croissance des dépenses militaires était encore supérieure de 3 points à la croissance du PNB, en 2016, l’écart est inférieur à 1 point.

En tous cas, les chiffres prennent le contrepied des récentes déclarations du général Wang Hongguang, ancien n°2 de la région militaire de Nankin selon lequel la modernisation des forces et leurs restructurations en cours, ponctuées par une déflation de 300 000 hommes très gourmande en compensations et en retraites exigeraient une hausse du budget de l’APL de 20%. L’effort réclamé par Wang aurait cependant traduit une course aux armements dangereuse pour l’équilibre financier du pays qui affichera en 2016 un déficit budgétaire de 3%, il est vrai très inférieur au déficit américain (9%) et à celui de nombre de pays européens.

Ce retour à la sagesse – qu’il était possible de mettre en doute en 2015 quand le budget militaire était en hausse de plus de 10% - signifie que la Chine dont les finances sont sous pression a, pour l’heure, fait le choix de ne pas se laisser entraîner dans une coûteuse compétition militaire qui, on s’en souvient, avait gravement affaibli l’URSS dans les années 80.

Pour autant, comparés aux efforts des voisins ceux de la Chine restent importants en croissance et en volume. Le Japon par exemple n’a augmenté ses dépenses que de 1,5% tandis que l’Inde reste très en retard et que le budget des autres voisins (Vietnam, Philippines, Indonésie, Malaisie) qui tous remettent à jour leur défense, ne peut, du fait de l’écart de puissance, constituer un élément d’équilibre.

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Comme en 2015 la porte parole de l’ANP, Madame FU Ying a longuement justifié les dépenses militaires tout en mettant l’accent sur le ralentissement de la croissance qui, pour la première fois depuis de longues années est passée largement sous la barre des 10%.

Aux arguments bien connus (rattrapage du budget, mise à jour des soldes, modernisation des équipements, acquisition des capacités d’action à longue distance), sont venus s’en rajouter d’autres liés à la restructuration des forces en cours et à la situation en mer de Chine du sud. FU Ying a notamment expliqué que les installations militaires dans les Paracel, par ailleurs largement soutenues par l’opinion, relevaient d’une obligation de défense légitime imposée par la distance avec le Continent.

Au bilan, l’APL qui n’a pas les mêmes capacités globales que l’armée des États-Unis, est, au fil du temps, devenue la 2e puissance militaire de l’Asie Pacifique. D’ici 2030 sa marine modernisée, ses missiles balistiques et ses équipements sol-air (radars et missiles) modernes dont la précision a été notablement augmentée, confèreront à la Chine une capacité de dissuasion capable d’obliger l’aéronavale américaine à prendre des risques chaque fois qu’elle effectuera une manœuvre destinée à affirmer la liberté de navigation aux abords des îlots contestés des Paracels ou des Spratlys.

Lire aussi : La puissance militaire chinoise et le réarmement de l’Asie


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