QuestionChine.net http://www.questionchine.net/ Repérer l'essentiel de l'information, chercher le sens de l'événement, comprendre l'évolution de la Chine. fr QuestionChine.net http://www.questionchine.net/IMG/ruboff0.gif http://www.questionchine.net/ L'année du Tigre sera « complexe » http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2600 2010-02-16T17:05:54Z Éditorial <p class="spip"> L'année du Tigre a commencé le 14 février et, s'il est vrai que les vacances officielles durent une semaine, à compter de ce premier jour de l'année lunaire - « chu yi » pour les Chinois -, les migrations annuelles du plus grand regroupement familial de la planète s'allongent sur une bonne quinzaine de jours. Elles mettent plus de 30% des citadins en mouvement et lancent 200 millions de Chinois à l'assaut des gares et des trains bondés, envahis par d'interminables bousculades et piétinements. Quelques centaines de milliers d'entre eux, dont le village natal est mal desservi par le rail, se déplacent à moto - souvent à trois sur même engin - bravant les intempéries, tandis que les plus fortunés prennent l'avion dans l'un des 220 aéroports modernes, dont la moitié a été construite au cours de ces 15 dernières années.</p> <p class="spip">Pour le peuple, comme pour le pouvoir c'est l'heure de la « bénévolence » confucéenne, le moment de l'attention portée à son clan et à sa famille, celui des bonnes résolutions, du retour des rites familiaux et des promesses de droiture. On fait le bilan de ses succès en essayant de minimiser ses échecs, on examine l'état de ses affaires et, si possible, on règle ses dettes, sans oublier de sacrifier à la tradition et aux superstitions qui recommandent la modestie et la prudence. Une résolution qui, pour la classe des nouveaux riches, grisés par le succès de leurs affaires et de la Chine, ne dure jamais bien longtemps.</p> <p class="spip">A l'avant-veille de la soirée festive du 13 février, ponctuée par les craquements jubilatoires de millions de feux d'artifice au travers toute la Chine, dont le ciel s'est illuminé pendant des heures, le Premier Ministre n'a pas failli à la tradition. C'est en effet à lui que revenait la charge du discours officiel devant les huit autres membres du Comité Permanent, entourés de 4000 invités, triés sur le volet. L'année 2009, a-t-il dit, « a été une année tonique, au cours de laquelle, le pays, réagissant avec calme et détermination à une crise financière internationale sans précédent, a rapidement redressé la situation et pris la tête du redémarrage de l'économie mondiale, grâce à des mesures fermes et résolues ».</p> <p class="spip">Au passage constatons que les succès de la gestion chinoise dans la crise commencent d'ailleurs à porter leurs fruits en termes d'influence. On parle de plus en plus du « modèle chinois », opposé au libéralisme dangereux de l'Occident. Certains louent l'implication lourde de l'Etat dans le pilotage de l'économie et le contrôle des capitaux. A Dubai, au Brésil, en Malaisie, qui furent, il y a peu, des économies de marché, la leçon chinoise a porté. On y installe des « zones économiques spéciales » à la Chinoise, contrôlées par l'Etat, assorties d'avantages fiscaux substantiels.</p> <p class="spip">Ailleurs on souligne même que le défaut de démocratie est un « avantage », notamment quand il s'agit procéder à des réformes impopulaires, mais nécessaires. Les pays libres sont moins bien lotis, puisque les gouvernements sont régulièrement placés sous la pression des élections. « La Chine fait ses choix stratégiques dans le secret du Bureau Politique, puis les met en œuvre sans coup férir, uniquement préoccupée des procédures techniques », dit Victor Chu, Président d'une société d'investissements à Hong Kong.</p> <p class="spip">Puis, après avoir mis l'accent sur la « fierté et la confiance » que le peuple chinois éprouvait devant les « glorieuses réalisations de la Nation », passées en revue lors du 60e anniversaire de la RPC, Wen Jiao a exhorté à l'effort et à la vigilance : « il n'est pas difficile de gagner, mais il est difficile de continuer à gagner ». Ajoutant qu'en 2010, le pays affrontera une situation plus complexe, à l'intérieur, comme à l'extérieur, il a incité chacun à « rester sérieux et concentré, tout en gardant au cœur l'angoisse que le pays ne se laisse distancer ». Une réflexion qui en dit long sur l'état d'esprit des dirigeants et pourrait être de nature à tempérer un peu les appréciations qui taxent la Chine d'arrogance.</p> <p class="spip">Les exhortations et les promesses de Wen Jiabao ont surtout visé l'économie, la situation sociale et l'éducation. La priorité restera, sans faiblir, au développement et à la croissance rapide et stable, à l'ouverture de l'économie et à ses réformes structurelles pour mieux réagir à la crise financière mondiale. Ce qui, au passage, indique que Pékin ne croit toujours pas que la crise soit terminée.</p> <p class="spip">Puis, revenant aux priorités sociales définies lors du 17e Congrès, passées au second plan dans le tumulte de la crise, il a promis de créer de nouveaux emplois et de relever le niveau de vie à la campagne comme à la ville, « de sorte que chacun puisse, à sa place, donner le meilleur de lui-même ». L'accès au logement, à la sécurité sociale et aux retraites sera élargi. Enfin, le premier ministre, qui avait en tête la récente crise avec les parents d'élèves, soldée par la mise à pied du ministre de l'éducation, a insisté pour la mise en place, coûte que coûte, d'un système scolaire et universitaire plus égalitaire et de meilleure qualité.</p> <p class="spip">Que l'actuelle direction du régime ait un tropisme social marqué, qui tranche avec la tendance très « macroéconomique » de la génération précédente, est une évidence. Depuis leur arrivée au pouvoir en 2002, Hu Jintao et Wen Jiabao ont mis en chantier une série de réformes sociales (droit de propriété, aide fiscale aux paysans, retraites, assurances sociales, accès à la santé, services publics dans les campagnes), tout en instillant l'idée que, pour survivre, le Parti devait s'adapter aux changements d'une société civile toujours plus réactive et mieux organisée.</p> <p class="spip">Les campagnes de mobilisation et les directives politiques se sont succédées à un rythme accéléré, contre la corruption, pour plus de transparence, en faveur d'un traitement moins brutal des dizaines de milliers « d'incidents de masse » (on avance le chiffre de 100 000 incidents, dont 30% seraient liés à la propriété de la terre), pour plus de mansuétude des juges et pour la réduction du nombre de peines capitales. Le tout, dans un contexte caractérisé par la lente émergence d'une conscience juridique de plus en plus marquée, au point que beaucoup de nouvelles élites ne sont plus des ingénieurs, mais des diplômés de droit. Dans le même temps, l'Assemblée Nationale Populaire se défait lentement de son image de chambre d'enregistrement, osant de plus en plus contester les politiques publiques, par ailleurs souvent mises en cause par les grands « think tanks » du régime, dont la liberté de parole est étonnante, même à l'aune des critères occidentaux.</p> <p class="spip">Même si les réformes sont incomplètes ou mises en œuvre de manière heurtée, avec notamment d'importantes lacunes dans l'application du droit au sein de tribunaux, dont l'indépendance reste handicapée par la corruption, le népotisme et les ingérences politiques, le vaste mouvement d'ouverture lancé par le régime pour préserver sa légitimité et raviver ses liens avec le peuple, entraîne de fortes attentes pour de nouvelles libertés politiques. Celles-ci se manifestent y compris au sein du Parti, avec plus ou moins de virulence, et se cristallisent publiquement par le truchement d'une nouvelle forme d'activisme relayée par Internet et quelques organes de presse qui construisent leur réputation sur leur image d'indépendance incorruptible.</p> <p class="spip">Face à ces développements, qui donnent une image moins rigide que par le passé des relations entre le pouvoir et la société, mais dont les conséquences pour la pérennité du Parti sont imprévisibles, le régime a tendance à avoir la main lourde. L'exemple le plus récent est la condamnation de Liu Xiaobao à 11 années de prison pour avoir lancé la « Charte 08 », préconisant l'adoption de la démocratie en Chine et proposé le passage à un système fédéral. Le jugement, critiqué de l'intérieur par quatre vétérans du Parti, anciens du Quotidien du Peuple, de Xinhua et de l'Académie des Sciences Sociales, était d'autant plus inflexible que l'initiative prônait non seulement la fin du rôle dirigeant du Parti et de son monopole, mais aussi l'abandon, pour l'heure improbable, du dogme d'un pouvoir politique centralisé imposant sa férule sur les provinces.</p> <p class="spip">Récemment plusieurs autres activistes des droits de l'homme ont été harcelés. Parmi eux Huang Qi, qui militait pour obtenir des réparations au profit des parents des enfants morts lors du tremblement de terre du Sichuan, suite aux accusations de malfaçon des écoles construites en béton frelaté, a été condamné à trois ans de prison ; juste avant le Chun Jie, Tang Zuoren, qui travaillait sur le même sujet a écopé de cinq ans pour subversion. L'impression de beaucoup d'observateurs est que la tendance répressive se durcit à mesure que le Parti identifie des menaces directes contre son pouvoir, ou quand les ramifications des corruptions risquent de discréditer les hautes strates du régime.</p> <p class="spip">Conséquence directe du fait que certains effets non désirés de l'ouverture sont de plus en plus considérés comme un défi au système, le nombre des accusations pour « menace contre la sécurité de l'Etat » a quintuplé depuis 2005. Une part de cette augmentation est directement liée aux troubles survenus au Tibet en 2008 et au Xinjiang en 2009. Quoi qu'il en soit, l'augmentation brutale de ce type d'accusation dessine les limites des capacités d'ouverture politique du pouvoir et donne une idée des contradictions auxquelles il est confronté.</p> <p class="spip">Alors que la société chinoise s'organise, devenant de plus en plus réactive et capable d'autonomie, tandis que l'augmentation des niveaux de vie entraîne une demande pour plus de libertés et de droits, sur fond d'instabilité ethnique au Tibet et au Xijiang, le Régime, qui ne reste pas statique, s'adapte pour préserver sa légitimité. Mais sa marge de manœuvre, à l'intérieur du dogme du rôle dirigeant du Parti, est forcément réduite. Il est probable que, pour conserver son monopole, le PCC continuera tant bien que mal sur la voie des réformes politiques prudentes et limitées. Ces dernières ne supprimeront pas les conflits, au contraire. La tendance à la libéralisation, même partielle, entraînera une recrudescence des conflits entre la société et le pouvoir. C'est probablement parce qu'il a conscience de ces défis que le Premier Ministre a, dans son discours, anticipé que l'année du Tigre sera « plus complexe ».</p> text/html fr Transparence du fonds souverain chinois et querelles commerciales http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2601 2010-02-16T17:49:33Z Economie <p class="spip"> La presse américaine fait grand cas des informations transmises le 5 février dernier par le fonds souverain chinois (China Investment Corporation - CIC -) à la Commission des Opérations Boursières américaine (Security and Exchange Commission - SEC -) sous la forme d'une liste partielle de ses opérations effectuées avec des sociétés listées aux Etats-Unis.</p> <p class="spip">La liste - une première depuis la création du fonds en 2007 - ne fait pas état des opérations effectuées avec des sociétés non listées aux Etats-Unis, ou des investissements indirects réalisés aux Etats-Unis par le biais de fonds d'investissements extérieurs. Elle passe même sous silence certaines opérations aux Etats-Unis, déjà publiques depuis 2008, comme l'achat en 2007 et début 2008 de près de 10% des parts dans les fonds d'investissement de Blackstone et de Morgan Stanley, dont les cours s'étaient effondrés courant 2008.</p> <p class="spip">En août 2009, le CIC avait publié un rapport annuel décevant, ne présentant que des généralités sans aucun détail des opérations effectuées. Cette nouvelle transparence, même incomplète, a donc été bien accueillie par les milieux financiers américains, qui, comme pour se rassurer, soulignent les efforts chinois pour désarmer les critiques d'opacité des opérations du fonds souverain.</p> <p class="spip">Sur l'échelle de la transparence, de la fiabilité et du rendement, mesurés par les principes de Santiago, qui évaluent les performances, la crédibilité et la sécurité des fonds souverains, une étude d'un Think Tank américain a même classé le CIC au 5e rang sur les 26 fonds souverains répertoriés, au même niveau que le fonds souverain de Singapour. Il est vrai que les fonds d'investissements transparents sont rares.</p> <p class="spip">Il reste que le document envoyé à la COB américaine ne concerne que 9,6 milliards sur les 300 milliards de $ détenus par le fonds (en augmentation de 50% depuis sa création) et n'offre aucune visibilité sur les opérations hors Etats-Unis, notamment dans les économies émergentes, qui furent jusqu'à présent le principal terrain de chasse du CIC, avec essentiellement des achats d'actifs dans des sociétés d'investissement et dans le secteur des hydrocarbures ou des ressources minières.</p> <p class="spip">L'opération transparence a cependant délié la langue de Lou Jiwei, Président du fonds, qui a déclaré que la moitié des 110 milliards de dollars (soit 10 fois plus que les capitaux listés à la SEC), dédiés aux opérations extérieures avait déjà été investie. Il a confirmé que la tendance à cibler les marchés émergents et à rechercher les opportunités nées de la crise - en clair jouer les pompiers financiers au profit de sociétés publiques ou privées en difficulté, en vue de substantiels retours financiers - sera poursuivie en 2010.</p> <p class="spip">L'examen des informations transmises à la SEC indique également que la Chine, qui détient encore près de 700 milliards de $ de bons du trésor américain, approche le marché des actifs ou des fonds d'investissement privés américains avec prudence. Sur les 9,6 milliards, plus d'un tiers (3,54 milliards) est d'ailleurs investi dans une société minière canadienne (Teck ressources Ltd) qui opère en Amérique du Sud. 2,4 milliards de dollars ont cependant été engagés dans des sociétés d'investissements, dont une nouvelle injection de 1,7 milliards dans Morgan Stanley, en dépit des déboires de 2008. Le reste est réparti dans des opérations en bourse ou des prises de participation assez modestes dans des sociétés telles que American International Group Inc., Apple Inc. and News Corp., propriétaire du Wall Street Journal, Johnson & Johnson, Coca Cola, Visa, Motorola.</p> <p class="spip">La série des prises de participation minoritaires par le fonds au sein d'actifs listés aux Etats-Unis, rassure les analystes américains qui craignaient des investissements massifs, assortis de manœuvres politiques ou de recherche d'influence. Mais elle ne suffira pas à désarmer les querelles commerciales qui montent entre la Chine et les Etats-Unis, parfois appuyés par l'Union Européenne. Elle sera également bien incapable d'enrayer la vague d'inquiétude qui court dans les milieux commerciaux étrangers en Chine, alors que, pour la première fois de son histoire, la Chambre de Commerce américaine, d'habitude très accommodante, a émis des commentaires critiques sur l'environnement des affaires.</p> <p class="spip">Attirées en Chine par la faiblesse des taxes, inférieures de moitié à celles entreprises chinoises, les PDG occidentaux signalent aujourd'hui une augmentation des obstacles non tarifaires et des campagnes lancées par gouvernement pour inciter les consommateurs à « acheter chinois ». « L'environnement des affaires est plus difficile que jamais » déclare James McGregor, responsable des relations avec Washington, au sein de la Chambre de Commerce américaine à Pékin.</p> <p class="spip">On cite Google, symbole des heurts entre le système chinois et les sociétés occidentales, pour rajouter aussitôt que, contrairement au moteur de recherche américain, la plupart des sociétés engagées en Chine ont plus que jamais, besoin du marché chinois. Au demeurant le tableau n'est pas aussi noir pour tout le monde puisque les grands noms de l'automobile, comme Volkswagen, General Motors et d'autres, qui souffrent partout ailleurs, se portent plutôt bien en Chine. Mais la tendance générale est à la grogne et à la multiplication des conflits à l'OMC, avec des contre attaques chinoises.</p> <p class="spip">« L'Occident attend beaucoup trop d'une Chine, dont la puissance et l'influence augmentent, mais qui n'est pas prête à jouer selon ses règles », dit David Shambaugh, sinologue à l'Université Georges Washington, tandis que Pékin, qui apprend vite, augmente le nombre de ses plaintes à l'OMC contre les Etats-Unis et l'Europe. Mais les nouvelles règles de l'OMC qui autorisent des représailles contre un Etat reconnu coupable d'avoir installé des barrières pour protéger son marché, sont de nature à calmer le jeu. Notamment entre ceux des pays qui peuvent faire valoir la force d'attraction de leur marché ou la valeur de leurs produits d'exportation, qu'il s'agisse de matières premières ou de produits industriels.</p> <p class="spip">L'affaire Rio Tinto, qui refait surface est un exemple de conflit susceptible de se résorber par la tyrannie de l'offre et de la demande, à moins que Pékin, se sentant en position de force et cédant aux démangeaisons nationalistes, fasse exagérément grimper les enchères. Ce qui n'est pas impossible. Alors que Rio Tinto et le secteur de l'acier chinois ne sont pas encore parvenus à un accord sur le prix du minerai de fer, Pékin vient d'inculper - sans en avoir fourni publiquement les preuves - quatre cadres de Rio Tinto travaillant à Shanghai (1 Australien d'origine chinoise - Hu Stern - et 3 nationaux chinois), accusés d'avoir accepté d'importants pots de vin de la part d'aciéristes chinois, et détenus depuis juillet 2009.</p> <p class="spip">Par ailleurs, alors que les aciéries japonaises et coréennes pourraient accepter la hausse des prix du minerai de fer de 40%, exigée par les géants minéraliers pour revenir aux tarifs d'avant 2008, les Chinois, sous la conduite de Baosteel, véritable Etat dans l'Etat, faisant valoir l'importance de leurs achats, refusent d'envisager une hausse supérieure à 30%. Mais Rio Tinto, qui est loin d'être sorti du rouge, a conscience que son redressement en cours - ses bénéfices 2009 ont augmenté de 33% - dépend surtout des importations chinoises, de loin le plus important marché de la planète, dont les besoins augmenteront encore de 9% en 2010.</p> <p class="spip">L'affaire se complique encore avec les réminiscences néfastes de la rebuffade subie par Chinalco en juin 2009, quand Rio Tinto avait finalement tiré l'échelle d'une négociation qui durait depuis février pour le rachat, par le groupe chinois, de 18% de ses parts. Le conflit est emblématique du mélange détonnant entre les dures réalités économiques, les effets du nationalisme chinois mal placé et le « poison du péril jaune », qui commence à monter dans beaucoup de régions du monde face à l'irrésistible émergence de la Chine.</p> text/html fr Quel rôle pour la Chine en Afghanistan ? http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2599 2010-02-09T15:30:56Z Chine / monde <p class="spip"> Le 7 février, l'actuel Secrétaire Général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen a, lors de la conférence annuelle de sécurité à Munich, évoqué le rôle que la Chine pourrait jouer en Afghanistan aux côtés du Pakistan, de l'Inde et de la Russie. « L'Organisation Atlantique devrait élargir sa coopération aux autres acteurs ayant des intérêts dans la stabilité de l'Afghanistan. L'Inde et la Chine pourraient aider à la reconstruction du pays. De même que la Russie, qui y a les mêmes soucis de sécurité que nous ».</p> <p class="spip">La déclaration a été publiée le 8 février par le Quotidien du Peuple, assortie d'un commentaire de Mei Zhaorong, ancien ambassadeur en Allemagne. « L'appel du Commandant de l'OTAN est une reconnaissance du rôle international de la Chine » a-t-il d'abord indiqué. Il est d'ailleurs remarquable que le discours d'ouverture de cette grand-messe très occidentale ait été prononcé par le Ministre des Affaires étrangères chinois. Mais l'ancien ambassadeur, aujourd'hui membre d'un « Think Tank » gouvernemental sur les questions de sécurité globales, ajoute aussitôt : « il reste à connaître les modalités de détail, dans un contexte, où les Occidentaux restent très préoccupés de leurs intérêts ».</p> <p class="spip">L'euphémisme souligne en réalité que les intérêts de l'OTAN et de la Chine divergent fortement. Avant le 11 septembre 2001, pour tenter de stabiliser son flanc sud et éliminer les risques de contagions islamistes, Pékin avait développé avec les Talibans, alors au pouvoir, une stratégie oblique, faite de séductions diplomatiques et commerciales (installation de 20 000 lignes téléphoniques par Huawei et ZTE, remise en état des barrages et construction de lignes à haute tension, ouverture d'une ligne aérienne Kaboul - Urumqi, échanges diplomatiques). La Chine promettait de protéger les Talibans à l'ONU, en cas de sanctions. En échange, les Talibans se tiendraient à l'écart du Xinjiang, principal foyer musulman en Chine.</p> <p class="spip">Les attentats contre le World Trade Center ont brutalement compromis cette approche. Après avoir fait diffuser par toutes ses ambassades en Occident des démentis répétés, niant ses liens avec les Talibans, la Chine avait mis ses approches en veilleuse, tandis que le terrain afghan, envahi par une attaque des forces de l'OTAN et de l'ISAF, qui prenaient ses méthodes à contrepied, était devenu pour elle impraticable. Elle s'est tenue à ce choix aussi longtemps que la situation en Afghanistan lui paraissait à l'avantage de la coalition. Non pas qu'elle restât inerte. L'imposante ambassade chinoise à Kaboul prodigua quelques aides financières et matérielles destinées aux populations locales. Mais, sur la situation stratégique, Pékin restait muet.</p> <p class="spip">Depuis deux ans cependant, le vent tourne. La Chine constate les hésitations et les déboires de la coalition qui accompagnent la dégradation de la situation, à nouveau favorable aux Talibans. Calculant les risques pour sa propre sécurité, si les choses venaient à s'aggraver, soucieuse de prendre date, Pékin a progressivement haussé le ton. Au fil des déclarations, par Quotidien du Peuple interposé, le Bureau Politique fait connaître sa position.</p> <p class="spip">Il appelle d'abord à une solution régionale, qui n'est pas sans rappeler la suggestion du “commandant de l'OTAN” : « la question afghane, le problème pakistanais et les contentieux entre l'Inde et le Pakistan, sont liés ». Mais là s'arrête le parallèle. Le 26 septembre 2009, Li Qing, n°2 d'un « Think Tank » d'Etat spécialiste de questions de sécurité nationale, après avoir insisté sur la dégradation de la situation et l'érosion du soutien des opinions publiques, réclamait purement et simplement le départ de l'OTAN et son remplacement par une force des Nations Unies, « condition essentielle, selon lui, à la réconciliation des factions afghanes ».</p> <p class="spip">Trois semaines plus tard, un nouvel article en ligne du Quotidien du peuple, rappelait que la lutte contre le terrorisme supposait une coopération globale entre acteurs aux intérêts convergents, et soulignait que les investissements chinois en Afghanistan contribuaient également à stabiliser le pays. Ces prises de position officieuses, qui expriment sans doute la vision du pouvoir, révèlent au moins trois points importants : la Chine, constatant la dégradation de la situation, souhaite le retrait des forces de l'OTAN et prône une solution négociée avec tous les acteurs de la région. Elle exprime sa volonté de coopération, à ses conditions, et affiche sans état d'âme ses intentions d'exploiter les ressources minières afghanes.</p> <p class="spip">Elle passe cependant sous silence deux obstacles à une solution de la crise : la porosité des frontières avec les zones tribales du Pakistan, un des facteurs clés de l'insécurité, sur lequel les Occidentaux attendent que Pékin fasse peser son influence, et l'extrême corruption du gouvernement de Kaboul, gravement compromis avec les seigneurs de la guerre aux allégeances fluctuantes, et dont dépend son pouvoir. Une circonstance lourde, qui nourrit les frustrations de la population et renforce l'influence des radicaux.</p> <p class="spip">Le réveil de la parole chinoise à propos de la crise afghane suivait une recrudescence spectaculaire des investissements de Pékin et de ses hommes d'affaires, qui évoluent comme des poissons dans l'eau dans les connexions affairistes troubles de l'économie locale. Les implications des nouveaux projets, au cœur des planifications de développement de l'Ouest chinois, dépassent largement les limites de l'Afghanistan. A la fois opportunistes et pragmatiques, puissamment appuyés par l'Etat, au point que les offres de Pékin sont hors de portée des autres investisseurs possibles (Russes ou Américains), ils s'inscrivent dans les ambitions chinoises d'influence régionale et prennent clairement à contre-pied les stratégies de la coalition, pour l'heure, essentiellement articulées autour de la sécurité et de la « bonne gouvernance ».</p> <p class="spip">Mais il y plus. Développée sous la protection des forces de l'ISAF, l'action de la Chine, parfois considérée en Occident comme cynique et intéressée, est appréciée par le gouvernement de Kaboul. Les investissements chinois ont brutalement changé d'échelle en 2007, avec l'offre très généreuse d'un consortium minier piloté par l'Etat chinois, comprenant 3,6 milliards de $ pour l'exploitation de la mine de cuivre d'Aynak dans la province de Logar, ainsi que la construction d'une usine électrique et d'une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan, en appui des vastes projets miniers que les appétits chinois ne pourront que multiplier.</p> <p class="spip">Il faut se rendre à l'évidence, la Chine considère l'Afghanistan - son flanc sud fragile et instable - comme un objectif stratégique majeur et lui consacre d'importantes ressources financières, technologiques et humaines, dans un registre et selon un concept très éloigné de ceux qui sous-tendent l'approche occidentale. Plus encore, tout indique que la manière chinoise séduit l'actuel gouvernement afghan, avide de capitaux et de savoir-faire, tandis qu'une participation de l'APL aux opérations militaires, selon des critères imposés par l'OTAN, est exclue.</p> <p class="spip">Considérée sous l'angle régional, l'absence de dialogue réel entre Pékin et la coalition est absurde. C'est probablement ce que voulait souligner le Secrétaire Général de l'OTAN, le 7 février dernier. Il reste que, s'il est vrai que la coopération est souhaitable, un terrain d'entente est pour l'heure difficile à trouver, entre l'OTAN, pour qui un désengagement militaire serait assimilé à une catastrophe, et la Chine, qui réclame le départ des forces, tout en profitant de leur présence pour développer ses projets.</p> <p class="spip">Entre ces deux positions incompatibles, les plus optimistes pensent qu'un juste milieu est possible. En échange de la protection des forces de la coalition, Pékin, renonçant à ses exigences de retrait, accepterait d'activer ses liens privilégiés avec les militaires pakistanais pour les inciter à passer d'une posture d'alerte contre la menace indienne à un engagement déterminé et durable contre les radicaux.</p> <p class="spip">En admettant que la Chine veuille jouer le jeu et appuyer une stabilisation sous couvert de l'OTAN, ce qui paraît peu probable, sauf au prix d'importantes concessions, de nombreuses autres coopérations seraient théoriquement possibles, entre la puissance financière chinoise et les immenses besoins afghans - y compris ceux relatifs à la solde des militaires, gage de leur loyauté -, et en appui d'une politique d'ouverture vers les moins radicaux des Talibans, prélude à une réconciliation des Afghans. Il resterait encore à régler la question de la corruption du régime, à l'origine des frustrations et, par corollaire, celle de la stabilité politique du pays et de sa sécurité, en amont d'un processus, dont on voit mal la fin.</p> text/html fr L'ANP, toujours compassée, sous les feux d'Internet et de la presse http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2603 2010-03-09T15:12:29Z Politique intérieure <p class="spip"> La session annuelle de l'ANP, qui réunit près de 3000 délégués des provinces chinoises, et au moins deux fois plus d'assistants et secrétaires rassemblés par un vaste système de cooptation interne, entièrement contrôlé par le Parti, reste encore un exercice très conventionnel par lequel le régime présente son bilan, en même temps que la manière dont il entend faire face aux défis, qu'au demeurant il édulcore de moins en moins.</p> <p class="spip">La session elle-même donne lieu à peu de controverses publiques sur les grands défis politiques, sociaux ou économiques et sur les choix stratégiques majeurs, pris dans le secret des enceintes opaques du régime. Directement tributaires du pouvoir exécutif des provinces et du Parti, les députés qui osent se mettre en travers des choix du pouvoir central sont encore rares, même si le Quotidien du Peuple a récemment souligné l'augmentation du nombre de votes d'opposition qui échappent au schéma de « la chambre d'enregistrement ».</p> <p class="spip">Dans un système idéologiquement habité par le souci du consensus et le gommage des controverses internes, les décisions publiques et les ministres qui n'obtiennent qu'un taux d'adhésion de 70%, se trouvent aussitôt fragilisés, ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils seront remis en cause. Sur ce point, le bilan sur près de 20 années met en lumière une jurisprudence qui ne plaide pas toujours pour l'efficacité de l'ANP.</p> <p class="spip">En 1992 par exemple, la décision de construire le barrage des Trois Gorges, un des choix énergétiques majeurs du pays, promu par Li Peng, n'a jamais été remise en cause, en dépit du nombre impressionnant de votes négatifs ou d'abstentions (plus de 30%), ce qui, à l'époque, pouvait être assimilé à une fronde interne. De même en 2000, le travail de la cour suprême avait été jugé insuffisant par 530 députés, tandis que 306 autres s'étaient abstenus. Un taux de mécontents ou de sceptiques qui frôlait la barre fatidique des 30%. Ce qui n'a cependant pas conduit à plus d'indépendance du système judiciaire.</p> <p class="spip">Récemment c'est Zhou Ji, le ministre de l'éducation, fragilisé par les ratages du système universitaire, qui fut mis sur la sellette par le comité permanent de L'ANP. Victime d'un des taux de satisfaction les plus faibles de tout l'histoire de l'Assemblée Nationale, qui reflétait la grogne des parents d'élèves, il perdit son poste trois années avant la date normale de sa mise à la retraite. Depuis, la question de l'éducation publique revient périodiquement dans les interventions publiques des dirigeants chinois. Déjà évoquée lors du discours du nouvel an, il y a un mois, elle sera encore l'un des thèmes majeurs de la session de l'ANP.</p> <p class="spip">Enfin, on ne peut nier que les profondes modifications en cours dans les rapports entre le pouvoir et la société, rendue plus réactive par les nouveaux moyens de communication et d'information, sont en train de transformer le climat général de cette grand-messe annuelle. Ces nouvelles circonstances favorisent l'éclosion de contestations, encore encouragées par les fréquents rappels à l'ordre des grandes académies, et l'émergence d'une presse, dont la liberté de parole s'élargit, au moins sur les grands sujets de société, en dépit des reprises en main régulières. Ainsi, le secret des délibérations gouvernementales, étroitement surveillées par le Comité Permanent du Bureau Politique, est-il placé sous un faisceau de pressions nouvelles, dont le pouvoir, soucieux de légitimité, s'efforce de tenir compte, en veillant toutefois à ne pas fragiliser son magistère.</p> <p class="spip">Le dernier exemple de cette interaction, qui pousse le régime à réagir, il est vrai dans les limites tracées par la sensibilité politique du sujet, est la controverse sur la question du Hukou, en amont de l'ouverture de la session. Voilà bien longtemps que ce certificat de résidence qui, par crainte d'un exode rural massif, bride la mobilité de la population chinoise, concentre les critiques des experts et des quelques responsables du Parti, qui le désignent comme le principal responsable de la paupérisation des migrants, privés de soins gratuits tout autant que de pension de retraite et accablés par des frais de scolarité bien plus lourds que ceux des sédentaires.</p> <p class="spip">Le 1er mars, 4 jours avant l'ouverture de la session de l'ANP, dans un mouvement coordonné jamais observé auparavant, au point qu'on peut se demander s'il n'est pas l'effet d'une manipulation des querelles de succession, 13 journaux édités en province ou à Pékin, publièrent le même éditorial réclamant la réforme du Hukou : « Nous croyons que les hommes naissent libres et qu'ils devraient avoir le droit de se déplacer librement. Mais les mouvements de la population sont encore handicapés par les mauvaises politiques aujourd'hui inadaptées, qui datent du temps de l'économie planifiée ».</p> <p class="spip">A côté de la mobilisation inédite de la presse, qui fut peut-être manipulée par une fronde politique, on observe également l'effervescence du Net, où les internautes critiquent l'état du pays sur les forums du Quotidien du Peuple. Wen Jiabao lui-même y a d'ailleurs passé plusieurs heures avant l'ouverture de la session, répondant aux abonnés. Un moyen bien plus efficace que l'exercice compassé de l'ANP permettant de mesurer l'état de l'opinion et peut-être de canaliser les frustrations.</p> <p class="spip">Trois sujets revenaient souvent : la spéculation immobilière, qui fait flamber les prix des appartements au détriment de la nouvelle classe moyenne, la corruption des cadres qui sape la confiance du peuple dans l'administration et les élites, et le fossé grandissant entre les campagnes et les villes, qui menace la stabilité sociale, dans un contexte difficile où l'écart des revenus de 1 à 3, n'a jamais été aussi fort depuis trente ans. Parallèlement les adeptes des forums, spécialistes de l'irrévérence, ne se sont pas privés de critiquer les délégués, accusés de se contenter de sourire béatement sans rien dire : « xiao er bu yu ».</p> <p class="spip">C'est dans cette ambiance marquée par la modification des rapports entre la société et le pouvoir, où la session annuelle de l'ANP paraît, par contraste, plus compassée que jamais, dans un contexte où les frustrations semblent se fédérer par le truchement du net et par le biais d'une nouvelle presse, dont les affinités contestataires, encouragées par les enquêtes d'experts et peut-être par une fronde politique, se sont rejointes dans un éditorial publié le même jour dans treize journaux, que le Premier Ministre a prononcé son discours fleuve sur la politique de son gouvernement.</p> <p class="spip">Privilégiant comme toujours la vigilance, laissant parfois percer une tension inquiète, qui fait partie de son style, il a développé trois grand thèmes, après la longue liste obligée des succès et des efforts consentis par le gouvernement - performances de l'économie, aide à la consommation intérieure, politiques sociales, aides aux personnes âgées, aux paysans, aux migrants, aux sinistrés du séisme de Wenchuan, programmes de santé et d'éducation, lutte contre la corruption, construction d'infrastructures, appui aux technologies nouvelles, lutte contre la pollution -.</p> <p class="spip">Le premier thème, de nature macroéconomique, laissait transparaître la contradiction entre d'une part le souci de ne pas favoriser les bulles spéculatives, l'inflation, la surproduction et les mauvaises créances des banques, et d'autre part celui de maintenir la croissance à un bon niveau par une stimulation financière contrôlée. En somme maintenir l'élan de 2009, en évitant l'emballement. S'il est vrai que Wen Jiabao n'a pas éludé les soucis d'environnement, cette partie a cependant clairement montré que la poursuite de la croissance à un bon niveau était un des soucis majeurs de l'équipe actuelle.</p> <p class="spip">Le deuxième thème, plus politique, était consacré aux efforts sociaux et éducatifs, image de marque du tandem Hu et Wen, dont l'ambition est de faire naître une société « harmonieuse au confort modeste » - xiaokang - idée confucéenne d'une société apaisée, dont la stabilité reposerait sur la modicité des besoins et des moyens. A cet égard il a promis de lutter avec détermination pour combattre la corruption et rééquilibrer les revenus des villes et des campagnes, réformer le système du Hukou dans les petites villes (première réponse limitée à l'éditorial commun du 1er mars), et relever le niveau des universités provinciales, toujours sous le feu des critiques.</p> <p class="spip">Le troisième thème, aujourd'hui le plus sensible, renvoyait aux soucis du pouvoir après les effervescences ethniques au Tibet et au Xinjiang. Il a donné lieu à un long développement assez vague sur la priorité que l'Etat donnait à la préservation de « l'héritage culturel des minorités et à la protection de leur écosystème », sous la bannière unique du Parti, sans cependant entrer dans le détail des politiques culturelles qui permettraient d'y parvenir.</p> <p class="spip">C'est ce passage du discours, associé plus loin à la question de Taiwan qui a fourni le prétexte d'un des rares développements sur les relations extérieures par Li Zhaoxing, ancien ambassadeur à Washington, puis ministre des Affaires étrangères, aujourd'hui porte parole de l'ANP, à qui revient désormais la charge de répondre aux questions de la conférence de presse.</p> <p class="spip">Li Zhaoxing, très à l'aise dans l'exercice, bien moins compassé que beaucoup de ses collègues, répondait à une question d'un journaliste occidental sur les tensions entre la Chine et l'Occident. Rappelant la vieille histoire du paysan chinois qui, à force de craindre que le ciel ne lui tombe sur la tête, avait fini par s'attirer les pires malheurs, l'ancien ministre est revenu sur une des positions traditionnelles et immuables du Waijiaobu : Il n'y a pas lieu de craindre que les tensions s'enveniment, pour peu que chacun s'occupe de ses affaires et ne vienne pas se mêler de celles des autres.</p> <p class="spip">On ne peut mieux dire. La Chine craint par-dessus tout les interférences extérieures dans ses problèmes internes à la fois politiques, sociaux et ethniques, qui, comme le souligne la session de l'ANP et le contexte dans lequel elle baigne, ne sont pas minces. Surtout s'ils sont instrumentalisés par les querelles de succession qui redoubleront à l'approche du 18e Congrès.</p> text/html fr Société civile et internet http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2591 2010-01-25T10:26:00Z Société <p class="spip"> Le pouvoir chinois tente à la fois de contrôler le net et s'efforce de l'utiliser à son profit. En même temps, de simples citoyens deviennent célèbres en l'espace de quelques jours, grâce à Internet. Il arrive que leur notoriété se construise autour de conflits avec des représentants de la force publique peu soucieux d'éthique ou avec la nébuleuse bureaucratique corrompue, alliée aux hommes d'affaires peu scrupuleux.</p> <p class="spip">Dans ce pays où la méfiance et les ressentiments contre l'administration sont une seconde nature, ces épisodes, parfois dramatiques, font entrer le net en effervescence. Ils renvoient aux innombrables histoires populaires, où des bandits au grand cœur viennent au secours des opprimés. Plusieurs incidents illustrent cette tendance qui démontre la redoutable capacité de mobilisation d'Internet.</p> <p class="spip">En mai 2009, un internaute obtint la relaxe d'une femme du nom de Deng Yujiao, accusée du meurtre d'un cadre du parti dans un hôtel de Xiongfeng dans la province du Hubei, alors qu'en réalité elle se défendait contre une tentative de viol. Après d'incessantes protestations des internautes et plusieurs pétitions mises en ligne, le procureur accepta de libérer la dame. Un autre fonctionnaire, impliqué dans la tentative de viol fut démis de ses fonctions, également sous la pression des internautes.</p> <p class="spip">En octobre dernier, Sun Zhongjie, chauffeur dans une société de Shanghaï, a, grâce à sa détermination exprimée de façon radicale sur Internet, obtenu gain de cause, dans une affaire où des policiers peu scrupuleux avaient monté une mise en scène pour lui extorquer de l'argent. Alors qu'il avait pris un auto-stoppeur de connivence avec des agents véreux, il fut arrêté, accusé de conduire un taxi sans licence et puni d'une amende de 10 000 Yuan.</p> <p class="spip">Convaincu d'avoir été piégé, il se coupa le petit doigt de la main gauche puis posta l'affaire sur Internet avec l'aide d'un journaliste. L'incident fit grand bruit dans tout le pays et occupa, pendant un temps, la une des grands médias nationaux. Après une considérable pression de dizaines de milliers d'internautes intervenant dans les discussions en ligne, la mairie du district de Pudong convoqua la presse pour présenter ses excuses, après avoir concédé que les preuves de la culpabilité de Sun n'étaient pas établies.</p> <p class="spip">En novembre 2009, les internautes entrèrent en ébullition à la nouvelle de l'immolation par le feu de Tang Fuzhen, une citoyenne de Chengdu désespérée après que tous les recours pour éviter l'expropriation et la destruction de sa maison aient échoué. L'incident provoqua une vive émotion relayée par le net dans toute la Chine. Peu après, une requête de 5 professeurs de droit de l'université de Pékin incita le gouvernement à amender la loi sur les évictions.</p> <p class="spip">Mais il arrive que les fonctionnaires eux-mêmes utilisent le web pour dénoncer les abus de leurs collègues. En février 2009, Wu Hao, vice-directeur de la propagande du Yunnan, qui anime lui-même un blog lu par des dizaines de milliers d'internautes, posta une requête sur le site officiel du gouvernement de la province pour demander à ses fans de l'aider à élucider le cas du décès suspect d'un prisonnier mort d'une blessure à la tête. Alors que la police locale prétendait qu'il s'agissait d'un accident, une enquête ouverte sous la pression des forums de discussions, établit la responsabilité des gardiens restés inertes devant une rixe de prisonniers qui couta la vie au malheureux. Après quoi le bureau de la sécurité publique du Yunnan présenta des excuses publiques à la famille de la victime.</p> <p class="spip">On n'a pas fini d'analyser les implications sociopolitiques du phénomène Internet en Chine qui compte plus de 360 millions d'usagers. A la fois vecteur d'une nouvelle liberté d'expression dans un pays où les contrôles restent encore très efficaces, et outil très performant de propagande utilisé par le pouvoir pour orienter l'opinion publique, ou même peser sur les relations extérieures de la Chine.</p> <p class="spip">En 2005, au plus fort d'une crise diplomatique entre Tokyo et Pékin, une campagne avait été organisée par des mouvements nationalistes chinois pour s'opposer à l'attribution au Japon d'un siège permanent au Conseil de Sécurité. 48 millions de signatures avaient été recueillies en ligne et envoyées au siège des NU à New-York. En 2008, un mouvement de boycott des magasins Carrefour avait mis en ligne les adresses des supermarchés pour inciter les internautes à manifester contre la marque française. La même année, le web chinois s'était enflammé autour d'une campagne anti-CNN qui recueillit un considérable succès en ligne. Dans un registre moins controversé, il arrive fréquemment que les autorités d'un ministère sondent l'opinion par le moyen du net avant de décider d'une réforme sociale.</p> <p class="spip">Dans « The power of Internet in China », publié en juin 2009, Yang Guobin, professeur et chercheur au département de cultures asiatiques de l'Université de Columbia, explique que l'Internet a révolutionné l'expression populaire et permis aux internautes d'organiser des protestations d'une ampleur inédite depuis 1989. Le Web, dit-il, est un lieu de créativité, de contacts communautaires, d'échanges et de concertations, mais aussi de contestations, de conflits et de contrôle politique.</p> <p class="spip">Il ajoute que les mouvements de protestations en ligne, dont l'analyse occupe une part importante de l'ouvrage, puisent leur énergie et leur vitalité dans le télescopage entre le bouillonnement de la communication transnationale et la longue tradition rebelle de la société chinoise, dont l'expression est brimée depuis de longues années. Selon lui, les efforts de l'Etat pour les freiner n'ont abouti qu'à susciter une réactivité encore plus inventive et plus dynamique.</p> <p class="spip">Dans les quelques exemples cités plus haut, la mobilisation des internautes a permis de corriger les errements de cadres locaux et a même incité le pouvoir central à assouplir les modalités légales des expropriations. Le pouvoir, dont l'un des objectifs est précisément de mettre fin aux abus, laisse faire. Mais, inquiet des dérapages qui pourraient aussi menacer les plus hautes strates du régime, il resserre les contrôles, surveille les forums en ligne, tente de les influencer, bloque des recherches, surveille les cybercafés et ferme des sites.</p> <p class="spip">Dans les interstices laissés libres, les querelles sociales sont relayées par des internautes, dont certains se sont taillé une réputation dans la dénonciation des abus et la défense des opprimés. Journalistes, spécialistes du droit, activistes politiques, ils mettent en ligne les conflits, les tiennent à jour, et photos à l'appui, prennent fait et cause pour les victimes des abus en exprimant tout au long de l'affaire une jubilation protestataire contagieuse.</p> <p class="spip">Tous ces phénomènes ne font que s'amplifier depuis 1994, date de l'introduction d'Internet en Chine. Ils tirent partie de la redoutable fluidité du net, de son ubiquité et de sa capacité de mobilisation instantanée, et accompagnent, et parfois suscitent, de profonds changements dans les relations entre les différentes classes d'âge et contribuent à réduire les effets des cloisonnements sociaux et géographiques. Par-dessus tout, ils inventent un nouveau type de relations non institutionnelles, plus rapides, moins formelles, mais aussi plus volatiles et plus difficiles à encadrer juridiquement, entre la société chinoise et le pouvoir central.</p> text/html fr La bataille des véhicules électriques est lancée http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2602 2010-03-01T08:55:23Z Technologies <p class="spip"> A la fin février, SINOPEC, l'une des trois grandes sociétés pétrolières chinoises, a annoncé qu'elle allait participer à la création d'un réseau de stations services pour la recharge des batteries de véhicules électriques. Le premier pas est modeste puisqu'il s'agit, pour l'instant, d'une joint venture de 50 millions de Yuans (5,3 millions d'euros) avec Beijing Capital Scitech. Mais, selon le ministère des Sciences et des Technologies, la société SINOPEC allait, dans un avenir proche, être en mesure de proposer un maillage suffisamment dense de postes de charge, permettant l'utilisation à grande échelle de véhicules électriques à Pékin puis progressivement à Tianjin et dans toute la province de Hebei.</p> <p class="spip">Cette décision fait suite à la signature récente par SINOPEC d'un accord de partenariat avec la société automobile Beijing Automotive Industry Holding Corporation, dont le Directeur Général vient d'annoncer le lancement en 2010 de 500 taxis 100% électriques, ainsi que la mise en place d'un réseau de stations-services permettant d'assurer leur logistique.</p> <p class="spip">Il s'agit de la deuxième initiative par une société pétrolière chinoise dans le secteur des véhicules électriques. Il y a huit mois, CNOOC, avait déjà investi 5 milliards de Yuans (530 millions d'euros), dans une société de Tianjin fabriquant des batteries au lithium et principal fournisseur de Tianjing Qingyuan Electric Vehicle Co. Pour les acteurs de ce nouveau secteur, où les expériences sont pour l'instant limitées, le terrain est presque vierge, en Chine comme à l'étranger.</p> <p class="spip">A ce stade seuls deux exemples de stations-services existent à Shenzhen, où le réseau de distribution électrique du sud de la Chine, désigné comme opérateur pilote par le ministère des sciences et des technologies, a investi 20 millions de Yuans (2 million d'euros) pour 2 stations-services, comprenant chacune 9 unités de charge permettant la recharge simultanée de 18 véhicules électriques. D'après BYD, un des constructeurs automobile en pointe pour la propulsion électrique, la charge complète d'un véhicule pourrait être réalisée en deux heures, en mode rapide, pour une autonomie de 300 km. Pour la charge lente, qui nécessite 9 heures, il est envisagé de disséminer des unités de chargement sur les parkings.</p> <p class="spip">D'autres projets de ce type ont été lancés de par le monde. La ville de San Francisco annonce que 60 stations-services électriques seront disponibles à la fin 2010, et un millier en 2011. Un réseau d'une dizaine de milliers de stations devrait couvrir les Etats-Unis d'ici 2011. La société BYD lorgne ce marché et espère être le premier constructeur chinois à commercialiser un véhicule électrique aux Etats-Unis. Mais les latences logistiques liées à la mise en place des réseaux de recharge, le prix des batteries rechargeables (8000 euros/pièce) et celui des unités de rechargement (700 euros/pièce) en même temps que la consommation - un véhicule électrique pourrait consommer deux à trois fois plus d'électricité qu'un foyer normal -, pourraient, pour l'heure, constituer les principales limites de cette nouvelle technologie, sur laquelle beaucoup semblent miser dans le secteur automobile, comme dans celui des énergies propres.</p> text/html fr Ventes d'armes à Taïwan. Tensions sino-américaines http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2594 2010-02-02T09:38:48Z Taiwan <p class="spip"> Le vendredi 29 janvier de Département d'Etat américain a notifié au Congrès, qui doit encore l'approuver, une nouvelle vente d'équipements militaires à Taiwan, pour une valeur totale de 6,4 milliards de dollars. La décision de Washington, qui figure parmi les plus importants contrats d'armement jamais concédés à Taïwan, intervient à peine plus d'un an après deux autres contrats signés en 2008 par l'administration Bush en fin de mandat, pour une somme totale de 5,1 milliards de $.</p> <p class="spip">Le lot comprend 60 hélicoptères multi rôles Black Hawk 60 M BH, dotés d'une avionique sophistiquée, également commandés par l'armée américaine en 2007 et livrables en 2009 et 2010. 114 batteries de missiles anti-missiles PAC 3, aux performances améliorées, mis en service en 2003, en dépit d'une série de tests pas tous très probants, au cours de l'année 2002. Employé pour la première fois contre l'Irak, cet équipement antibalistique est doté d'un système anti brouillage et d'un radar de recherche, d'identification et de tir d'une portée de 100 km.</p> <p class="spip">A cette liste s'ajoutent 2 bâtiments chasseurs de mines de la classe OSPREY, désarmés par la marine américaine en 2006 et 2007, reconstruits et équipés d'un sonar moderne à haute définition et d'un robot sous-marin télécommandé pour la neutralisation des mines en surface et en profondeur. 12 missiles Harpoon antinavires équipés d'un radar autodirecteur et 25 systèmes intégrés de transmission et de commandement.</p> <p class="spip">A Taiwan, le bureau des affaires chinoises appelle depuis une semaine la Chine à démanteler le millier de missiles à moyenne portée braqués sur l'Ile, tandis que Ma Ying Jeou affirme que le renforcement de la défense de l'Ile augmentera la confiance des Taïwanais dans le processus d'apaisement et de rapprochement avec la Grande Terre. Le Département d'Etat américain tient un discours similaire et rappelle que le Taiwan Relations Act de 1979 (adopté par le Congrès l'année même de l'établissement des relations diplomatiques entre Pékin et Washington) oblige les Etats-Unis à livrer des armes défensives à l'Ile, capables de dissuader une agression chinoise.</p> <p class="spip">La Chine ne l'entend pas de cette oreille. Le 30 janvier, l'ambassadeur des Etats-Unis Jon Huntsman a été convoqué au Waijiaobu pour s'entendre dire que « la vente d'armes à Taiwan était une grossière ingérence dans les affaires intérieures chinoises ; qu'elle menaçait la sécurité de la Chine, compromettait gravement les efforts de réunification pacifique de Pékin et mettait sérieusement en danger les relations sino-américaines ».</p> <p class="spip">Immédiatement après, Pékin a annoncé quelques mesures de rétorsion, allant de l'annulation attendue des rencontres militaires bilatérales prévues pour 2010, à - et c'est nouveau - des représailles ciblées contre les sociétés américaines en Chine, impliquées dans la vente des armes à Taiwan, mais dont l'identité n'a pas été dévoilée officiellement. Même si elle est difficile à mettre en œuvre du fait des implications en retour pour l'industrie aérospatiale chinoise, la mesure - que Pékin justifiera à l'OMC en évoquant des impératifs de sécurité nationale - est suffisamment crédible pour générer des inquiétudes chez Lockheed Martin et Boeing.</p> <p class="spip">Depuis 1990 les Etats-Unis ont vendu plus de 25 milliards de $ d'équipements militaires à Taiwan, ce qui correspond environ à trois années de budget de la défense de l'Ile. S'il était approuvé par le Congrès le contrat en cours serait l'un des plus importants jamais signé avec Taipeh. Les autres années fastes pour l'industrie d'armement américaine ont été, dans l'ordre d'importance 1992 : 150 chasseurs F16 (5,8 milliards de $) et 3 systèmes anti-aériens Patriot (1,3 milliards $) ; 2008 : 330 systèmes Patriot Pac-3 (3,1 milliards de $) et 30 hélicoptères d'attaque Apach Longbow (2,5 milliards) ; 2007 : 12 avions de patrouille maritime P3-C Orion (1,9 milliards de $) et 2 systèmes antiaériens Patriot (939 millions de $).</p> <p class="spip">Le dessous des cartes de ces contrats a parfois été tendu. Dans les années de la présidence de l'indépendantiste Chen Shui Bian (2000 - 2008), les rivalités politiques entre le KMT et le DDP avait paradoxalement induit de nombreuses hésitations et coupes sombres dans les budgets d'équipements malmenés par les élites, incapables de trouver un accord, au grand agacement de Washington. Ces blocages expliquent l'importance des contrats de 2008, comportant notamment des hélicoptères d'attaque, rattrapage autorisé par un retour du consensus sur les budgets après l'élection de Ma Ying Jeou. Aujourd'hui c'est au tour des militaires taïwanais d'être frustrés, puisqu'au moins deux des équipements majeurs qu'ils attendaient (60 Chasseurs F 16 et une assistance technique pour la construction de sous-marins) ne font pas partie du lot d'équipements soumis à l'approbation du Congrès.</p> <p class="spip">A Washington, on veut croire que l'impasse faite sur ces deux besoins majeurs exprimés par l'Etat-major taïwanais (les chasseurs F16 taïwanais auront bientôt 20 ans d'âge) et le fait que les équipements vendus n'ont pas de capacité d'agression, atténuera la fureur de Pékin. Mais il est possible que les turbulences dans la relation avec Washington, crées par ce contrat durent plus longtemps que celles qui avaient entouré les dernières ventes d'armes. Après les contrats massifs de 2008, les relations avaient repris dès juillet 2009, il est vrai au milieu de solides méfiances réciproques.</p> <p class="spip">Mais aujourd'hui, le retour à la normale sera peut-être plus long du fait, non seulement de la nouvelle assurance de la Chine, portée par sa formidable capacité financière, vecteur de son influence dans le tiers-monde et dans les autres pays émergents, mais également de l'accumulation de contentieux commerciaux politiques et stratégiques qui vont des différends sur la question climatique, aux tensions autour de l'affaire Google aggravée par l'intrusion des hackers chinois dans les boîtes gmail des dissidents, en passant par la condamnation de Liu Xiao Bao, la situation au Xinjiang et au Tibet, la rencontre prochaine du Président Obama avec le Dalaï Lama, sans oublier le récent durcissement de la Maison Blanche, qui stigmatise la faible coopération chinoise sur le dossier iranien.</p> text/html fr Han Han, le provocateur http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2593 2010-01-27T14:27:27Z Chronique <p class="spip"> Toute la classe moyenne chinoise et les 380 millions d'abonnés à Internet connaissent Han Han, jeune écrivain provocateur, pilote de rallye amateur, vainqueur du championnat de Chine des rallyes en 2007 et « blogueur » à succès (200 millions de visites depuis la création de son site en 2006).</p> <p class="spip">« Provocateur » est peut-être bien le qualificatif qui caractérise le mieux ce jeune homme de 27 ans, fils d'un éditeur de Shanghai, dont les études se sont arrêtées au Lycée, avec la bénédiction des parents, moins angoissés que leurs pairs pour l'avenir de leur progéniture. Récemment, à la fin d'un rallye automobile, auquel il avait pris part sur un circuit de la banlieue de Shanghai, il défila en combinaison de pilote devant la tribune officielle en adressant ostensiblement un doigt d'honneur au jury.</p> <p class="spip">En dépit de la pénalité qui lui a été infligée, il jubile : « j'aurais bien voulu en faire deux, (un avec chaque main, NDLR), mais j'avais justement un coup de fil à donner ». Il a continué ses diatribes sur son blog « ce sont des amateurs, incapables de faire respecter leurs propres règles qui interdisent les reconnaissances avant la course ». Interrogé sur l'impact que son geste obscène pourrait avoir sur la société, il répond, sarcastique, « les seuls dont je me soucie sont les enfants, mais je suppose que la censure anti-pornographique (« le grand barrage vert », NDLR) imposée sur Internet les en aura protégés ». </p> <p class="spip">Le premier de ses 14 romans, « la triple porte » (San Zhong Men), a été publié en 2000 et est devenu un best-seller vendu à un million d'exemplaires. Il avait 17 ans. Il y décrit le malaise des adolescents au lycée et développe une critique acerbe et iconoclaste du système éducatif chinois, allant jusqu'à traiter de prostituées les professeurs qui « vendent » les heures supplémentaires et acceptent des pots de vin. Mais écrit-il, « les prostituées gagnent leur argent en procurant du plaisir à leurs clients, tandis que les professeurs, même s'ils sont plus cultivés, les ennuient ».</p> <p class="spip">Lorsqu'en février 2009 un feu d'artifice, tiré imprudemment par la Direction, a mis le feu à l'immeuble de CCTV dans le quartier Est de Pékin, les réflexions sur son blog ont mis le net chinois en ébullition et déclenché une réaction immédiate de la censure qui a fait disparaître ses commentaires. Mais c'était trop tard. Ils avaient déjà fait le tour de la Chine comme une trainée de poudre : « il y a un sérieux problème, dont le gouvernement devrait se préoccuper. Ses truchements ont esquinté l'image de ceux qui se disent leurs maîtres. Même quand ils disent la vérité, elle paraît trafiquée. La jeune génération, qui gagne en maturité, tournera de plus en plus en ridicule tout ce que les médias nationaux produiront. Ne soyez pas surpris s'ils (les médias) sont constamment dépassés par les événements ».</p> <p class="spip">Interrogé sur les raisons du refus opposé par les autorités à son projet de création d'un magazine littéraire au titre éloquent « Renaissance de l'Art et de la Littérature », il s'étonne : « Ils ont l'esprit confus. Personne ne sait ce qu'ils pensent ».</p> <p class="spip">Mais on aurait tort de croire que Han Han est un écervelé superficiel. Ses réflexions sur la vie, le travail, ou le bonheur sont étonnement matures et tranchent avec le matérialisme ambiant : « la popularité ne dure pas si vous n'êtes pas vertueux », ou « la réussite et le bonheur c'est être au bon endroit, à faire ce qu'on sait faire avec la bonne personne ». Lors du tremblement de terre du Sichuan en mars 2008, il s'est rendu sur place incognito pour participer aux secours et distribuer des vêtements collectés par lui et ses amis. Peu après, sur son blog, il n'hésitait pas à prendre la défense de Sharon Stone, insultée par des milliers d'internautes chinois pour avoir lié le tremblement de terre au « karma », et incitait ses compatriotes, qui le prirent également pour cible, à s'intéresser aux « vrais problèmes, comme celui des constructions trop fragiles construite en béton frelaté (ciment dofu) et trop vite effondrées lors du sinistre.</p> <p class="spip">Accepté par ses fans et plusieurs de ses pairs écrivains comme un critique des pouvoirs publics, qui dose habilement ses diatribes pour éviter de se faire épingler par les autorités, il est aussi reconnu par la génération des écrivains plus anciens et la presse contestataire en vogue. Ai Wei Wei, artiste et activiste des droits de l'homme, 52 ans, dit de lui qu'il a l'esprit clair, et qu'il est dynamique et plein d'humour : « il sera le fossoyeur des écrivains de la vieille garde ».</p> <p class="spip">L'hebdomadaire Xin Zhoukan de Canton juge sa pensée « juste et ordonnée » et le désigne comme l'espoir de la génération née après l'ouverture de la Chine, dont on considère en général qu'elle est gâtée, égoïste et socialement irresponsable.</p> <p class="spip">Ces commentaires élogieux, dont certain vont jusqu'à comparer Han Han à Lu Xun (excusez du peu) et à en faire l'écrivain moderne le plus célèbre de Chine, contredisent les appréciations plus critiques et bien sévères de Lynda Liu, professeur de littérature chinoise à l'université de Columbia : « ses rebellions calculées n'expriment que la connivence non dite entre le pouvoir communiste et la jeune génération : - laissez nous nous amuser et nous ne remettrons pas en cause votre pouvoir -. Il s'est taillé une réputation de critique brutal du gouvernement et des pouvoirs en place. Mais en réalité il n'en est rien. Il participe au contraire à la canalisation des jeunes énergies vers la société de consommation. La langue et le style de ses œuvres, comme les histoires qu'il raconte, sont très faciles à lire. En gros c'est toujours le même livre ».</p> <p class="spip">Attendons de voir. Et à cette appréciation, peut-être un peu trop cinglante, préférons pour l'instant celle d'une jeune auteur de nouvelles, Zhang Yueran, de la même génération que Han Han : « le succès et la fortune n'ont pas altéré son honnêteté ni la précision de ses critiques. Pour moi, il est comme l'enfant dans « Les habits neufs de l'Empereur », dont la réflexion provocante - le Roi est nu - nous empêche d'être trop satisfaits de nous-mêmes ».</p> text/html fr Déclaration de Lodi Gyari http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2596 2010-02-04T16:43:40Z Lectures et opinions <p class="spip"> « L'interview parue dans les media chinois de Zhu Weiqun, le vice-ministre du Département du travail de Front Uni (UFWD) du comité central du Parti communiste chinois (PCC), le 8 décembre 2009, sur l'état de notre dialogue a été portée à ma connaissance.</p> <p class="spip">Nous sommes actuellement en pleine discussion avec les autorités chinoises au sujet de notre prochaine rencontre ; le moment et le contenu de cette interview me laissent perplexe. D'après ce que je constate, les autorités chinoises sont autant désireuses que nous de poursuivre les discussions, dont nous espérons qu'elles finiront par mener à une solution négociée et mutuellement bénéfique à la question tibétaine.</p> <p class="spip">Lors de notre cinquième série de pourparlers en février 2006, les Chinois ont clairement exprimé une appréciation de la position de Sa Sainteté le Dalaï-Lama ne recherchant pas l'indépendance du Tibet et à trouver une solution dans le cadre de la constitution de la République Populaire de Chine.</p> <p class="spip">La retranscription tibétaine de l'enregistrement de cette rencontre démontre que les Chinois ont qualifié la position de Sa Sainteté de « Tamsangpo » (bonne nouvelle ou nouvelle bienvenue). On peut lire : « C'est une bonne nouvelle que [le Dalaï-Lama] fasse un geste en disant qu'il souhaite résoudre le problème dans le cadre de la constitution de la République Populaire de Chine ». Nous avons considéré cela comme un progrès modeste, mais significatif dans l'avancement de nos pourparlers avec nos homologues.</p> <p class="spip">Nous avons eu l'impression que, pour la première fois, les Chinois enregistraient et prenaient bonne note de la position de Sa Sainteté qui cherche à trouver une solution acceptable par les deux parties. Nous avons souligné l'aspect positif de l'avancement de nos pourparlers et il s'agissait là d'un développement du côté chinois ces cinq dernières années, depuis la reprise de contact en 2002. C'est cet esprit que nous avons transmis à Sa Sainteté le Dalaï-Lama à notre retour à Dharamsala.</p> <p class="spip">Au même moment, les Chinois avaient attiré notre attention sur divers sujets devant être résolus. De notre côté, nous avons affirmé la volonté de Sa Sainteté le Dalaï-Lama de résoudre toutes ces questions dans une déclaration. Nous avons même proposé des consultations concernant la formulation d'une telle déclaration afin de présenter les pourparlers comme une percée. Les Chinois n'ont pas répondu à notre initiative. Au lieu de cela, à partir de mai 2006, les autorités se sont mises à intensifier des campagnes au Tibet, notamment le lancement de la campagne de rééducation patriotique. La personne de Sa Sainteté le Dalaï-Lama n'a cessé d'être vilipendée et les activités religieuses de la population ont été restreintes.</p> <p class="spip">Suite aux manifestations dans les zones tibétaines en 2008, nous avons mené deux séries de pourparlers avec les dirigeants chinois. Lors de la série de pourparlers la plus récente, la huitième, qui s'est tenue en novembre 2008, nous avons présenté un mémorandum sur une autonomie véritable pour les Tibétains, qui définit clairement les besoins fondamentaux du peuple tibétain, pouvant être satisfaits, même dans le cadre de la constitution actuelle de la République Populaire de Chine.</p> <p class="spip">Le rejet catégorique du mémorandum par les Chinois, sans même en avoir examiné les nombreux points qui y sont développés, n'a laissé aucune latitude pour des contacts ultérieurs. Néanmoins, Sa Sainteté le Dalaï-Lama a poursuivi son engagement dans le processus de dialogue et a imprimé sur nous la nécessité de progresser par étapes pour inviter à nouveau les autorités chinoises à nous rejoindre sur le sujet.</p> <p class="spip">Jusqu'à présent, toutes les avancées positives du dialogue ont été à notre initiative. C'est à notre initiative que le contact a été rétabli et poursuivi depuis 2002. C'est chaque fois notre initiative qui a entamé le processus des pourparlers.</p> <p class="spip">La rencontre de février 2006 n'a pas été la seule occasion où les Chinois ont évolué positivement dans l'appréciation de la position de Sa Sainteté. Au cours de la réunion informelle de Shenzhen en mai 2008, les Chinois ont avancé « les trois proscriptions » (proscription des activités séparatistes, de la violence et du sabotage des Jeux Olympiques). Comme nous avons rejeté ces accusations, les Chinois ont, lors de la rencontre suivante, la 7e , en juillet 2008, fait état des « quatre Non Assistance » ( : non assistance aux activités perturbant les Jeux Olympique, aux activités criminelles violentes, aux activités terroristes, et aux activités visant l'indépendance du Tibet. Cette modification avait pour but, selon la partie chinoise, de prendre acte du fait que Sa Sainteté n'était pas concernée par les activités mentionnées dans les « trois proscriptions » - dont l'une touchait à l'indépendance -. Par conséquent, passer de « trois proscriptions » à « quatre non assistance » était une indication que les dirigeants chinois reconnaissaient que Sa Sainteté n'était pas mêlée à des activités visant à l'indépendance du Tibet.</p> <p class="spip">Les déclarations récentes en provenance de Pékin me rappellent le conseil que m'avait donné un professeur chinois, impliqué dans la question tibétaine pendant de longues années au service du gouvernement. Il me dit que nous ne devions pas attendre des autorités chinoises qu'elles aient le courage politique d'ôter le chapeau du séparatisme de la tête de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, alors même qu'elles ont pleinement conscience qu'il ne milite pas dans ce sens. Il ajouta que si les Chinois lui ôtaient ce chapeau, ils ne pourraient alors plus justifier les politiques actuelles en vigueur au Tibet auprès du peuple chinois, ni leur obstruction au retour de Sa Sainteté le Dalaï-Lama au Tibet.</p> <p class="spip">Souvent ce sont les Chinois qui nous mettaient eux-mêmes en garde contre des négociations médiatisées. Ils soutenaient qu'il fallait traiter directement avec eux, face-à-face. Mais nous voyons bien qu'ils dressent sans cesse davantage d'obstacles, dont ils font part aux médias à travers des interviews soigneusement sélectionnées. Lors de notre septième série de pourparlers, en juillet 2008, les Chinois considéraient les « quatre non assistance » comme une évolution positive par rapport aux « trois proscriptions ». Pourtant, après notre rencontre et avant même que nous n'ayons pu retourner en Inde pour rendre compte à Sa Sainteté le Dalaï-Lama, ils se sont exprimés dans les media et ont présenté leur position de manière très négative.</p> <p class="spip">Nous considérons que si les Chinois sont véritablement sérieux dans leur désir de prendre en compte des doléances des Tibétains et de leur octroyer les droits garantis par la constitution chinoise aux minorités, les négociations devraient se dérouler par le canal officiel des pourparlers et autour d'une table. Sa Sainteté le Dalai-Lama est toujours engagé dans le processus de dialogue et nous sommes plus que jamais prêts à poursuivre les discussions.</p> <p class="spip">Washington, D.C, le 10 décembre 2009 »</p> text/html fr Au bord de l'eau http://www.questionchine.net/article.php3?id_article=2582 2009-12-08T18:27:54Z Album <p class="spip"> Il y a deux personnages dans ce spectacle chinois, un livre et une école.</p> <p class="spip">Le livre s'appelle Au bord de l'eau, l'histoire de 108 bandits d'honneur qui firent trembler l'Empire Céleste. Il fallut près de trois siècles pour arriver à la version parfaite de ce roman. Il a eu au moins un milliard de lecteurs et qui sait combien en connaissent les meilleurs épisodes grâce aussi aux conteurs, aux marionnettes, à l'opéra, à la télévision, au cinéma, à la BD, aux jeux vidéos. En France, le roman est en livre de poche et la traduction de Jacques Dars est incroyable. C'est la Chine de la dynastie des Song qui s'achève au XIIe siècle, une société brillante que découvrira dans peu de temps un certain Marco Polo. Mais ce sera déjà la dynastie Yuan des Mongols et d'ailleurs le livre naîtra à ce moment-là.</p> <p class="spip">L'École est unique au monde, c'est la plus célèbre École d'Opéra de Pékin qui viendra pour la troisième fois à la MC93. On apprend dans cette école, outre l'acrobatie et toutes sortes de sauts, une des gestuelles les plus difficiles au monde avec un langage des mains, des yeux, des pieds et du corps de plusieurs milliers de signes. On y apprend des maquillages extravagants pour aller avec un art du costume tout aussi fou. C'est un art sublime mais fragile que la modernité menace, et les élèves de l'Ecole d'Opéra de Pékin, sont quelque part aussi des héros d'aujourd'hui.</p> <p class="spip">Le livre et l'École, n'est-ce pas là le plus beau des programmes ?</p> <hr class="spip" /> <p class="spip">Renseignements pratiques :</p> <p class="spip"><i class="spip">Spectacle en chinois surtitré en français</i></p> <p class="spip"><strong class="spip">THÉÂTRE / SALLE OLEG EFREMOV</strong> <br /><i class="spip">CRÉATION</i></p> <p class="spip"><strong class="spip">DU 8 AU 24 JANVIER 2010 à 20h30</strong> <br />sauf mercredi 20 janvier à 14h30, dimanches 10, 17, 24 et samedi 23 janvier à 15h30. <br />Relâche lundis 11 et 18 janvier et mardi 12 janvier.</p> <p class="spip"><strong class="spip">Réservations</strong> <br />01 41 60 72 72 / <a href="http://www.mc93.com" class="spip_out">mc93.com</a> <br /><a href="http://www.fnac.com" class="spip_out">Fnac.com</a> / 0 892 68 36 22 (0,34 € TTC/mn) <br />Tarif plein 25 € - tarifs réduits de 9 à 17 € <br /><strong class="spip">Tarif préférentiel de 15€ au lieu de 25€ accordé aux lecteurs de Question Chine sur présentation de cette page</strong> (imprimez une capture d'écran ou la version PDF de cet article en cliquant sur "Voir l'article en PDF" en bas de page).</p> <p class="spip">MC93 Bobigny - Direction Patrick Sommier <br />1 Bd Lénine 93000 Bobigny - Métro Bobigny Pablo Picasso</p> <div class='spip_documents spip_documents_center' ><img src='IMG/jpg/opera.jpg' width='475' height='676' style='border-width: 0px;' alt="(JPEG)" /></div> text/html fr