QuestionChine.net http://www.questionchine.net/ Repérer l'essentiel de l'information, chercher le sens de l'événement, comprendre l'évolution de la Chine. fr QuestionChine.net http://www.questionchine.net/IMG/ruboff0.gif http://www.questionchine.net/ Les convulsions de la croissance http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2624 2010-06-09T08:54:45Z Éditorial <p class="spip"> Grâce à sa puissance financière incomparable, à son système politique centralisé et à ses banques d'Etat, vecteurs efficaces des investissements publics au profit des entreprises nationales et des grands projets d'infrastructure, la Chine a traversé la crise mondiale sans subir de secousses majeures.</p> <p class="spip">La reprise est au rendez-vous, la production est à la hausse, les exportations ont repris, l'inflation est, pour l'heure, sous contrôle, et les investissements spéculatifs dans l'immobilier sinon arrêtés, du moins sévèrement encadrés. Enfin, les réserves de change accumulées atteignent 2440 milliards de dollars (+53% depuis 2008).</p> <p class="spip">En revanche, le Régime, champion du pilotage macroéconomique et dont l'étonnante capacité de mobilisation s'était aussi exprimée lors du séisme du Qinghai, peine à répondre aux crises sociales qui secouent le pays depuis quelques semaines.</p> <p class="spip">Il est vrai qu'il y a un an des consignes avaient été données aux juges et aux policiers pour plus de souplesse et de clémence. De même, la volonté du pouvoir de procéder à un rééquilibrage social, dont il fait sa priorité n'est pas en cause.</p> <p class="spip">Il n'en reste pas moins que les relations qu'il entretient avec la société nouvelle, ses complexités, ses incertitudes, ses espoirs et ses exigences nées de l'urbanisation rapide, de la modernisation, de l'emprise d'internet, des téléphones portables et de l'émancipation d'une partie de la presse écrite, restent encore marquées par les anciens réflexes de gouvernement à coup de slogans politiques, appuyés par la censure, les pressions des syndicats officiels et la toute puissance de la police.</p> <p class="spip">Après la série d'attaques dans les écoles primaires et maternelles, où 15 enfants ont été assassinés par des déséquilibrés dans six établissements scolaires - les attaques les plus meurtrières ont eu lieu le 23 mars dans le Fujian, perpétré par un médecin au chômage - (8 morts) et, le 11 mai, dans le Shaanxi par le propriétaire de l'école privée lui-même (7 morts) - , les médias d'Etat n'ont que très rarement rapporté les commentaires de Wen Jiabao sur la chaîne privée Phoenix télévision de Hong Kong, où le Premier Ministre expliquait que les « contradictions sociales » étaient à la racine des événements.</p> <p class="spip">En revanche, ils ont largement insisté sur les mesures de sécurité spéciales prises dans les écoles. Début juin, le Quotidien du Peuple rapportait une déclaration de Hu Jintao, qui peut difficilement passer pour une analyse des causes profondes des incidents ou une innovation politique : « La société doit accorder de l'importance à la sécurité des écoliers et tout faire pour protéger les enfants de la Patrie ». En fait, dans le sillage des extraordinaires bouleversements en cours, surgissent des tensions auxquelles le Parti est mal préparé.</p> <p class="spip">Lors de la vague de suicides (au total 13 en quelques semaines) dans les usines du géant Taïwanais Foxconn - n°1 mondial de la sous-traitance électronique, 900 000 ouvriers en Chine, dont la moitié à Shenzhen, 2,4 milliards de $ de revenus annuels nets, 1,4 milliards de taxes payées à la municipalité -, qui fabrique des gadgets pour Apple, Sony, Dell, Nokia ou HP, les familles des victimes ont accusé les autorités locales, qui tirent leurs subsides des taxes payées par les entreprises, d'avoir tenté de camoufler des blessures suspectes sur les corps de certains suicidés.</p> <p class="spip">« La justice ne nous a pas aidés » disent les parents de ces jeunes migrants qui, venus seuls de leur campagnes affronter sans préparation les pièges des grands centres urbains, n'ont pas supporté le déracinement et les conditions de leur nouvelle vie.</p> <p class="spip">L'avocat Li Qiang, Directeur de l'ONG China Labor Watch, explique que même les 20% d'augmentation de salaires promis par la Direction du groupe, n'amélioreront le malaise qu'à la marge : « le rythme de travail est insupportable ; le management est inspiré de l'armée ; on attend des ouvriers qu'ils se comportent comme des machines ; l'ambiance de travail est stérile, personne ne se parle. Il sera très difficile de changer la culture d'entreprise d'une aussi société aussi gigantesque ».</p> <p class="spip">Sans lien apparent, d'autres incidents liés aux conditions de travail se sont développés simultanément dans cette même région, symbole du développement de la Chine, « usine du monde ». A la mi mai, à seulement une centaine de kilomètres au nord-ouest de l'usine Foxconn de Shenzhen, a éclaté, au sein de l'usine Honda de Foshan, située dans le vaste réservoir de main d'œuvre de la Rivière des Perles, une des plus grandes grèves jamais enregistrées au sein d'une multinationale en Chine.</p> <p class="spip">Là aussi, le pouvoir, en l'absence d'un syndicat autonome représentant les ouvriers, s'est trouvé démuni et hésitant. Après une remarquable période de transparence initiale, les médias officiels ont cessé de rendre compte de la situation. « La négociation est impossible » a constaté le responsable du syndicat officiel du district de Hainan où est située l'usine, tandis que les ouvriers en grève s'insurgeaient contre le parti-pris pro-patronat du syndicat : « comment se fait-il que des syndicalistes chinois battent des ouvriers chinois ? ».</p> <p class="spip">Les conflits du travail ne sont pas nouveaux en Chine. Cette fois pourtant, la grève, que le pouvoir a laissé se développer, semble marquer un tournant. La nature des revendications, centrées non pas sur une faute ou une violation légale de la direction qui fondent la plupart des conflits sociaux, mais sur les salaires et l'amélioration des conditions de travail, de même que la dimension de la crise - les 4 autres usines Honda en Chine ont été stoppées après l'arrêt de la fabrication des boîtes de vitesse et de pièces moteur essentielles -, indiquent que le rapport de forces, jadis en faveur des entreprises appuyées par les cadres locaux, est peut-être en train de glisser du côté de la main d'œuvre, devenue plus rare et plus rétive.</p> <p class="spip">« Les ouvriers semblent bien organisés et savent ce qu'ils font », rapporte le South China Morning Post. « Ils se coordonnent par SMS, ou par internet et réclament une augmentation de 50% de leur salaire, de 1500 à 2300 Yuan mensuels (280 Euros) et exigent que le représentant du syndicat officiel, traditionnellement proche de la direction et du Parti, soit élu par les ouvriers ».</p> <p class="spip">Le 1er Juin, l'International Herald Tribune, citait Tomoo Marukawa, spécialiste de d'économie chinoise à l'université de Tokyo : « le Japon commence à prendre conscience que la période des bas salaires tire à sa fin en Chine. Les sociétés qui envisageaient l'implantation en Chine dans le seul but d'abaisser leurs coûts devront réviser leur stratégie ».</p> <p class="spip">Ces réflexions hantent aujourd'hui la plupart des responsables des entreprises chinoises et étrangères, dans un contexte où les augmentations (entre 20 et 30%) accordées dans l'urgence et sous la pression aux ouvriers de Foxconn et Honda feront tâche d'huile.</p> <p class="spip">Quant au Bureau Politique, il devra s'ajuster très vite au nouveau rapport de forces qui confère à la main d'œuvre un pouvoir de pression sans précédent. La grève des migrants, l'hiver dernier, avait sonné la première charge de cette nouvelle bataille, dont l'enjeu est aussi politique -. Li Qiang, déjà cité, explique que « Les ouvriers de Honda protestent contre une distribution des richesses très inégale et exigent que le pouvoir leur accorde plus d'attention ».</p> <p class="spip">Toutes les enquêtes montrent en effet que l'écart des richesses a atteint un niveau alarmant. En 20 ans, la part des salaires dans le PIB est passée de 57% à 30% tandis que, dans le même temps, la part du retour sur investissement qui mesure les gains des entreprises a augmenté de 20%. Le pouvoir connaît les risques de cette dérive.</p> <p class="spip">Le 10 mai dernier, l'agence officielle Xinhua, téléguidée par le Bureau Politique, publiait une dépêche alarmante, soulignant que « l'écart de richesses en Chine avait atteint les limites de la tolérance sociale ». La mise en garde faisait suite à un rapport de l'Académie des Sciences Sociales dont des extraits ont été publiés par le China Daily, le 9 janvier 2010 : « les écarts de revenus entre les différents secteurs de la société sont les principales menaces contre la stabilité sociale. »</p> <p class="spip">Ainsi, les secousses sociales du delta de la Rivière des Perles, marquent-elles peut-être la fin d'une période où la croissance de la Chine s'alimentait des faibles coûts de la main d'œuvre émigrée des zones rurales. Elles interpellent le Parti sur le terrain de « l'harmonie sociale », dont il a lui-même fait une priorité et prennent à contrepied les connivences entre le pouvoir et les entreprises, principales sources de revenus de l'administration locale.</p> <p class="spip">Aujourd'hui c'est sous la pression de « la base », amplifiée par une très dense couverture médiatique internationale et l'effervescence des échanges Internet, que le Bureau Politique sera contraint d'ajuster ses anciens schémas de développement pour accompagner la transition socio-économique du pays. En priorité, il devra se pencher en urgence sur la question de la répartition des richesses et accorder une attention plus grande au statut des 145 millions de migrants.</p> text/html fr La hausse du Yuan. Obstacles, hésitations et calculs http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2630 2010-06-29T13:18:45Z Economie <p class="spip"> Lorsque le 21 juillet 2005 la Chine avait laissé flotter le Yuan à l'intérieur d'une marge de 0,3% et autour d'un taux de 8,28 Yuan pour un dollar, les analyses des experts avaient été assez semblables à celles qui suivirent le nouveau mouvement de la monnaie chinoise autorisé par la Banque de Chine, le 19 juin dernier.</p> <p class="spip">Comme aujourd'hui, le décrochage était jugé de faible ampleur, et on estimait que la manœuvre, prudente et habile, permettait de dévier les principales critiques américaines qui associent la sous-évaluation de la monnaie chinoise au déficit chronique de la balance commerciale et au chômage.</p> <p class="spip">Après un blocage de 2 ans commencé en 2008 après la crise du capitalisme financier, la monnaie chinoise est à nouveau autorisée à fluctuer d'une valeur approchante (0,3% à 0,5%), cette fois autour d'un taux voisin de 6,82 Yuan pour un dollar. La décision a été prise peu de temps avant la réunion du G20 au Canada, ce qui alimente les commentaires sur les « calculs politiques » de l'initiative chinoise.</p> <p class="spip">La méthode est la même que celle adoptée en 2005. La Banque centrale publie chaque soir un taux de change officiel, dépendant du « panier de monnaies », et celui-ci sert de base de parité le lendemain. Le taux de change yuan-dollar est maintenu par les autorités chinoises dans une bande de plus ou moins 0,3% à 0,5% autour de ce taux officiel. Une manipulation comparable est appliquée aux autres devises. (cf. l'article de questionchine.net du 22 juillet 2005 « <a href="article.php3?id_article=1653" class="spip_in">Réforme du Yuan, un petit pas pour la Chine, un grand pas pour l'avenir</a> »)</p> <p class="spip">Mais à la différence de 2005, la fluctuation n'est, cette fois, pas uniforme. Après une première journée nettement orientée à la hausse (0,4%), le jour suivant a enregistré une baisse qui a annulé les 2/3 de la hausse initiale. A partir du 23 juin, celle-ci s'est provisoirement stabilisée entre les deux valeurs, à environ 6,814 Yuan pour un dollar.</p> <p class="spip">La prudence et les fluctuations contraires traduisent d'abord la volonté des autorités chinoises de tenir à distance les spéculateurs. Pour faire bonne mesure, la Banque Centrale a, dès le 20 juin, en effet décidé d'alléger les pressions sur le Yuan en faisant acheter d'importantes quantités de dollars par les quatre grandes banques d'Etat.</p> <p class="spip">Les va et viens de faible ampleur soulignent également les hésitations des experts chinois, dont les craintes avaient été résumées dans un article du Quotidien du Peuple, publié 10 jours avant le décrochage du 19 juin.</p> <p class="spip">L'analyse, qui préconisait précisément une fluctuation à la hausse comme à la baisse, indique bien que la manœuvre chinoise était soigneusement calculée. L'analyse des risques d'une réévaluation trop rapide était précédée d'un préambule expliquant que la proximité du G 20 et la crise de l'Euro avaient compliqué les débats opposant les ennemis farouches de la réévaluation à ceux qui préconisaient de profiter de la faiblesse de la monnaie européenne pour instaurer la convertibilité complète de la monnaie.</p> <p class="spip">Mais cette perspective qui exprimait plus l'agacement de la Chine d'avoir à dépendre d'une Banque Centrale étrangère qu'une véritable intention à court terme, était renvoyée aux calendes grecques, tandis que la teneur de l'article plaidait clairement pour la plus extrême prudence, voire l'immobilisme. Les principaux arguments étaient liés à la complexité et la volatilité de la situation intérieure chinoise.</p> <p class="spip">La hausse du Yuan, qui abaisserait le coût des importations porterait un coup sévère aux secteurs déjà en surproduction comme l'acier ; elle bénéficierait plus aux couches aisées de la société et élargirait le fossé entre riches et pauvres ; elle augmenterait le flux de capitaux en Chine, menaçant l'équilibre financier du pays ; surtout la réévaluation favoriserait l'importation de produits agricoles, créant une situation désastreuse pour les 500 millions de paysans.</p> <p class="spip">Enfin, l'article rajoutait que la récente chute de l'Euro constituait déjà une dévaluation de fait du RMB. Si la situation s'aggravait en Europe, une réévaluation du RMB deviendrait dangereuse. C'est pourquoi, si on décidait un décrochage par rapport au dollar, le Yuan devrait pouvoir fluctuer à la hausse comme à la baisse, « ce qui donnerait à la Chine une plus grande marge de manœuvre », dans une période d'incertitude des finances mondiales.</p> <p class="spip">Cette phrase exprime peut-être le deuxième volet de la stratégie de Pékin. Après avoir désamorcé les critiques en amont du G20, il se pourrait bien que les intentions chinoises soient maintenant de tirer parti de la forte appréciation de fait du RMB par rapport à la monnaie européenne et celle des autres pays émergents - Inde et Brésil - pour diviser le front des critiques antichinoises et isoler Washington.</p> <p class="spip">La vérité est que la direction chinoise, qui a d'autres soucis, n'entend pas se laisser dicter sa politique monétaire par l'idée un peu trop simple que la réévaluation de sa monnaie résorberait le déficit budgétaire et le chômage américains.</p> <p class="spip">Il est vrai qu'en théorie, un taux de change du Yuan à la hausse réduirait les bénéfices des exportations et tirerait le pouvoir d'achat des consommateurs chinois vers le haut. Mais la main d'œuvre des sociétés exportatrices devrait se recaser ailleurs, tandis que la faiblesse des filets sociaux chinois freinerait le décollage de la consommation intérieure. A ces obstacles il faut encore ajouter la fragilité du tissu des PME, auxquelles les banques prêtent peu et la surproduction de certains secteurs tels que l'acier, dont le marasme est source de chômage potentiel.</p> <p class="spip">Autant d'entraves qui limitent la marge d'initiative du gouvernement, dans un contexte où une brutale hausse du Yuan, telle que la souhaitent certains à Washington, risquerait d'aboutir d'abord, non pas à un décollage de la consommation intérieure, mais à une explosion du chômage.</p> <p class="spip">Une calamité que le régime, déjà aux prises avec la flambée sociale des usines à forte intensité de main d'œuvre dans le sud du pays, veut éviter à tout prix. Après deux années de blocage la Banque Centrale chinoise laisse à nouveau flotter sa monnaie.</p> <p class="spip">Comme en 2005, elle le fait de manière prudente et mesurée, bien décidée à ne pas brusquer les choses, dans une situation économique mondiale incertaine, marquée par la crise de la monnaie européenne, dont elle redoute les conséquences.</p> <p class="spip">Et tant que ne seront pas levées les hypothèques qui pèsent sur la structure de l'économie chinoise - faiblesse financière du secteur privé, poids des entreprises d'Etat qui monopolisent les crédits, secteurs en surproduction, raréfaction de la main d'œuvre bon marché, risques de chômage - toutes liées à la stabilité d'une société, dont de larges pans sont encore privés de fonds de retraite et d'assurance maladie, il est illusoire de croire que le Bureau Politique autorisera une hausse substantielle et rapide du Yuan et, à fortiori, sa convertibilité totale, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il en mesure encore très mal les effets pervers.</p> text/html fr Les nouvelles frictions avec Washington marquent-elles un tournant ? http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2627 2010-06-21T15:54:55Z Chine / monde <p class="spip"> Les tensions de la relation sino-américaine sont un phénomène récurrent et inévitable, inscrit dans la somme des rivalités culturelles, commerciales, politiques et stratégiques entre les deux pays. Cette fois pourtant, nombre d'observateurs estiment que la brouille qui enfle, dont les motifs sont cependant toujours les mêmes, a franchi un cap.</p> <p class="spip">Récemment, les querelles entre Washington et Pékin ont monté d'un ton. Les contentieux et les craintes, déjà stimulés par les disputes commerciales jamais apaisées - droits de propriété, déséquilibre de la balance commerciale, règlementation chinoise sur les brevets, dumping, taux de change du Yuan - et par le poids financier de la Chine, partout à l'affût des opportunités d'investissement surgies de la crise économique, ont encore été attisés par la présence accrue de la marine chinoise en Mer de Chine du Sud et dans les parages du Japon.</p> <p class="spip">L'activité nouvelle des bâtiments de guerre de l'APL marque de près les allées et venues des bateaux de guerre américains en mission de « surveillance » - qui, pour l'état-major chinois ne sont rien d'autre que de l'espionnage - et réaffirme avec plus de force les anciennes prétentions de Pékin sur les îles Paracels et les Spratleys.</p> <p class="spip">Elle exerce aussi une pression directe sur les recherches d'hydrocarbures dans la zone, par les sociétés américaines. Selon le South China Morning Post du 7 juin, la société Exon Mobil aurait reçu des menaces de représailles sur ses affaires en Chine, si elle ne mettait pas fin à ses accords d'exploration avec le Vietnam.</p> <p class="spip">Enfin, enflammées par un raidissement des militaires chinois excédés par les ventes d'armes à Taiwan, les dissensions se sont cristallisées en mai dernier, à l'occasion du dernier dialogue stratégique sino-américain, tenu à Pékin, et, début juin, lors de la conférence annuelle pour la sécurité en Asie, organisée à Singapour par l'IISS de Londres.</p> <p class="spip">Tous les spécialistes s'accordent à dire que les résultats du deuxième dialogue sino-américain sur les questions économiques et stratégiques furent minces. Washington n'est pas parvenu à convaincre Pékin de se joindre aux pressions contre la Corée du Nord après le torpillage en Mer Jaune de la corvette sud-coréenne Cheonan.</p> <p class="spip">La délégation américaine n'a pas non plus réussi à relancer la coopération militaire, interrompue par les Chinois après les ventes d'armes à Taiwan en janvier dernier. Elle a même essuyé un refus à sa proposition de visite en Chine du ministre de la Défense Robert Gates.</p> <p class="spip">Et, dans un genre plus spectaculaire, il y eut la déclaration très peu diplomatique, dont les Chinois sont peu coutumiers dans ce type de rencontre, du Général Guan Youfei, Directeur adjoint du Bureau des Relation extérieures du ministère de la défense.</p> <p class="spip">Le 24 mai, s'adressant aux 65 membres de la délégation américaine, Guan Youfei, jusque là peu connu des observateurs, a accusé les Etats-Unis de se comporter en « ennemis de la Chine » et de vouloir « l'encercler », l'essentiel de sa diatribe étant réservé aux ventes d'armes américaines à Taiwan (Washington Post - John Pomfret, 8 juin 2010). Le 6 juin, Général Zhu Chenghu, de l'Université de la Défense Nationale, apportait son soutien au Général Guan, en répétant que le comportement de Washington était systématiquement hostile.</p> <p class="spip">Lors de la rencontre de Singapour, le général Ma Xiaotian, vice-chef d'état-major de l'APL, enfonçait le clou en présence de Robert Gates : « la menace de la force dans les relations internationales et l'interférence dans les affaires intérieures des Etats perpétuent une mentalité de guerre froide (...). Nous ne considérons pas que les ventes d'armes américaines à Taiwan sont une chose normale (...). En mer de Chine du Sud, les navires de surveillance américains, dont la présence n'est pas anodine, ne sont pas les bienvenus ». Le général Ma a même indiqué que l'arrêt de la surveillance aérienne et maritime de la Chine par les avions et navires espion américains était la condition d'un retour à la normale des échanges militaires.</p> <p class="spip">La succession d'attaques venant des officiers généraux chinois est interprétée par certains chercheurs aux Etats-Unis et une bonne partie de la presse anglo-saxonne comme un virage majeur de la politique chinoise. Mais l'administration américaine veut garder la tête froide. S'il est vrai que les militaires américains ont exprimé leurs inquiétudes après les attaques répétées de leurs collègues chinois, le Département d'état, pour qui la coopération avec Pékin est essentielle, minimise la querelle.</p> <p class="spip">Il indique par exemple que la position chinoise sur la question iranienne est aujourd'hui bien plus proche de Washington. Au point que, le 10 juin dernier, au moment même où le Président iranien Ahmadinejad arrivait en Chine, le Dr Ali Akbar Salehi, directeur du programme nucléaire iranien critiquait durement la décision de Pékin de soutenir les sanctions onusiennes contre Téhéran : « La Chine est en train de perdre sa respectabilité dans le monde islamique, et quand elle se réveillera, il sera trop tard ».</p> <p class="spip">Sur la question nord-coréenne, les rumeurs courent aussi d'un infléchissement de l'attitude du Parti, qui aurait stoppé l'aide logistique à Pyongyang, après la mort de quatre chinois, abattus le 4 juin dernier par des gardes nord-coréens sur la frontière du Yalu.</p> <p class="spip">Enfin, dans l'entourage de H. Clinton, on rappelle qu'aucun des généraux chinois impliqués dans la succession d'attaques verbales anti-américaines n'est un opérationnel. Tous sont en revanche des spécialistes de stratégie, également en charge des relations extérieures, dans un cénacle d'experts où les déclarations agressives anti-américaines ne sont pas une nouveauté. En 1996 et 2003, le Général Xiong Guang Kai, un des prédécesseurs de Ma Xiaotian, avait laissé planer la menace de représailles nucléaires contre les Etats-Unis.</p> <p class="spip">En 2005, c'est Zhu Chenghu qui expliquait que Pékin ne craignait pas une confrontation nucléaire avec Washington et pourrait survivre à des frappes nucléaires sur les villes « à l'est de Xian ». Dans les deux cas, les menaces avaient été proférées à propos du différend sur la question de Taiwan. Les sujets de controverses et les tensions ne sont donc pas nouveaux, tandis que, depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1979, les périodes de tension, souvent plus graves, n'ont pas manqué.</p> <p class="spip">Pour n'en citer que quelques unes, rappelons qu'en 1996, Washington avait dépêché deux porte-avions dans les eaux taïwanaises en réaction aux tirs de missiles chinois au large de Taipei, déclenchés en représailles de l'élection du Président Lee Teng Hui au suffrage universel direct ; en 1999, le tir d'un missile de croisière américain sur l'ambassade chinoise à Belgrade avait provoqué une furieuse vague de manifestations anti-américaines en Chine ; en avril 2001, l'équipage d'un avion de reconnaissance EP 3, posé en catastrophe sur l'île de Hainan après une collision avec un avion de chasse chinois, avait été retenu en otage pendant 11 jours.</p> <p class="spip">Il reste qu'aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui refusent de relativiser la crise. Pour eux les déclarations des militaires chinois, loin d'être des dérapages, expriment, au contraire, le profond ressentiment de l'élite du régime à l'égard des Etats-Unis. David Shambaugh, spécialiste reconnu de l'APL, qui analyse la situation comme un tournant majeur, prône un réexamen des objectifs et du style de la relation avec Pékin. Il estime, en effet, que « lors des huit derniers mois, Pékin avait modifié de manière drastique son attitude à l'égard des Etats-Unis », et que « ces changements devraient inciter Washington à opérer une révision radicale de sa politique chinoise ».</p> <p class="spip">Les « pragmatiques » ou « réalistes », proches de la Chine, placent la question de Taiwan et des ventes d'armes américaines au premier plan des sujets à réévaluer. Une perspective qui ne manquera pas d'inquiéter la classe politique comme l'opinion publique à Taïwan et d'agiter le lobby pro-taïwanais au Congrès.</p> <p class="spip">Mais dans ce bras de fer, où l'armée chinoise fait peser son influence sur le régime, les chances de chacun sont d'autant plus difficiles à évaluer que les économies chinoise et américaine sont inextricablement liées par les transferts de technologie, la densité des échanges commerciaux et le financement massif de la dette américaine par la Chine.</p> <p class="spip">La situation, que le Conseiller économique du Président Obama Larry Summers appelle « l'équilibre financier de la terreur », est aussi inconfortable pour Pékin que pour Washington. Rien n'indique qu'elle se résorbera rapidement. Depuis janvier dernier, et en dépit de la crise, Pékin a en effet encore acheté 17,7 milliards de bons du trésor américains, ce qui porte la valeur des bons du trésor américains détenus par la Banque de Chine à près de 900 milliards de dollars.</p> <p class="spip">Cette réalité bien concrète, ajoutée à la somme des coopérations engagées par les deux pays dans de nombreux domaines, entre décideurs politiques, spécialistes de l'économie, parlementaires, scientifiques, acteurs de la société civile, et même militaires, obligera les deux parties à composer.</p> <p class="spip">Du côté américain, l'apaisement pourrait être facilité par la décision de la Chine de laisser flotter sa monnaie, annoncée le 19 juin. On peut cependant douter que le jeu réciproque des pressions et concessions tactiques viennent à bout de la profonde méfiance qui plombe la relation depuis vingt ans. (Voir à ce sujet <a href="article.php3?id_article=2550" class="spip_in">"Le rocher de Sisyphe du dialogue sino-américain"</a> du 10 août 2009)</p> <p class="spip">Pour Pékin, la défiance à l'égard de Washington, qui vire parfois à l'hostilité, s'alimente aussi des contentieux sur les questions de Taiwan et du Tibet. Auxquels s'ajoute la présence des bâtiments de guerre et des avions de reconnaissance américains aux abords des côtes chinoises et en Mer de Chine du sud.</p> text/html fr Avantages et risques politiques du syndicalisme http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2626 2010-06-18T14:51:26Z Politique intérieure <p class="spip"> Alors que la crise sociale dans le sud chinois n'est pas résorbée, la Fédération Nationale des Syndicats, proche du pouvoir, vient de déclarer qu'elle « accentuerait son action pour protéger les droits des ouvriers et faciliter des relations de travail harmonieuses, afin que les travailleurs puissent vivre plus dignement, condition de la stabilité de la main d'œuvre et de la société ».</p> <p class="spip">Compte tenu des liens directs entre le Parti et la Fédération syndicale, la prise de position peut être considérée comme une déclaration officielle du pouvoir chinois et une mise en garde adressée aux entreprises. Désormais, le pouvoir lie officiellement la sacro-sainte stabilité sociale, priorité cardinale du régime depuis la prise de pouvoir par Deng Xiaoping, à la dignité des conditions ouvrières.</p> <p class="spip">Dans un article mis en ligne le 15 juin, sur le site China Media Project, le professeur YU Jianrong, Directeur du Centre de recherches sur les conflits sociaux à l'Académie des Sciences Sociales (<a href="http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2556" class="spip_out">voir l'article de QC du 5 septembre 2009</a>), établit un lien direct entre la fermeté de cette déclaration, qui tranche avec l'habituelle prudence du syndicat officiel, et le recadrage du 17e Congrès, appelant à plus de justice sociale, et où le Président Hu Jintao mettait l'accent sur la nécessité de promouvoir les droits des travailleurs.</p> <p class="spip">Le professeur YU s'attarde aussi sur les responsabilités politiques des troubles actuels. La mise en garde aux entreprises est en effet étendue aux cadres locaux, longuement et vertement pris à partie : « pour augmenter les profits, certains responsables ont sacrifié les droits des travailleurs (...). Lors de la réforme des entreprises publiques, ils se sont approprié les biens de l'Etat, créant leurs entreprises privées, où la main d'œuvre était cruellement exploitée... Il y a des usines où les travailleurs ne sont rien d'autre que des esclaves ».</p> <p class="spip">Plus loin il dénonce les méthodes répressives : « Au prétexte de garantir la stabilité sociale, les cadres locaux ont durement réprimé les manifestations légitimes des travailleurs pour protéger leurs droits ».</p> <p class="spip">Enfin, abordant le vif du sujet, il ajoute : « Dans l'Europe du XIXe Siècle, la radicalisation des conflits prenait toujours racine dans le refus des pouvoir publics de reconnaître les syndicats ». Alors que jusqu'ici les manifestations ouvrières étaient étroitement surveillées, et si nécessaires réprimées (mise à pied et arrestation des meneurs, utilisation de la force publique, parfois avec le concours du syndicat lui-même), un intellectuel, membre d'un des plus puissants « Think Tank » du régime, les réhabilite avec une étonnante force de conviction.</p> <p class="spip">Au point que le texte, qui présente l'organisation des travailleurs comme une nécessité, n'est ni plus ni moins qu'une apologie du syndicalisme moderne, jusque là tenu à longueur de gaffe par le régime. « Il existe dans tous les pays développés des grands syndicats bien organisés. Les pays en développement devraient les imiter, et accepter qu'ils deviennent des éléments à part entière de la dignité nationale, aussi indispensable qu'une armée, une compagnie aérienne nationale, ou un ministère des Affaires étrangères ».</p> <p class="spip">YU Jianrong envisage même l'indépendance des représentants syndicaux, dont les salaires ne dépendraient plus du patronat, et dont la liberté de parole et d'action serait mieux protégée par les tribunaux. Il n'élude cependant pas les tensions qui pourraient surgir de réformes aussi radicales, dans un paysage industriel encore secoué par les revendications de salaires, et où nombre de chefs d'entreprises et leurs soutiens politiques intéressés aux profits espèrent encore prolonger les anciens schémas d'une main d'œuvre docile.</p> <p class="spip">« La question de savoir comment il serait possible de laisser systématiquement les ouvriers exprimer leurs doléances est aujourd'hui très sensible (...) Les responsables politiques ont, en effet, toujours considéré qu'il était crucial de contrôler les ressources humaines (...) Et il est vrai que l'organisation des intérêts catégoriels est un arme à double tranchant : elle peut à la fois être la pierre angulaire de la stabilité sociale et le ferment de la mobilisation politique des contre pouvoirs. »</p> <p class="spip">Mais YU Jianrong, convaincu de la justesse de ses vues, exhorte le pouvoir à faire preuve d'audace et à saisir l'occasion des conflits en cours pour aller de l'avant. « Nous devrions regarder en face la situation nouvelle et relever le défi de la mise sur pied de syndicats indépendants, qui prendraient vraiment à cœur les intérêts des travailleurs. C'est le seul moyen de montrer notre solidarité quand leurs droits sont violés. C'est aussi la condition du rééquilibrage entre les intérêts des entreprises et ceux des travailleurs, seule voie possible pour que ces derniers retrouvent leur dignité ».</p> <p class="spip">Vingt ans après le lancement des réformes économiques par Deng Xiaoping, les tumultes sociaux du sud de la Chine posent à nouveau la question éminemment politique de l'expression libre du droit des travailleurs et des droits syndicaux, sur fond de graves disparités de revenus. Cette fois le mouvement, que le pouvoir a laissé se développer, ne vient pas des intellectuels ni de la jeunesse, mais de la base ouvrière, laissée pour compte de la modernisation rapide de la Chine.</p> <p class="spip">Dans son testament politique rédigé en 1992, Deng Xiaoping n'avait pas éludé la question : « Si les riches s'enrichissent alors que les pauvres s'appauvrissent, nous serions confrontés à une polarisation de la société que le système doit éviter ». Mais sa réflexion, accrochée au dogme du rôle dirigeant du Parti n'était pas allée plus loin, refusant le dialogue et l'assouplissement politiques proposés par Hu Yaobang et Zhao Ziyang, tous deux limogés.</p> <p class="spip">Le professeur YU est convaincu que les contestations ne visent pas le pouvoir lui-même, mais réclament seulement plus d'équité et de justice. Aujourd'hui, pourtant, il n'est pas sûr que Hu Jintao, Wen Jiabao et quelques autres du Bureau Politique, qui, depuis 2002, identifient les ferments de crises sociales dans les déséquilibres du développement, osent suivre ses conseils. Au sein du Parti, nombreux sont en effet ceux qui craignent que la libération de la parole syndicale ne déclenche un enchaînement incontrôlable de litiges et d'incidents, dont la contagion serait difficile à contrôler.</p> text/html fr De la bureaucratie d'État vers la société civile. L'itinéraire d'un fonctionnaire atypique http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2631 2010-07-12T19:25:58Z Société <p class="spip"> Dans les pays aux régimes autoritaires, les regroupements associatifs, les réseaux professionnels, les syndicats, les organisations non gouvernementales visant à organiser la vie sociale de manière autonome et en dehors de l'État, sont étroitement surveillés.</p> <p class="spip">La Chine n'échappe pas à cette règle qui, à force de suspicion, crée une césure entre le pouvoir, attentif au moindre risque de contestation organisée, et la société civile, dont la réactivité reste encore faible, si l'on exclut le phénomène internet s'exprimant le plus souvent de manière volatile et anonyme. </p> <p class="spip">C'est pourquoi l'histoire de Wang Zhenyao, 56 ans, haut fonctionnaire du ministère des affaires civiles, racontée par le magazine Caxin, est exemplaire. Wang vient en effet de démissionner de son poste de hautes responsabilités pour devenir professeur à l'Université Normale de Pékin et se consacrer à la direction d'une organisation humanitaire créée par Jet Li, le célèbre acteur et réalisateur de films d'arts martiaux.</p> <p class="spip">Ayant changé de chapeau, Wang Zhenyao a cependant gardé sa réputation d'homme ouvert, au franc parler, tourné vers ses semblables et préoccupé par l'état de la société chinoise, traversée par de profondes inégalités, où une part importante de la population est privée de protection sociale et de retraite : « les défis futurs de la Chine résident non pas dans la pauvreté, mais dans l'accumulation des richesses privées. Sans une société civile dynamique, la Chine sera confrontée à une grave crise sociale ».</p> <p class="spip">La démarche est assez rare pour qu'on s'y attarde. Elle est peut-être le signe d'une évolution des relations entre le pouvoir et la société. Poussé par un sentiment d'urgence, un administrateur au grand cœur, abandonnant un poste de pouvoir et les avantages qui s'y rattachent, est passé de la bureaucratie froide préoccupée de comptabilité macro-économique à la philanthropie : « il n'est plus temps d'attendre que le gouvernement agisse. Il faut inciter la société civile à jouer un plus grand rôle ».</p> <p class="spip">Au passage, il interroge le pouvoir sur la pertinence de ses choix : « Les priorités doivent-elles aller à la construction d'autoroutes et aux arcanes macro-économiques ou à l'attention portée aux enfants, aux malades, aux personnes âgées, au logement, à la santé ou à l'éducation ? ».</p> <p class="spip">L'homme a un solide bagage académique. Licencié de sciences politiques de l'Université Normale de Pékin, il est également diplômé de Harvard et possède un doctorat d'administration publique obtenu à l'Université de Pékin. Au ministère des Affaires sociales il a consacré son énergie à la création de fonds d'entraide pour les plus défavorisés et à bousculer ses collègues pour accélérer la mise en place des secours.</p> <p class="spip">Mais sa grande idée reste de promouvoir un système d'assurance sociale et de retraite à l'échelle du pays. Pour être sûr que les fonctionnaires lui ayant promis leur aide ne le trahiront pas, Wang garde précieusement leur déclaration enregistrée sur un film vidéo. Il reconnait cependant que l'idée n'est pas vraiment passée dans les mœurs, et que beaucoup d'agents de l'état persistent à penser que l'assistance systématique aux plus pauvres est une prime à l'oisiveté.</p> <p class="spip">Wang Zhenyao n'en reste pas moins enthousiaste et déterminé, bravant souvent les jugements de ses pairs qui le considèrent comme un idéaliste rêveur. A l'Université Normale une de ses premières interventions a consisté à proposer un système de donations spontanées des plus riches qui verseraient 10% de leurs revenus annuels à une caisse nationale d'entraide.</p> <p class="spip">Le mouvement d'aide humanitaire, développé par une société civile de plus en plus réactive est au demeurant en plein essor depuis le séisme du Sichuan au printemps 2008. Les fonds d'aide publique et privée se sont multipliés et de nouvelles règles ont été établies pour les donations des Chinois d'Outre mer. En même temps, Wang expose inlassablement ses thèses dans les médias, brisant le silence des bureaucrates prudents, exhortant l'administration à accorder plus d'importance aux programmes sociaux et à laisser plus d'autonomie à la société civile.</p> <p class="spip">L'action de ce fonctionnaire philanthrope à la fois patient et passionné, qui réclame à sa manière un réajustement des priorités du pouvoir et un assouplissement du carcan policier qui tient la société civile sous contrôle, est à mettre en parallèle avec une autre forme d'engagement plus directe, qui renvoie aux mises en garde de Wang sur les risques de crises sociales.</p> <p class="spip">Le 5 juillet dernier, l'activiste Yu Jie a été retenu plusieurs heures dans les locaux de la sécurité publique à Pékin pour avoir exhorté le Premier Ministre Wen Jiabao à réduire les dépenses de sécurité interne, dont une partie pourrait-être consacrée à des programmes sociaux.</p> <p class="spip">Selon lui le budget dédié aux contrôles policiers de la société avait augmenté de 47,5 % en une année pour atteindre 514 milliards de Yuan (60 milliards d'euros). « La stabilité produite par les contrôles policiers est illusoire et fragile » écrit Yu Jie dans une lettre ouverte adressée au Premier Ministre et mise en ligne dans le site <a href="http://www.guancha.org" class="spip_out">Guancha.org </a> (l'observateur). Provocateur, il rajoute : « si le carcan de la sécurité d'état n'est pas desserré rien ne pourra plus garantir l'avenir du Parti ».</p> <p class="spip">Déjà au printemps 2009, le professeur Sun Liping, docteur en sociologie de l'Université de Qinghua, analysant le phénomène d'une société civile bridée dans ses élans, écrivait « notre analyse des risques est biaisée. Ma thèse est que ce qui menace le plus la société chinoise n'est pas l'instabilité, mais la sclérose et, à terme, la nécrose et la décomposition. » (voir l'article de questionchine.net du 11 avril 2009 : "<a href="article.php3?id_article=2529" class="spip_in">l'obsession de stabilité sociale, principal obstacle au développement d'une société civile dynamique et responsable</a>").</p> <p class="spip">C'est bien parce qu'il a perçu ces risques que Wang Zhenyao a décidé de quitter l'administration qu'il juge trop lente et souvent inefficace, pour tenter de canaliser les énergies et les rancœurs nées des déséquilibres sociaux. Le journal Caixin explique que l'épidémie d'attaques au couteau et les meurtres de jeunes écoliers dans les écoles primaires en avril dernier a accéléré sa démarche.</p> <p class="spip"><strong class="spip">En Bref : </strong></p> <p class="spip">• Selon l'Académie des Sciences Sociales, le XIIe plan (2011 - 2015), dont les bases seront esquissées lors de la session d'été de Beidaihe en août prochain, aura une forte empreinte sociale. Il comporterait, entre autres, la création d'une structure de construction et de gestion de logements sociaux à prix modérés, pour compenser la hausse de l'immobilier et un assouplissement de la politique de l'enfant unique et du système de passeport intérieur pour améliorer le statut et les conditions de vie des migrants.</p> <p class="spip">• Le 10 juin, le Premier Ministre Wen Jiabao a félicité les ouvriers de Honda pour avoir fait preuve de discipline pendant les grèves. Ces éloges ont été prodigués par le n°3 du régime, en dépit du fait que les grévistes avaient élu leurs représentants en dehors du syndicat officiel, en infraction flagrante à la loi sur les syndicats.</p> <p class="spip">• Dans les milieux responsables de la sécurité d'état, on s'inquiète beaucoup de la montée du mécontentement au sein des jeunes diplômés sans emploi qui, dépourvus de ressources, se logent par groupes dans les villages agricoles de la périphérie de la capitale. Après une vague de meurtres dans la banlieue sud au printemps, cette possibilité leur est désormais fermée par un dispositif de sécurité (caméras, barrages de vigiles) imaginé par la ville de Pékin qui interdit l'accès des zones troublées aux non résidents.</p> <p class="spip">• Le 8 juillet Weng Qiang ancien n°1 de l'appareil judiciaire de Chongqing, après avoir été le vice-directeur de la police pendant 16 ans, a été exécuté par injection létale. Il avait été condamné en avril dernier pour corruption, association de malfaiteurs et viol. L'exécution de Wen Qiang fait partie d'une des innombrables campagnes anti-corruption lancées par le régime depuis plus d'une dizaine d'années. A Chongqing la charge a été menée par Bo Xilai sur un mode spectaculaire et populiste, que certains analystes relient aux rivalités de pouvoir en amont du 18e Congrès.</p> <p class="spip">• En 2009 2 millions de Chinois ont rejoint le Parti qui compte aujourd'hui 78 millions de membres. Les nouveaux adhérents - qui ne représentent que 10% des candidats - doivent être recommandés à la fois par le Parti et par leur employeur ou leur « unité de travail » qui attestent de leur loyauté et de leur bonne conduite. Ils doivent également rédiger un mémoire pour exprimer leur soutien au Parti. En échange, les nouveaux adhérents bénéficient des avantages sociaux souvent réservés au seuls membres du Parti, ainsi que des réseaux liés au pouvoir. Ces derniers peuvent les aider dans leur vie professionnelle. Selon le site du Quotidien du Peuple, 20% des membres sont des femmes et 25% d'entre eux ont moins de 35 ans.</p> text/html fr La Chine améliore sa maîtrise du nucléaire civil et affirme ses ambitions commerciales http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2629 2010-06-28T15:08:16Z Technologies <p class="spip"> La compétition technologique et commerciale sur le marché mondial des centrales nucléaires fait rage, et les Occidentaux ne sont plus seuls en lice. En décembre dernier, Areva et General Electric ont perdu un appel d'offres de 20 milliards de dollars pour la construction d'une centrale nucléaire aux Emirats, attribuée au groupe sud-coréen Korea Power Corporation.</p> <p class="spip">La Chine, qui met actuellement en œuvre 11 centrales nucléaires dérivées des technologies canadienne, russe et française, ambitionne elle aussi de commercialiser ses centrales sous le label chinois. Elle l'a déjà fait avec le Pakistan. Mais l'exportation des technologies purement chinoises ne s'est pas toujours faite sans difficultés. Aujourd'hui encore elle n'est acceptée qu'avec réticence par ceux qui craignent la concurrence technologique, commerciale et stratégique de la Chine.</p> <p class="spip">Les réacteurs en service en Chine sont tous de deuxième génération. Six autres, de troisième génération sont en construction, dont un américain et deux français qui devraient être opérationnels en 2013. La Chine a, de son côté, mis en chantier un réacteur de troisième génération baptisé ACP 600 qui serait également prêt pour 2013.</p> <p class="spip">Enfin, rappelons que, pour répondre à l'explosion de la demande d'énergie, qui augmente de 15% par an, le Conseil d'Etat prévoit que la Chine devra disposer de 100 centrales opérationnelles ou en construction en 2020. A terme, la part du nucléaire dans le paysage énergétique chinois - qui ne compte aujourd'hui que pour 2% - devrait dépasser 20%. Alors que jusqu'en 2004, le slogan officiel était « la Chine développe le nucléaire civil de manière appropriée », il est aujourd'hui devenu : « le nucléaire sera développé de façon accélérée ».</p> <p class="spip">Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Pékin, fort de cette expérience affirme ses ambitions sur le marché mondial de l'énergie nucléaire civile. En avril dernier, la China Guangdong Nuclear Power Corporation a annoncé qu'elle étudiait la possibilité de coopérer avec Electricité de France et Areva pour exporter des centrales. La China National Nuclear Corporation déclare, quant à elle, qu'elle est prête à vendre des réacteurs de 2e génération de 1000 mégawatts.</p> <p class="spip">Des contacts auraient été pris avec la Biélorussie et des pays africains pour la construction de réacteurs de 300 mégawatts, tandis qu'en avril on apprenait que la Chine allait construire deux nouveaux réacteurs de 650 mégawatts sur le site de Chashma au Pakistan. Dans cette région située au Penjab, un réacteur de 300 mégawatts construit par la Chine est déjà opérationnel depuis 2000. Un autre, décidé en 2003, devrait être terminé en 2011.</p> <p class="spip">Mais la petite histoire de ce marché avec Islamabad révèle quelques difficultés à la fois techniques et stratégiques. Le concept technique finalement adopté pour la centrale de Chashma aujourd'hui en fonctionnement fut celui de la première centrale chinoise Qinshan-1, plusieurs fois modifié, lointain résultat de la coopération sino-russe des années 50, mise en service en 1991 dans le Zhejiang, avec une cuve construite par le Japonais Mitsubishi.</p> <p class="spip">L'adoption par le Pakistan de la solution chinoise fait suite à un premier essai avorté de coopération franco-pakistanaise, initié en 1970 et arrêté en 1978 sous la pression de Washington, après le refus d'Islamabad de signer le traité de non prolifération nucléaire. Rappelons que le premier test nucléaire pakistanais a eu lieu en 1998, 24 ans après celui de l'Inde. En 1993, relevant le défi, les ingénieurs de la China National Nuclear Corporation travaillèrent sans assistance extérieure sur ce projet, après avoir recherché en vain l'aide technique du Japon, des Etats-Unis, de la France et de l'Allemagne.</p> <p class="spip">Cette circonstance souleva quelques craintes au Pakistan, où les critiques du projet mirent en doute la fiabilité et la sûreté de la centrale. Il est un fait que pour ses autres centrales actuellement en service sur son sol, la Chine s'est assuré la coopération d'experts étrangers français, russes, canadiens ou américains.</p> <p class="spip">Depuis l'annonce d'une nouvelle tranche chinoise de deux centrales à Chashma, la polémique autour du rôle proliférateur de la Chine et du Pakistan a repris. Elle se double d'une rivalité stratégique en Asie du Sud, où Pékin apporte son appui à Islamabad, tandis que les Etats-Unis, l'Union Européenne et la Russie soutiennent la coopération nucléaire civile avec New Delhi.</p> <p class="spip">La décision chinoise a provoqué un tumulte au sein du Groupe des Fournisseurs Nucléaires - GFN -, un forum informel de 45 Etats qui entend exercer une pression politique globale pour limiter les exportations de biens et technologies nucléaires.</p> <p class="spip">Pékin répond qu'en concluant en 2008 un accord de coopération sur l'énergie nucléaire civile avec l'Inde, les Etats-Unis et la France ont eux-mêmes transgressé les règles du GFN qui interdisent toute transaction ou coopération nucléaire, même civile, avec les Etats qui ne se conforment pas au Traité de Non Prolifération (TNP) - c'est le cas de l'Inde, du Pakistan, de la Corée du Nord, et d'Israël -.</p> <p class="spip">La réalité est que l'Asie du Sud, enjeu d'une lutte d'influence entre la Chine, les Etats-Unis et la Russie est aussi, avec la Corée du Nord et le Moyen Orient (Iran, Israël), l'une des zones les plus sensibles de la planète, traversée par un enchevêtrement de tensions qui vont de la rivalité entre New Delhi et Islamabad au risque de prolifération nucléaire terroriste, en passant par la persistance de l'Islamisme radical. A quoi s'ajoute une bonne dose de mauvaise foi de part et d'autre.</p> <p class="spip">Il est vrai que les transferts entre la Chine et le Pakistan furent probablement les vecteurs d'une prolifération nucléaire vers Tripoli, Pyongyang et Téhéran. En 2004, Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise, qui s'est par la suite rétracté, avoua en effet avoir transféré des secrets nucléaires sensibles vers l'Iran, la Libye et la Corée du Nord.</p> <p class="spip">Après 2004, année au cours de laquelle elle a adhéré au Groupe des Fournisseurs, la Chine s'était cependant montrée plus circonspecte, résistant même aux appels pressants d'Islamabad en 2006. Mais les accords sur le nucléaire entre Washington et New Delhi l'ont décidée à conclure l'accord sur les nouvelles tranches de Chashma.</p> <p class="spip">De son côté, pour justifier la transgression des règles du GFN avec New Delhi, Washington avance, contre toute évidence, que l'Inde ne s'est jamais rendue coupable de prolifération.</p> <p class="spip">En réalité l'attitude de New Delhi au cours de la période qui précéda 1974, année du premier essai nucléaire indien, n'était pas éloignée de celle que Washington et l'UE dénoncent chez Téhéran aujourd'hui (utilisation frauduleuse du plutonium importé du Canada et des Etats-Unis, importation en contrebande « d'eau lourde » en provenance d'URSS, utilisation à des fins militaires de technologies balistiques officiellement vendues pour des besoins civils).</p> <p class="spip">Après les hésitations de Pékin suivant son entrée dans le Groupe des Fournisseurs en 2004, la décision chinoise de construire deux nouvelles centrales à Chashma, encouragée par les accords Washington- New Delhi de 2008, marque, avec les récentes transgressions américaine et française, une nouvelle étape de l'affaiblissement du TNP.</p> <p class="spip">Elle ouvre peut-être la porte à des marchandages entre la Chine et les Etats-Unis sur la question iranienne, et peut-être à terme, nord-coréenne. Elle signale, en tous cas, que l'appétit de la Chine pour le nucléaire civil créera, à mesure qu'elle gagnera en maîtrise technique, un irrésistible élan commercial, lui-même générateur de nouvelles rivalités et tensions.</p> text/html fr Signature de l'accord cadre économique avec la Chine http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2632 2010-07-14T15:48:01Z Taiwan <p class="spip"> Les premiers « dommages collatéraux » après la signature à Chongqing, le 29 juin dernier de l'accord cadre économique entre la Chine et Taïwan ont eu lieu le 8 juillet au Yuan Législatif. Dès les premiers instants du débat pour la ratification de l'accord, le député du KMT Wu Yusheng a du être hospitalisé après avoir reçu en pleine tête un petit réveil lancé par le député du Parti Indépendantiste Huang Wei Cher.</p> <p class="spip">L'incident a eu lieu après qu'un autre député d'opposition Kuo Wencheng qui s'était emparé de la tribune ait été malmené, cette fois par des membres de la majorité. Au total quatre parlementaires ont été plus ou moins sérieusement blessés à l'occasion de la séance qui s'est achevée dans le chaos.</p> <p class="spip">L'algarade ponctuée de violences, dont le Li Fa Yuan est coutumier, illustre l'émotion soulevée au sein de l'opposition par le rapprochement économique avec la Chine voulu par le Président Ma Ying Jeou. Un nouvel incident a d'ailleurs eu lieu le 10 juillet, quand les députés indépendantistes ont tous quitté le Yuan Législatif en chantant des slogans stigmatisant la « mort de la démocratie ». Les objections du Parti Indépendantiste et de ses alliés sont connues. Elles tiennent en quelques mots.</p> <p class="spip">L'ouverture du marché taïwanais aux produits chinois portera un coup fatal à l'agriculture, aux entreprises taïwanaises à forte intensité de main d'œuvre et aux fragiles PME, tandis que les facilités accordées par Pékin aux produits et services taïwanais sur le marché chinois cachent une stratégie de réunification rampante. Dans ce contexte, la précipitation du KMT, qui tente de faire ratifier l'accord à la hussarde, sans consultation des Taïwanais, est à la fois dangereuse pour l'avenir de l'Ile et anti-démocratique.</p> <p class="spip">L'un des plus virulents et plus emblématiques opposants à l'accord, l'ancien président de la République Lee Teng Hui, transfuge du KMT et aujourd'hui fervent partisan de l'indépendance de l'Ile, s'était exprimé de manière radicale à la veille de la dernière session de négociations, le 13 juin dernier à Pékin : « l'accord cadre est une conspiration stratégique entre le KMT et le Parti Communiste Chinois pour l'annexion de Taïwan par la Chine (...). La méthode du gouvernement pour faire ratifier l'accord, ignorant les préoccupations du peuple, ressemble à celle d'un régime autoritaire ».</p> <p class="spip">Pékin, qui redoute le retour du parti indépendantiste au pouvoir, a en effet consenti d'importants efforts pour séduire les hommes d'affaires et apaiser les craintes des plus sceptiques. L'accord, qui marque une étape importante de l'apaisement des relations dans le détroit, est en effet économiquement très à l'avantage de l'Ile.</p> <p class="spip">Avec la suppression ou l'allègement des taxes sur 800 produits, il induira une augmentation annuelle du commerce bilatéral de 100 milliards de dollars, avec, au total, un allègement de 13,84 milliards de taxes sur les produits taïwanais en Chine, contre seulement 2,86 milliards sur les produits chinois exportés à Taïwan.</p> <p class="spip">Au total ce sont 539 produits taïwanais qui bénéficieront des avantages fiscaux en Chine, essentiellement dans les secteurs de la pétrochimie, des pièces automobiles, des machines outils et du textile, contre seulement 267 produits chinois, d'où sont exclus les produits agricoles.</p> <p class="spip">A contre courant des analyses pessimistes qui insistent sur la fragilité des PME et du secteur agricole, un cabinet d'experts indépendant taïwanais a même estimé que l'accord génèrerait 260 000 emplois nouveaux dans l'Ile et induirait une augmentation de 1,7% de son PIB.</p> <p class="spip">Dès l'entrée en vigueur de l'accord - envisagée au 1er janvier 2011 -, 108 produits taïwanais seront totalement exemptés de taxes, tandis que les secteurs des services électroniques, de la maintenance aéronautique, de la banque et des équipements médicaux seront ouverts aux investissements de l'Ile. Les taxes seront entièrement supprimées d'ici 2013, à la satisfaction des exportateurs et investisseurs. Au point que certains analystes estiment que l'accord pourrait rehausser la côte du KMT lors des prochaines élections locales.</p> <p class="spip">Mais les Cassandre - chercheurs et hommes politiques à Taïwan et ailleurs - ne manquent pas qui pointent du doigt les risques économiques et stratégiques du rapprochement qui imbriquera les deux économies de manière irréversible, dans un contexte où 41% des exportations (plus de 60% d'ici 2020) et 2/3 des investissements de l'Ile - soit 159 milliards de dollars - sont déjà dirigés vers la Chine.</p> <p class="spip">Dans un article publié par le journal Le Monde le 2 juillet dernier, Jean-Pierre Cabestan et Tanguy Le Pesant insistent sur la fragilité de l'engagement économique en Chine, alors même que les avantages du marché chinois iront en s'amenuisant avec la hausse des salaires et la réévaluation du Yuan.</p> <p class="spip">Pire encore, à terme, l'Ile, engluée dans ses relations économiques avec la Chine, prisonnière de la vision dépassée d'un Monde Chinois unifié, prôné à la fois par KMT et le Parti communiste, tous deux héritiers d'un nationalisme chinois d'un autre âge, risquerait une finlandisation, qui, avec l'affaiblissement progressif de l'esprit de défense, conduirait à une dérive « Hongkongaise » de l'Ile.</p> <p class="spip">« Au lieu de chercher à trouver un terrain d'entente avec l'opposition indépendantiste, afin de renforcer la main de Taipei, le gouvernement de Ma a négocié en grande opacité cet accord (...). Ma Ying Jeou estime qu'il est plus utile d'apaiser la Chine que de continuer à jouer la carte de la démocratie ».</p> <p class="spip">A ces critiques, le Président Ma réaffirme que l'accord ne compromet ni la démocratie ni la souveraineté de l'Ile. Il n'ignore pas les intentions ultimes de Pékin, mais répète en substance que la multiplication des ouvertures vers la Chine crée au contraire de nouvelles opportunités, renforce l'économie de l'Ile et la place en meilleure position pour résister aux pressions de la Chine.</p> <p class="spip">S'il est exact que cette bascule stratégique porte en elle des risques, il est non moins vrai que Taïwan doit les assumer si elle veut rester dans la course d'une région en pleine effervescence, dont les pays ont eux aussi noué des liens commerciaux privilégiés avec la Chine.</p> <p class="spip">Aux Etats-Unis, le rapprochement entre les deux rives commence à soulever d'importantes interrogations. En effet à mesure que l'influence de la Chine grandit en Asie et dans le monde, et que la Maison Blanche recherche systématiquement l'appui de Pékin sur d'autres questions cruciales - Iran, Corée du Nord, gouvernance mondiale, gaz à effet de serre -, la relation spéciale entre Taipei et Washington fait l'objet de controverses, y compris à l'école de guerre américaine : « l'importance stratégique de Taïwan est surévaluée. Son absorption par la Chine n'affaiblira pas la position stratégique des Etats-Unis en Asie », tandis que d'autres appellent à cesser la vente des armes à l'Ile.</p> <p class="spip">A Taïwan on s'en inquiète. Alexander Huang, spécialiste des questions de défense à l'Université de Tamkang indique : « Certains hauts responsables américains, y compris militaires, remettent en question la relation Taipei - Washington. Le gouvernement américain nous assure qu'ils n'expriment pas la position officielle des Etats-Unis. Mais nous prenons ces critiques au sérieux ».</p> <p class="spip">C'est probablement pour tenter de tuer dans l'œuf les flottements apparus depuis quelque temps dans la relation avec l'Ile que le Département d'Etat a, le 9 juillet dernier, fait une mise au point par la voix de David Shear, en charge de l'Asie de l'Est et des Affaires taïwanaises : « Nous n'avons aucune hésitation sur l'utilité de nos ventes d'armes à Taïwan (...) Mon souci est de faire en sorte que la partie taïwanaise se sente rassurée et que les Etats-Unis tiennent leurs promesses (...) Nous nous soucions des besoins de défense de l'Ile et sommes préoccupés par déploiements militaires chinois à proximité du Détroit ».</p> <p class="spip"><strong class="spip">En bref</strong></p> <p class="spip">• Le 12 juillet, le Président Hu Jintao a déclaré à Wu Poh Hsiung, président honoraire du KMT, venu en Chine à l'occasion du 5e forum culturel sino taïwanais de Canton, que l'accord cadre montrait comment Taïwan et la Chine pouvaient « surmonter les obstacles à leur développement », ajoutant que « les relations économiques dans le Détroit devaient être développées et institutionnalisées ». Depuis 2005, année de la réconciliation entre le PCC et le KMT de nombreux successeurs de Thang Kai Chek se sont succédé en visite en Chine. A chaque fois, ils ont été reçus par les autorités chinoises au plus haut niveau.</p> <p class="spip">• Du 30 juin au 5 juillet, la marine chinoise a conduit une série d'exercices à tirs réels au large de Zhoushan et Taizhou au Zhejiang, dans une zone située à 230 milles nautiques au nord de Taïwan. La démonstration de force était aussi la réponse chinoise aux annonces par Séoul et Washington de la prochaine tenue en Mer Jaune de l'exercice annuel des forces conjointes américaines et sud-coréennes, dans un contexte de tensions liées au torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en mars dernier.</p> <p class="spip">Le 14 juillet la Chine a officiellement réagi à cette perspective par la voix de son porte-parole « Nous nous opposons fermement à la participation de tout aéronef ou vaisseau militaire étranger à des activités pouvant menacer la sécurité de la Chine en Mer Jaune et dans ses eaux territoriales ».</p> <p class="spip">L'exercice affirmait la souveraineté chinoise dans un secteur souvent fréquenté par les navires espion américains. Il a permis d'observer les nouveaux catamarans furtifs lance-missiles de Type 022, armés de missiles de croisière anti navires, dont la vélocité et la souplesse d'emploi sont une menace nouvelle pour les porte avions américains.</p> <p class="spip">• Selon le Tapei Times du 10 juillet, la marine américaine aurait récemment déployé à proximité des côtes chinoises 3 sous marins de la classe Ohio, venant des Philippines, de Diego Garcia et de Pusan, équipés de plusieurs centaines de missiles de croisière Tomahawk. Daniel Blumenthal, spécialiste américain des affaires militaires, explique que cette présence est destinée à montrer la continuité de l'implication de Washington dans le détroit de Taïwan.</p> text/html fr Les deux faces de la Chine (2e Partie) http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2628 2010-06-28T11:11:20Z Chronique <p class="spip"> Alors que la presse chinoise et étrangère publie de nombreux commentaires sur l'exposition universelle de Shanghai, Questionchine met en ligne les observations sur le vif recueillies lors d'un voyage dans la Chine profonde des provinces contigües du Shanxi et du Shaanxi.</p> <p class="spip">Ces images d'une tournée de plus de trois mille kilomètres, dont l'épicentre n'était cependant situé qu'à quelques centaines de kilomètres de Pékin, sont rapportées par <strong class="spip">Bernard Delalande</strong>, l'un des plus anciens résidents français en Chine. Avec celles de la flamboyante exposition universelle, porte ouverte sur la modernité et l'avenir, la plus chère jamais organisée, la plus médiatisée aussi, elles décrivent les deux faces de la Chine moderne, qui retrouve aujourd'hui sa puissance ancestrale.</p> <p class="spip">D'un côté, celle qui impressionne le monde, se dressant, conquérante, ouverte, moderne, non loin de l'océan, semblant retrouver à la fois sa splendeur passée et ses réflexes de pionnière. De l'autre, un univers noirci et pollué par le charbon et les industries lourdes, dont l'empreinte martyrise les paysages et accable la vie de millions d'être humains attachés, comme dans l'Europe au XIXe Siècle, au labeur écrasant qui nourrit la machine insatiable et anonyme du progrès.</p> <p class="spip">La première partie du voyage nous avait conduits, à travers les entrailles industrielles de la Chine, vers Yan'an, berceau de la révolution. Cette deuxième partie explore la Chine les confins désertiques du nord du Shaanxi, au contact des influences mongoles. Puis, par les épaulements montagneux qui bordent le plateau de lœss, où de loin en loin on aperçoit les vestiges des murailles qui protégeaient le pays des invasions, elle nous conduit à Datong et sur le site aux milles Bouddhas de Yungang, dont la magie est quelque peu troublée par la tyrannie de l'industrialisation.</p> <p class="spip">Peut-être la réaction de dépit de Bernard Delalande à la fin de son périple prend-elle racine dans la crainte de voir, ici comme ailleurs, les hautes valeurs spirituelles portées par ce site étouffées par les destructions industrielles, filles du progrès matériel à l'emporte pièce et du mercantilisme.</p> <p class="spip"><strong class="spip">De Yulin au nord du Shaanxi, 100 km</strong></p> <p class="spip">A proximité de la grande muraille, Yulin, réfugiée à l'intérieur de ses remparts, a eu pendant des siècles une double vocation. Sous les dynasties Tang, Song et Ming, elle fut une ville de garnison très importante, contribuant à stopper les envahisseurs venus du Nord ; elle fut aussi un carrefour commercial, où les mongols venaient échanger leurs marchandises : des peaux, des chevaux, du cuir, de la laine, contre du thé et du sel. Son nom en chinois signifie « la forêt des ormes ». Aujourd'hui, les ormes ont été remplacés par un désert qui s'étend à perte de vue.</p> <p class="spip">La forteresse du Nord a été en partie détruite, mais il en reste encore quelques beaux vestiges, malheureusement abandonnés. La ville moderne, très propre, est tracée au cordeau autour d'une rue aménagée pour les touristes, où l'on trouve d'excellents petits pains au miel dans des boulangeries tenues par des Mongols. L'agriculture, privée d'eau, a disparu, remplacée par les puits de pétrole, qui nourrissent l'économie locale. La population, très jeune, a l'air heureuse, malgré le climat et l'isolement.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Ordos, Mongolie intérieure, 570 km à l'Ouest de Pékin</strong></p> <p class="spip">De l'ancienne ville qui contrôlait les pâturages de la Mongolie, il ne reste rien. Même les animaux ont déserté l'endroit. A la place, une « utopie communiste de marché » qui ressemble à un rêve à la Ceausescu. L'ensemble immobilier qui s'étend sur 150 km2 est pratiquement désert. Des avenues aussi larges que les pistes de l'aéroport de Roissy, avec golfs, musées, bâtiments administratifs, hôtels de grand luxe. Mais personne !</p> <p class="spip">Grâce au pétrole, les autorités ont construit cette ville qui pourrait accueillir plus d'un million d'habitants, et ambitionne de devenir la plus grande base touristique de chine. L'hiver, la température plonge à -50° ; l'été, le thermomètre grimpe à +40°. Les officiels affirment que tout l'immobilier est déjà vendu. Nous avons du mal à les croire. Qui peut bien acheter dans cette ville fantôme où la seule animation vient de la débauche des 4x4 et voitures de luxe rassemblés devant les grands hôtels.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Dunes de Xianshawan</strong></p> <p class="spip">Dans les boucles du fleuve jaune, les majestueuses dunes de 30 m de haut ont été emprisonnées dans une clôture métallique qui empêche les touristes de les approcher autrement que par un guichet. Le site sauvage du désert du Gobi, en cours d'aménagement, subit, comme tant d'autres endroits au monde, la brutale agression du tourisme de masse, dont la première pollution est de détruire le rêve et tout espoir de communion avec la nature.</p> <p class="spip">Le rêve est tarifé et borné par un grillage ; l'image apaisante du mouvement doux des dunes qui s'étendent à perte de vue est sèchement coupée en deux par le passage des câbles du téléphérique. Mais l'illusion de l'aventure s'était déjà fracassée le long de la trace noire d'une autoroute toute neuve, bordée par une voie ferrée. Le béton commence déjà à couler et il faut craindre que, d'ici peu, le site sera envahi par des hordes de touristes, tandis que la majesté des paysages sera, comme ailleurs, définitivement polluée par les alignements d'hôtels et de restaurants, envahis par la longue cohorte des bus touristiques.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Baotou, 140 km Nord de Ordos</strong></p> <p class="spip">Nous retrouvons Baotou après 7 ans d'absence. Sans surprise, nous constatons que toute la vieille ville a été détruite et remplacée par des avenues droites, larges et poussiéreuses. Toujours la laine, toujours le charbon, le pétrole en plus. Des bâches plastiques dans les champs donnent une touche de couleurs dans l'environnement fortement dégradé.</p> <p class="spip">La Chine moderne a choisi de détruire ses anciens centres urbains et ses vieilles places fortes, qui étaient le cœur de la société traditionnelle. Elles ont été remplacées par de vastes étendues de macadam, des alignements tristes de bâtiments sans âme et sans esthétique, où vit une population hybride faite de cadres, d'entrepreneurs, d'ouvriers du pétrole, de migrants et de chômeurs, qui tentent de redonner un semblant d'âme à ces ensembles artificiels. Nous trouvons tout de même sur ce parcours un peu de spiritualité renaissante, au travers des chapelles, églises, neuves ou restaurées. Est-ce un signe d'espoir ?</p> <p class="spip"><strong class="spip">Wudang, temple Tibétain au nord de Baotou</strong></p> <p class="spip">La route est belle et remonte vers les plateaux. Les pâturages sont un peu secs en cette fin avril, mais le paysage est vaste et s'étend à perte de vue. La route tranquille traverse de temps à autre des villages calamiteux. Puis nous entrons dans la vallée du Yebei, et là, aussi loin que le regard porte, des montagnes éventrées, pour le plus grand bonheur de l'industrie internationale, et ses immenses besoins en « terres rares ».</p> <p class="spip">Regardant ces cicatrices jaunâtres qui défigurent la montagne, je récite à haute voix, comme une prière, les quelques noms d'éléments chimiques qui me reviennent en mémoire et pour lesquelles le paysage, un moment apaisé le temps de la montée vers les plateaux, est à nouveau défiguré : Lanthane, Cérium, Lutécium, Samarium etc.</p> <p class="spip">Je ne suis pas certain que les marmottes apprécient cet environnement, mais une chose est sûre : le progrès passe, implacable. Les rivières, toutes polluées sont vertes, parfois jaunes, en fonction des mauvais traitements chimiques qu'elles subissent. L'homme, qui lui n'a pas le choix, s'adapte. A la fin du XIXe siècle, il y avait 1000 temples tibétains dans la région, dit le Nagel. Aujourd'hui il n'en reste que deux.</p> <p class="spip">Après les désastreuses carrières de terres rares, la montagne est à nouveau belle. Nous traversons un petit pont, la rivière en-dessous paraît plus propre et, soudain, comme par magie, l'harmonie semble s'être rétablie. Pas de touristes en cette saison, mais de nombreux moines dans la longue suite de bâtiments construits de part et d'autre du corps principal du monastère, qui compte 5 étages et autant de terrasses.</p> <p class="spip">Dans la 2e bibliothèque se trouve un autel avec, à gauche, la photo du 10e Panchen Lama, Choekyi Gyaltsen, que nous croisions de temps à autre, dans le « Temple du Tibet » à Pékin, où pendant un temps, nous avions une maison. Il s'arrêtait un instant pour toucher les boucles blondes de notre fils aîné. C'est un souvenir émouvant. Nous l'avons vu partir à Lhassa, d'où il n'est jamais revenu.</p> <p class="spip">La rumeur dit qu'il aurait eu une crise cardiaque. Ce que personne ne croit, tant cet homme de 50 ans, qui vivait en ascète, était encore vigoureux. A droite de sa photo, celle de Gendhun Choeky Nyima, le 11e Panchen Lama, que le pouvoir communiste retient en prison depuis 1990, avec toute sa famille, dans un endroit secret, non loin de Pékin.</p> <p class="spip">Mais gardons nous des commentaires politiques. L'heure est au mysticisme. Au moment d'allumer l'encens pour faire un don au temple, un moine s'est joint à nous. Il a commencé une courte prière, allumé une bougie et nous a proposé de nous incliner trois fois devant l'autel, les bâtons d'encens dans nos mains jointes. Moment émouvant de communion, bref et simple, soudain interrompu par la sonnerie du portable du moine. Nous lui avons pardonné ce retour brutal sur terre, car, contrairement à nous, il est directement en relation avec le ciel.</p> <p class="spip">Dans la Bibliothèque n°3, nous retrouvons la même photo du 10e Panchen lama, mais cette fois, à sa droite, la photo du 11e Panchen « Pékinois » Gyancain Norbu. Là, pas de moine, mais un surveillant laïc et communiste, qui semble vivre ce poste comme une punition. L'ensemble est très bien entretenu, et donne l'impression d'une activité soutenue. En quittant cet endroit hors du temps, nous retrouvons la réalité chinoise. Les routes sont défoncées par endroits, et à nouveau encombrées de longues files de camions à charbon, au point que nous retrouvons avec soulagement l'autoroute, dégagée et lisse.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Direction Datong par la G-109 </strong></p> <p class="spip">Sortie à Horinger, encore en Mongolie intérieure, et une nouvelle montée abrupte dans de très beaux paysages. Nous roulons à petite allure et découvrons ici et là les restes de murailles orientées face au Nord, comme celles du hameau de Dagegong, qui alternent avec une longue suite de villages pauvres. La neige est encore présente sur les sommets qui, pour certains, culminent à plus de 2500 mètres.</p> <p class="spip">La montée continue, au milieu de paysages extraordinaires, par un col à près de 2000 mètres, suivie d'une descente vers Ninglu Baocun sur la S-210. Durant toute la descente nous admirons encore les traces des anciennes murailles, et arrivons dans ce village fortifié de l'époque Ming. Fortement dégradé par le temps, il dégage cependant une impression de force et de puissance, contrôlant l'entrée de la vallée. Le village a été abandonné par les jeunes générations. Seuls restent les vieilles personnes, regroupées au soleil, à l'abri d'un ancien mur des esprits. La chanson de Jacques Brel, plane dans nos têtes. Nous traverserons d'innombrables villages de ce style jusqu'à notre arrivée.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Bouddhas de Yungang.</strong></p> <p class="spip">En arrivant sur le site, nous avons songé à notre dernier passage dans ce lieu, le plus ancien de l'histoire bouddhique chinoise. C'était il y a dix ans.</p> <p class="spip">A l'époque, l'approche se faisait par l'ouest, le long de la rivière, et, au débouché de la falaise, au pied de la ville fortifiée sur le sommet de la colline, apparaissaient les premières grottes, avec leurs 51000 statues. Il y avait bien déjà dans l'air un relent de poussière de charbon, mais elle était compensée par la vue extraordinaire de ces grottes, le long d'une voie de cyprès séculaires. La magie du lieu faisait son effet, et nous déambulions, étonnés par l'imposante majesté du lieu, et la finesse du travail des sculpteurs.</p> <p class="spip">Depuis que l'ensemble des grottes a été reconnu par l'UNESCO, en 2001, une nouvelle dynamique est en train de transformer le site de manière radicale. Il suffit maintenant de traverser les crassiers de charbon et les usines chimiques construites entre-temps, et vers l'est, où se trouve la nouvelle entrée, on est submergé par l'atmosphère populaire et bon marché d'un « Bouddha Land » à la chinoise. Un vaste parking, une allée d'arbres fraîchement plantés, transportés par camions de la province voisine, nous conduit à un lac artificiel, reste de l'ancienne rivière aujourd'hui à sec, juste avant un ensemble de bâtiments en béton, recouverts de toitures de style Ming.</p> <p class="spip">L'ensemble, récemment terminé, n'est pas laid. Mais la vue, en arrière plan, des mines en exploitation, défigure gravement le site. Le poids du charbon dans l'économie chinoise agit ici comme un tyran inflexible, sans aucun égard envers la magnificence et la majesté de ce site tellement chargé d'histoire.</p> <p class="spip">Lassés par la marche le long de cette allée artificielle, arrivés au pied de la nouvelle entrée du lieu, nous battons en retraite, incapables d'accepter la juxtaposition insolite et impudique de la tyrannie du charbon et de l'extrême finesse de l'art bouddhique, preuve de l'infinie capacité chinoise à concilier les contraires, pour tenter d'en tirer le meilleur avantage économique.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Datong</strong></p> <p class="spip">Rien à dire sur cette ville, qui n'ait déjà été décrit dans des guides. Un vieux souvenir du musée provincial mongol, désormais fermé, et transféré en banlieue. Une rencontre fortuite avec un mongol musicien érudit, qui nous parle avec émotion de son amour pour la musique occidentale et le respect qu'il a de notre culture, tout à son désespoir de ne plus pouvoir à son âge, se rendre au nouveau musée, trop loin de son cercle de vie.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Retour vers Pékin</strong></p> <p class="spip">Pour éviter l'autoroute, nous rentrons via les montagnes de Wutai, sur la G-108/G-112, pour retarder le moment fatidique de la fin du voyage. La traversée de ce massif montagneux est toujours un enchantement, et le changement fréquent de vallées, permet de rêver, en nous imprégnant de ces paysages somptueux. Un dernier arrêt dans un petit village, annexé depuis 5 ans par les « Bobos » pékinois, nous permet de déguster un délicieux repas, dans un cadre sympathique et accueillant.</p> <p class="spip">Arrivés sur le 6e périphérique, dernière ceinture routière autour de Pékin, véritable échassier de béton posé le long de la rivière de Mentougou, nous retrouvons nos marques, portant l'empreinte implacable de la civilisation automobile qui, jour après jour, étouffe un peu plus l'immense et tentaculaire capitale de la Chine.</p> <p class="spip">3200 kilomètres de découvertes, ou redécouvertes, ne permettent pas de juger de l'avenir d'un pays. Ce n'est qu'un instantané, mais c'est aussi la mise à jour des souvenirs d'un ancien voyage, il y a plus de dix ans, sur les mêmes traces.</p> <p class="spip">Il est indéniable que le développement des infrastructures et de l'industrie minière a participé au développement de ces régions. Le corollaire en est cependant la grave détérioration de l'environnement - certains officiels chinois disent eux-mêmes qu'elle est irrémédiable -, alors que, plus par absence de décision politique que faute de moyens, peu d'efforts on été entrepris pour corriger les effets pervers des bouleversements sociaux en cours dans ces provinces. <br />La Chine s'éveille, c'est sûr. Mais la population sait que, pour certains, ce réveil est encore peuplé de cauchemars, tandis que d'autres, font chaque jour le rêve éveillé de la puissance.</p> <p class="spip">A Beijing, le 6 mai 2010.</p> <p class="spip">B. De Lalande.</p> text/html fr 再回兴义忆耀邦 (Zai Hui Xingyi Yi Yaobang) http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2613 2010-04-24T10:29:27Z Lectures et opinions <p class="spip"> Traduction libre de l'article rédigé par Wen Jiabao et paru dans le Quotidien du Peuple, le 15 avril dernier, jour anniversaire de la mort de Hu Yaobang.</p> <p class="spip">Il y a quelques jours j'ai effectué une mission dans la province du Guizhou pour me rendre compte moi-même de la sècheresse. En foulant cette terre, songeant à ces montagnes et à ces rivières, je n'ai pu m'empêcher de penser à Yaobang qui était lui-même venu ici. Je me rappelle en particulier qu'un soir il m'avait même demandé d'aller directement interroger les paysans. Quand j'y pense, je revois le sourire amical et sincère de Yaobang, tandis que la vague des souvenirs que j'avais gardés en moi depuis de si longues années envahit mon cœur. J'ai mis un long moment à les maîtriser.</p> <p class="spip">Au début de 1986, pendant les 15 jours de la fête du printemps, le camarade Yaobang prit la tête d'une équipe de 30 cadres représentant 27 administrations différentes, pour conduire une mission d'enquête dans les provinces du Guizhou, du Yunnan, du Guangxi et dans quelques autres régions pauvres. Il s'agissait pour lui d'inciter les Cadres de Pékin à nouer plus de contacts avec le peuple et avec les gouvernements locaux, et à pousser ces derniers à améliorer leurs connaissances des situations locales, ainsi que leurs méthodes d'investigation.</p> <p class="spip">A cette époque je venais d'être nommé au poste de secrétaire général adjoint du Comité Central du parti, et Yaobang me confia personnellement l'organisation du voyage. Le matin du 4 février, le groupe s'envola vers Anshun dans le Guizhou. Mais, à cause du brouillard, notre avion fut détourné vers Guiyang. Yaobang décida alors de continuer par la route, et nous rejoignîmes Anshun en 4 heures. Après le dîner, Yaobang divisa le groupe en trois équipes, l'une pour Wenshan au Yunnan, la deuxième pour Hechi au Guangxi, la troisième pour Bijie au Guizhou.</p> <p class="spip">Le lendemain, le Camarade Yaobang, moi-même et quelques collègues du Secrétariat Général, quittâmes Anshun à bord d'un minibus. La route de montagne, aux limites des provinces du Guizhou, du Yunnan et du Guangxi était sinueuse, et nous roulions dans un paysage de hauts sommets et de vallées. Bien que déjà âgé de plus de 70 ans, le Camarade Yaobang travaillait chaque jour d'arrache pied, marchait souvent de long en large, analysant à haute voix la situation ; souvent il allait jusqu'à travailler pendant l'heure des repas et ne se reposait que très peu.</p> <p class="spip">Au cours des jours qui suivirent notre départ d'Anshun le Camarade Yaobang écouta les rapports concernant les districts de Zhenning, Guanling, Puan, Panxian, situés au Guizhou et ceux de Fuyan, Shizhong, Luoping au Yunnan. Il tirait également profit des conversations qu'il entamait avec les personnes rencontrées durant ses déplacements, pour mieux comprendre leur vie quotidienne. Au village de Changdi, dans le district de Luoping, il a même esquissé quelques pas de danse avec des Han, des Miao, et des Buyi sur l'air de la « Grande union des minorités ethniques » - Minzu Da Tuanjie -. Arrivé le 7 février au soir à Xingyi, capitale de la Préfecture, fourbu et couvert de poussière, il prit ses quartiers à l'auberge vétuste et dénuée de confort de la préfecture.</p> <p class="spip">Nous étions au début du printemps, et à Xingyi le temps était encore humide et le froid déprimant. Il gelait dans les chambres sans chauffage. Nous avons déniché trois poêles qui furent installés dans la chambre de Yaobang, ce qui fit monter la température à environ 12 degrés. Après quelques jours d'enquête, il était clair que Yaobang était épuisé. Nous lui conseillèrent de se reposer dans sa chambre le soir, mais il insista pour organiser une réunion des équipes d'investigation.</p> <p class="spip">Après le diner, il me fit appeler : « Jiabao, j'ai un travail pour vous. Prenez quelques camarades et allez visiter un petit hameau hors de la ville. Promenez vous, faites votre enquête et rappelez vous d'éviter les cadres locaux ».</p> <p class="spip">Avant mon affectation au Secrétariat du Comité Central j'avais entendu dire que quand Yaobang se rendait en province, il avait l'habitude de modifier son itinéraire de manière à pouvoir rencontrer directement les gens sur le terrain et se rendre compte directement de la situation à la base. Une de ses phrases favorites était : « je choisis un endroit où les cadres ne sont pas préparés à me voir ». Je compris donc qu'il attendait de moi que je m'efforce de comprendre quelle était la véritable situation à la base.</p> <p class="spip">A la nuit, je sortis discrètement avec quelques camarades. A cette époque la rue de Panjiang était la seule rue du village de Xingyi. De chaque côté, il y avait des maisons basses ; la lumière était faible ; il faisait froid et triste. Après avoir suivi la rue de Panjiang pendant plus de 10 minutes, nous atteignîmes les abords de la ville. Les champs qui nous entouraient étaient plongés dans le noir, et nous avions perdu nos repères.</p> <p class="spip">Puis nous vîmes quelques faibles lueurs assez proches, vers lesquelles nous nous dirigeâmes. C'était un petit village, où nous avons interviewé quelques familles de paysans. Beaucoup d'entre eux furent surpris de voir arriver ces citadins sortis de la nuit. Mais quand ils comprirent l'objet de notre visite, ils nous accueillirent chaleureusement.</p> <p class="spip">Après 22 heures nous retournâmes à la maison d'hôtes. En entrant dans la chambre de Yaobang, je vis qu'il m'attendait, assis dans un fauteuil de bambou. Je lui fis un rapport détaillé, qu'il interrompait souvent par des questions. Il me dit que les cadres dirigeants devaient aller eux-mêmes jusqu'au plus bas niveau de la société pour mener leurs enquêtes, se rendre compte des souffrances du peuple, écouter sa voix, et comprendre la situation directement et sans intermédiaire. Pour un cadre dirigeant, le plus gros danger disait-il, était de se couper des réalités. Des années après, ces paroles graves et sincères de Yaobang résonnent encore à mes oreilles.</p> <p class="spip">Le 8 février, à la veille de la fête du printemps, Yaobang se rendit tôt le matin au Lycée des minorités pour exprimer ses vœux de bonne année aux professeurs de toutes les ethnies et s'entretenir avec eux de manière informelle. Puis il rendit une visite mémorable au village de montagne de Wula, où il avait été invité par Huang Weijia, un paysan du cru. Selon les coutumes locales Huang servit à Yaobang une tête de poulet bouilli, et nous prîmes tous un repas en famille.</p> <p class="spip">Peu après, Yaobang se rendit, après un trajet de 100 km en voiture par des routes de montagne, sur le site de construction d'une centrale hydraulique pour souhaiter la bonne année aux ouvriers qui y travaillaient pendant le nouvel an. Il passa la nuit dans un refuge de fortune construit par le génie de la police armée populaire. Peu après la fièvre le prit et sa température monta jusqu'à 38,7°. En fait, il se sentait déjà malade depuis l'après-midi, mais, comme toujours, il insista pour participer à toutes activités et gardait un bon moral. La nuit était envahie par le craquement des feux d'artifice du nouvel an et les cris des habitants qui se souhaitaient la bonne année.</p> <p class="spip">Mais pas un de nous n'avait l'esprit à la fête. Moi-même et tous ceux qui travaillaient avec lui, nous nous inquiétions pour Yaobang. Le matin du 9 février, sa fièvre était montée à 39°. Nous étions loin des grandes villes de Kunming, Nanning ou Guiyang et il n'y avait pas d'hôpital dans la zone. Heureusement, grâce aux soins prodigués par le docteur de l'équipe, la fièvre de Yaobang retomba dans la soirée et nous fûmes tous soulagés.</p> <p class="spip">Le matin du 10 février, Yaobang, qui se sentait un peu mieux, se rendit à Baise dans le Guangxi, en dépit des protestations générales. Il arriva à destination à 18 heures après plus de 320 km d'une route de montagne défoncée. Là il nous conduisit sur le site de la 7e Armée Rouge et s'entretint à bâtons rompus avec 8 chefs de districts. Le soir du 11 nous le rejoignîmes. Le lendemain il me demanda d'aller aux abords de la ville pour lui rendre compte de l'état des récoltes, des buffles d'eau et des marchés. A chacun de nos retours à la l'auberge, il nous attendait.</p> <p class="spip">Les 14 et 15 février, il rejoignit la ville de Beihai, via Qinzhou et inspecta le port et les travaux de construction d'une digue. Le 16, il revint à Nanning et retrouva le troisième groupe d'enquêteurs. Là il passa deux jours complets à écouter les rapports des équipes du Yunnan, du Guangxi et du Guizhou.</p> <p class="spip">Le 19 février, le Camarade Yaobang, rassemblant ses propres réflexions et utilisant les conclusions des autres enquêteurs, s'adressa de manière impromptue à un grand rassemblement de cadres du Parti. Il insista particulièrement sur le fait que les cadres provinciaux et ceux de Pékin devaient fréquemment rencontrer la base et s'efforcer de réduire la distance entre le peuple et le pouvoir central.</p> <p class="spip">Non seulement ces rencontres pouvaient créer une bonne ambiance et un excellent moral, mais elles étaient nécessaires pour ajuster la politique et éviter les erreurs. Elles rehausseraient la qualité des cadres, enrichiraient l'expérience et favoriseraient la formation des plus jeunes d'entre eux.</p> <p class="spip">Le 29 février 1986 Hu Yaobang retourna à Pékin avec ses équipes, après deux semaines passées dans les régions pauvres du Sud-est.</p> <p class="spip">Le temps passe vite. Mais je me souviens de cette mission conduite par Yaobang comme si c'était hier. Le 3 avril de cette année, quand je suis retourné à Xingyi, je n'en croyais pas mes yeux. La petite bourgade arriérée était devenue une grande ville, dont la population avait triplé, avec de très hauts immeubles qui couvraient une zone quatre fois plus vaste qu'en 1986.</p> <p class="spip">Quand le souvenir de Yaobang me revient en mémoire, il touche en moi une fibre sensible. Je vois encore Yaobang m'envoyant enquêter la nuit dans ce petit village, dont le souvenir ne m'a jamais quitté. Le 4 avril dernier, je me suis rendu secrètement avec quelques uns de mes camarades à l'endroit du village, espérant retrouver les lieux que nous avions arpentés, il y a de si longues années.</p> <p class="spip">La rue Panjiang, largement éclairée, était noire de monde. Le petit village lui-même n'est plus, remplacé par des gratte-ciel sortis de terre. Cette nuit j'eus quand même envie de visiter les abords de la ville. Avec mes compagnons nous nous sommes dirigés vers les lumières de Yongxing et avons frappé à la porte du fermier Lei Chaozhi, avec qui nous avons entamé une conversation, à laquelle a également participé son voisin.</p> <p class="spip">Voilà 21 ans que Yaobang a disparu. Il se consolera peut-être de savoir que le petit village du Sud-ouest qui lui avait causé tant de soucis a subi des bouleversements considérables. Toute sa vie, il s'est battu sans relâche pour la Nation, suivant la voie correcte du socialisme aux caractéristiques chinoises.</p> <p class="spip">Dès octobre 1985, après mon affectation au Secrétariat Général, j'ai pu toucher du doigt à quel point il était proche du peuple et de ses souffrances. J'ai aussi pris la mesure de la manière exemplaire dont il remplissait ses fonctions, de son dévouement désintéressé, de son ouverture d'esprit, de sa hauteur de vue et de sa rigueur morale. J'ai été directement témoin de l'abnégation avec laquelle il se consacrait corps et âme au travail et à la cause du Parti et au service du peuple. Ce qu'il m'a enseigné au cours de ces années est resté gravé dans mon cœur et son exemple m'empêche de me laisser aller. La manière dont il traitait les affaires eut une immense influence sur mon travail, mes études et ma vie.</p> <p class="spip">En janvier 1987, Hu n'était plus Secrétaire Général du Parti. Je lui rendais souvent visite chez lui. Le 8 avril 1989, quand il tomba malade, et que les médecins s'efforçaient de le sauver, j'étais en permanence à ses côtés. Le 15 avril, quand il s'éteignit brutalement, je me rendis à l'hôpital le plus vite possible.</p> <p class="spip">Le 5 décembre 1990, j'ai raccompagné son cercueil vers sa ville natale de Gongqing dans le Jiangxi. Depuis sa mort, je me suis rendu à son ancien domicile, à chaque nouvel an. C'est toujours avec une grande émotion et beaucoup d'amour que je regarde sa photo dans le salon. Son regard profond et son expression décidée me donnent la force, le courage et la détermination nécessaires pour servir le peuple.</p> <p class="spip">Retournant à Xingyi pour me pencher sur le passé, j'ai rédigé cet essai qui exprime le souvenir - pour moi très précieux - que j'ai gardé de lui.</p> text/html fr Au bord de l'eau http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2582 2009-12-08T18:27:54Z Album <p class="spip"> Il y a deux personnages dans ce spectacle chinois, un livre et une école.</p> <p class="spip">Le livre s'appelle Au bord de l'eau, l'histoire de 108 bandits d'honneur qui firent trembler l'Empire Céleste. Il fallut près de trois siècles pour arriver à la version parfaite de ce roman. Il a eu au moins un milliard de lecteurs et qui sait combien en connaissent les meilleurs épisodes grâce aussi aux conteurs, aux marionnettes, à l'opéra, à la télévision, au cinéma, à la BD, aux jeux vidéos. En France, le roman est en livre de poche et la traduction de Jacques Dars est incroyable. C'est la Chine de la dynastie des Song qui s'achève au XIIe siècle, une société brillante que découvrira dans peu de temps un certain Marco Polo. Mais ce sera déjà la dynastie Yuan des Mongols et d'ailleurs le livre naîtra à ce moment-là.</p> <p class="spip">L'École est unique au monde, c'est la plus célèbre École d'Opéra de Pékin qui viendra pour la troisième fois à la MC93. On apprend dans cette école, outre l'acrobatie et toutes sortes de sauts, une des gestuelles les plus difficiles au monde avec un langage des mains, des yeux, des pieds et du corps de plusieurs milliers de signes. On y apprend des maquillages extravagants pour aller avec un art du costume tout aussi fou. C'est un art sublime mais fragile que la modernité menace, et les élèves de l'Ecole d'Opéra de Pékin, sont quelque part aussi des héros d'aujourd'hui.</p> <p class="spip">Le livre et l'École, n'est-ce pas là le plus beau des programmes ?</p> <hr class="spip" /> <p class="spip">Renseignements pratiques :</p> <p class="spip"><i class="spip">Spectacle en chinois surtitré en français</i></p> <p class="spip"><strong class="spip">THÉÂTRE / SALLE OLEG EFREMOV</strong> <br /><i class="spip">CRÉATION</i></p> <p class="spip"><strong class="spip">DU 8 AU 24 JANVIER 2010 à 20h30</strong> <br />sauf mercredi 20 janvier à 14h30, dimanches 10, 17, 24 et samedi 23 janvier à 15h30. <br />Relâche lundis 11 et 18 janvier et mardi 12 janvier.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Réservations</strong> <br />01 41 60 72 72 / <a href="http://www.mc93.com" class="spip_out">mc93.com</a> <br /><a href="http://www.fnac.com" class="spip_out">Fnac.com</a> / 0 892 68 36 22 (0,34&euro; TTC/mn) <br />Tarif plein 25&euro; - tarifs réduits de 9 à 17&euro; <br /><strong class="spip">Tarif préférentiel de 15&euro; au lieu de 25&euro; accordé aux lecteurs de Question Chine sur présentation de cette page</strong> (imprimez une capture d'écran ou la version PDF de cet article en cliquant sur "Voir l'article en PDF" en bas de page).</p> <p class="spip">MC93 Bobigny - Direction Patrick Sommier <br />1 Bd Lénine 93000 Bobigny - Métro Bobigny Pablo Picasso</p> <div class='spip_documents spip_documents_center' ><img src='IMG/jpg/opera.jpg' width='475' height='676' style='border-width: 0px;' alt="(JPEG)" /></div> text/html fr