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Aung San Suu Kyi à Pékin. Retour au principe de réalité

Le 11 juin à Pékin, Aung San Suu Kyi, déjà venue en 2015, était officiellement reçue au titre de ses nouvelles fonctions gouvernementales de Conseillère du gouvernement et de ministre des Affaires étrangères.

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Aung San Suu Kyi, la grande dame symbole de la démocratie et du droit dans son pays, en Asie et dans le monde a rencontré le président Xi Jinping à Pékin le 11 juin.

Prix Nobel de la paix, arrivée au pouvoir au Myanmar 5 années après la levée de son assignation à résidence qui durait depuis un quart de siècle, tirant profit de la victoire aux législatives de 2015 de son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie, la fille du père de l’indépendance, le général Aung San assassiné en 1947 par un rival politique, est revenue dans la capitale chinoise où le régime l’avait déjà reçue en 2015 alors qu’elle était encore dans l’opposition.

Ceux qui, aux États-Unis et en Occident, pensaient qu’il aurait suffi des deux visites très médiatisées du président Obama au Myanmar et de quelques manifestations anti-chinoises de l’opinion birmane pour que les équilibres dans cette arrière-cour stratégique de la Chine basculent, en seront pour leurs frais. L’utopie d’un monde globalisé marchant inéluctablement vers la démocratie à l’occidentale se rangeant progressivement derrière la bannière des droits défendus par Washington et contre Pékin vient de heurter de plein fouet le principe de réalité qui gouverne depuis des lustres cet endroit du monde.

Le pays a une frontière commune de plus de 2000 km avec le Yunnan à son nord-Est et les compagnies chinoises y sont actives dans l’exploitation du bois, du nickel, du cuivre et du gaz ainsi que dans la construction de routes et de centrales hydrauliques. Depuis 2010, la Chine en est le principal fournisseur et client. Durant la longue règle fermée et répressive de la Junte militaire, Pékin fut le soutien indéfectible et sans état d’âme de Rangoon contre les sanctions américaines et européennes, tenant également à distance les résolutions de l’ONU auxquelles le politburo opposait régulièrement son veto.

En échange, le Myanmar a facilité la construction et l’exploitation des deux pipelines de gaz (en service depuis octobre 2013) et de pétrole (inauguré en janvier 2015), longs de 2400 km, reliant Kunming, la capitale du Yunnan, à la région de Kyaukphyu, 170 nautiques au sud du port bangladais de Chittagong. Pour Pékin, cette longue artère logistique qui traverse le pays d’ouest en est vers la Chine, revêt une importance stratégique exceptionnelle puisqu’elle permet de court-cuiter le détroit de Malacca, réduisant de 700 nautiques le trajet des tankers et de 30% leurs délais de route.

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Il serait cependant imprudent de déduire de ce premier voyage officiel d’Aung San Suu Kyi à Pékin que, s’étant un moment rapproché de Washington et des morales humanistes occidentales, le balancier birman serait désormais à nouveau et sans nuances arrimé à la Chine.

Depuis l’époque du soutien inconditionnel de la Chine au régime militaire devenu un allié captif, les rapports de forces et le poids des influences ont évolué. Aujourd’hui, les raisons sont nombreuses qui poussent le pouvoir chinois à redoubler d’efforts pour rester un allié privilégié du Myanmar considéré par les Think Tank chinois comme l’un des points d’application emblématiques de la rivalité entre Pékin et Washington.

Pour Li Qingsin chercheur à l’Institut International de l’Université du Peuple, qui décrit les irrédentismes le long de la frontière entre la Chine et le Myanmar, les manœuvres américaines au pays birman visent à empêcher l’accès de la Chine au golfe du Bengale et à créer un abcès de fixation anti-chinois à la périphérie sud de l’Inde.

Mais cette vision académique biaisée oublie de souligner qu’une partie des irrédentismes contre lesquelles se bat la très brutale armée birmane échappant toujours à Aung San Suu Kyi, ont initialement été nourris par les influences communistes chinoises.

Dans l’ancienne Birmanie, le principe de réalité à bien d’autres visages, depuis le poids rémanent des militaires, jusqu’aux violents affrontements ethniques en passant par la quête pour de meilleures infrastructures où, comme souvent, l’offre chinoise est irrésistible.


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