L’article de Bruno Birolli ne conteste pas la relance de l’économie. Il propose des éléments pour en apprécier la stabilité et la solidité, dans un contexte où le Comité Central avait, à l’occasion de son 4ième Plenum, lui-même émis des doutes sur la solidité de la reprise.
Par ailleurs, il fait appel à des instruments de mesure liés, non pas à la demande extérieure, mais à la densité du transport maritime qui renvoie autant aux exportations de la Chine qu’à la demande chinoise et donc au volume de ses importations de matières premières, directement liées aux taux de l’activité industrielle.
Au printemps 2009, les importations chinoises ont augmenté, dopées, non pas par la demande, mais par les plans de relance, signalant une reprise de la production. Mais, dès lors qu’elle ne s’appuyait pas sur une réelle reprise des marchés extérieurs, celle-ci a provoqué l’accumulation de stocks, notamment dans le secteur de l’acier, ajoutant encore au marasme du secteur.
Quant à la structure de la croissance à laquelle le lecteur fait allusion, chacun sait qu’elle est d’abord très fortement liée aux investissements massifs de l’état et aux dépenses publiques qui comptent pour 60% dans le PNB.
La faiblesse de la demande intérieure, qui plonge ses racines dans l’indigence des filets sociaux et la difficulté d’accès aux soins de près de 50% de la population, induit un des plus forts taux d’épargne de la planète et freine la consommation (seulement 1/7ième des Chinois bénéficient d’une assurance maladie et moins de 1/5 ont une retraite viable).
Depuis son arrivée au pouvoir l’équipe Hu Jintao a maintes fois souligné l’urgence de soutenir la consommation intérieure pour rééquilibrer la croissance. La crise a donné encore plus d’acuité à cette exigence, traduite dans de nombreuses déclarations publiques du premier ministre.
La vérité oblige à dire qu’en dépit de ces injonctions, au lieu de se renforcer, la demande intérieure a régulièrement faibli entre 2002 et 2008. Elle est aujourd’hui une des plus faibles du monde et la plus basse de tous les pays asiatiques, loin derrière les Philippines, l’Indonésie, la Corée du Sud, Taïwan, la Thaïlande ou le Japon.
S’il est vrai que la politique anticrise du gouvernement (prêts à faible taux, exemptions de taxe, campagnes de publicité, rabais importants aux agriculteurs) a donné quelques résultats et rehaussé la consommation intérieure de près de 15% en 2009, les investissements d’infrastructure ont, dans la même période, fait un bond de 33%, annulant en partie les efforts de rééquilibrage.
Par ailleurs, les exportations, qui avaient chuté depuis l’été 2008, reprenaient au début de l’automne 2009, notamment vers les Etats-Unis, écornant même les parts de marché des pays de l’Amérique latine, devenus moins compétitifs, du fait de la crise. La reprise des exportations vers l’UE a été encore plus forte.
De ces observations on peut tirer la conclusion qu’au lieu de favoriser un réajustement de la structure de la croissance en faveur du marché intérieur, la crise a encore aggravé les déséquilibres en permettant l’augmentation de la part des investissements publics. Après un période déprimée de près de huit mois, elle a aussi paradoxalement consolidé la part de l’export, notamment du fait de l’avantage compétitif des prix chinois.
Mais la vraie question est de savoir si le rééquilibrage est possible sans un réajustement social et une modification radicale du système de redistribution de la richesse et du capital, qui dépend également de l’organisation du système bancaire. La moyenne des revenus urbains - 900 euros par an et trois à six fois moins dans les zones rurales - est trop basse pour permettre un décollage significatif et durable de la consommation (le pouvoir d’achat de la population chinoise est aujourd’hui à peine supérieur à celui d’un pays européen développé de 50 millions s’habitants).
Il est d’autant peu probable que la situation se modifie rapidement, que l’épargne des Chinois sert de matelas prudentiel aux banques, dont la solvabilité dépend en grande partie de la richesse des comptes des particuliers. FD
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