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Baisse massive de la pauvreté rurale. Réalité ou trompe l’œil ?

Le 16 novembre, le Conseil des Affaires d’Etat a, dans un livre blanc traitant de la lutte contre la pauvreté, publié des statistiques sociales qui méritent attention puisqu’elles traduisent une amélioration massive de la situation des ruraux que le gouvernement attribue à l’efficacité des politiques publiques (appui financier aux fermiers et suppression des taxes à la paysannerie, mise en place de la sécurité sociale, accès à l’eau courante, à l’électricité et aux transports).

Des statistiques flatteuses.

Selon ce document, la proportion des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté – récemment relevé de 865 RMB de revenus mensuels (100 €) à 1274 RMB (147 €) -, est en effet passée en 2010 de 10,2% de la population rurale (94 millions de personnes) à 2,8% (26,88 millions).

Ce bond spectaculaire à l’ampleur inédite est d’abord le résultat des augmentations de salaires en hausse moyenne de 15 à 20% depuis 2009. Dans un contexte, où le réservoir de main d’œuvre non qualifiée diminue, provoquant des pénuries qui poussent mécaniquement les rémunérations vers le haut, même les ouvriers non qualifiés ont vu leur condition s’améliorer.

La situation actuelle du marché de l’emploi non qualifié dans les zones urbaines est en effet inversée. L’époque où l’afflux de migrants créait un surplus de main d’œuvre et permettait aux employeurs de ne pas augmenter la masse salariale touche à sa fin. Une autre cause de l’amélioration de la condition rurale est l’exode vers les villes moyennes s’inscrivant dans la tendance en cours de l’urbanisation massive de la Chine.

Les experts chinois mettent en garde.

Mais Wang Sanggui, expert en développement rural à l’Université du Peuple de Pékin, met en garde contre un excès d’optimisme, soulignant que le taux d’inflation des denrées alimentaires, sous estimé dans les statistiques officielles, doit conduire à relativiser les progrès annoncés par le pouvoir.

Dans une déclaration répondant au Livre Blanc il explique en effet : « En dépit de la croissance économique, l’efficacité des politiques de réduction de la pauvreté reste aléatoire. Au cours des 20 à 30 années qui viennent elle baissera encore. A long terme, la manière la plus efficace d’éradiquer la pauvreté est d’augmenter les aides sociales et d’investir plus dans l’éducation et la santé ».

La remarque du professeur Wang rejoint celle d’autres intellectuels chinois qui remettent en question les choix stratégiques de développement faits par le régime, dont les investissements restent, en dépit des déclarations officielles, orientés vers les grands projets emblématiques, l’infrastructure et l’immobilier ; les services sociaux, l’éducation et la santé restant les parents pauvres.

Selon le magazine Caixin, dont la vision recoupe les observations de Wang Sanggui sur la rémanence des décalages de revenus et la persistance de la pauvreté réelle, la hausse des salaires reste partout très notablement inférieure à la croissance.

Une enquête menée dans les provinces du Jiangsu, Guangdong, Jilin, Hubei, et Sichuan, établit que le PNB nominal (non corrigé de la valeur de l’inflation) a en moyenne augmenté de plus de 18% en 2010, alors que les salaires n’ont suivi qu’avec retard. Celui des ouvriers non qualifiés n’a augmenté que de 12%, tandis que la hausse de la main d’œuvre spécialisée a été à peine plus élevée à 13,4%. Pour l’heure la masse salariale, même augmentée, ne compte que 1,5 à 1,7 % des coûts de production, dont la hausse en 2010 a essentiellement été due à la montée des prix de l’énergie et des matières premières.

Dans un article publié en août dernier, Andy Xie expliquait que les écarts persistants entre le PNB nominal et la hausse des salaires montraient que la bascule du schéma de développement, toujours propulsé par des investissements internes massifs et l’avantage comparatif des bas salaires favorisant l’export, n’avait pas encore commencé, essentiellement parce que le système s’y opposait.

Ces blocages qui entretiennent et même aggravent les écarts de revenus, annulent en partie les bienfaits sociaux de la hausse des salaires, dans un contexte encore marqué par une inflation persistante, où la hausse des prix alimentaires – premier poste de la consommation des ménages de condition moyenne et pauvre - s’établit à 14,8%, très nettement au dessus du chiffre officiel.


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