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›› Chronique

Chine – Etats-Unis. Espionnage et guerre secrète. Mythes et réalités

Selon le NYT, tout le réseau des espions et « honorables correspondants » de la CIA en Chine aurait été démantelé par les services chinois entre 2010 et 2012.


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Les relations sino-américaines viennent d’être soudain plongées dans les réminiscences de la guerre secrète et trouble de l’espionnage échappant au droit et à l’éthique où tous les coups sont permis et où parfois les responsables politiques se désolidarisent de leurs agents quand les choses tournent mal. Le 20 mai, un long article du New-York Times révélait qu’entre 2010 et 2012, le gouvernement chinois avait méthodiquement éliminé en Chine près d’une vingtaine de correspondants de la CIA emprisonnés ou assassinés.

Les éliminations eurent lieu il y a moins de dix ans, juste après les JO de 2008 et l’exposition universelle de Shanghai, au moment où commençaient à s’exacerber les tensions entre Washington et Pékin attisées par les différends en mer de Chine du sud. En fond de tableau pesait la « bascule stratégique » de Washington du théâtre européen vers le Pacifique occidental décidée par l’administration Obama à la fin 2011 et interprétée à Pékin comme un branlebas de combat américain pour faire obstacle à la montée en puissance de la Chine.

L’autre arrière plan, cette fois centré sur la situation intérieure chinoise, était la furieuse lutte de clans à la vieille du 18e Congrès où le pouvoir central chinois allait changer de mains [1] et dont les péripéties furent soudain projetés en pleine lumière de l’actualité internationale par l’affaire Bo Xilai (Lire Coup d’État à Pékin. Sexe, meurtre et corruption en Chine.)

L’article du NYT dévoile clairement les déboires de l’espionnage américain en Chine à la suite du démantèlement des réseaux de la CIA par la sécurité d’État chinoise [2]. La catastrophe fut ponctuée par les nouvelles répétées de la disparition soudaine des « honorables correspondants » dont l’un fut même, selon le journal, assassiné sous les yeux de ses collègues chinois à titre de mise en garde. Résultat : la séquence des éliminations systématiques a abouti à l’assèchement complet du flux d’informations venant de Chine. Une situation qui ne manqua pas de préoccuper la Maison Blanche.

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Mais les auteurs ne donnent pas d’indication claire sur les causes réelles du fiasco, se limitant aux informations ouvertes hésitant entre plusieurs thèses non exclusives les unes des autres : la compromission des codes secrets de communication par des hackers chinois ; le relâchement disciplinaire des agents de terrain ayant négligé les règles élémentaires des actions secrètes et, enfin, l’infiltration d’informateurs recrutés par la Chine au cœur du système américain.

Comme pour accréditer cette dernière thèse, le 29 mars dernier, le département de la justice américain annonçait qu’il avait arrêté la diplomate Candice Marie Clairborne, 60 ans, titulaire d’une habilitation « secret défense », pour avoir dissimulé des contacts avec deux agents secrets chinois et avoir caché qu’à plusieurs reprises, elle avait accepté leurs rétributions en argent liquide.

Les révélations du New-York Times touchent un nerf sensible du pouvoir chinois confronté depuis les origines aux défections et trahisons de nationaux dont les motivations vont de l’appât du gain à la déception politique en passant par la vengeance. Les félonies des Chinois recrutés dans leur pays par la CIA sont homothétiques de celles commises au profit de Pékin par des nationaux américains le plus souvent d’origine chinoise, mais pas toujours.

Espions, trahisons et défections.

Montage photo figurant l’énigme de la famille YU. Au centre le jeune frère Yu Zhengsheng, n°4 du Comité permanent. Au premier plan à gauche son frère aîné Yu Qiangsheng qui, en octobre 1985, fit défection vers les États-Unis par Hong Kong alors qu’il était haut fonctionnaire de la sécurité d’État.

Etrangement sa famille fut protégée en Chine grâce à l’entremise de Deng Xiaoping. La défection de Yu Qiangsheng a permis de mettre à jour l’agent double Larry Wi-Tai Chin. En décembre 2015, Smith l’ancien chef pour la Chine du contre espionnage du FBI a nié l’information que Yu aurait été assassiné par les services chinois. Selon Smith il aurait été recruté par la CIA et vivrait sous une autre identité aux États-Unis.


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L’actuel Comité Permanent est d’autant plus chatouilleux à l’évocation de ces questions qu’il compte en son sein, en la personne de Yu Zhengcheng, n°4 du régime, le frère de Yu Qiangsheng, lui-même chef de bureau à la sécurité d’État, qui fut l’un des plus célèbres transfuges chinois vers les États-Unis en 1985 et probablement assassiné par des agents chinois en Amérique Latine.

Les informations livrées avant sa mort aux services secrets américains par le frère aîné de l’actuel n°4 chinois avaient permis d’arrêter Larry Wu-Tai Chin (nom chinois 金 无 怠 - Jin Wu Dai). Employé pendant plus de 30 ans par les services américains, Chin avait été recruté en 1948 par les services chinois alors qu’il travaillait comme interprète durant la guerre de Corée et au consulat américain de Shanghai.

Engagé par les services d’informations et de propagande de la CIA, il obtint la nationalité américaine et fut muté au Pentagone où il avait accès aux rapports des agents de terrain en Chine dont il communiquait le contenu aux services chinois.

Parmi les autres informations transmises par Chin au cours de sa longue vie de très talentueux agent double, également marquée par une dépendance compulsive aux jeux d’argent et aux aventures féminines, figuraient notamment la liste des prisonniers chinois de la guerre de Corée et l’emplacement des camps d’internement américains.

Enfin, deux ans avant sa mise en œuvre, il révéla à Pékin la stratégie de Nixon pour normaliser ses relations avec la Chine. Le 22 février 1986, jour de son procès, Larry Wu se suicida dans sa cellule en s’asphyxiant lui-même avec un sac d’ordures. C’est du moins la version officielle américaine.

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Depuis, la relation sino-américaine a été émaillée par une longue suite d’affaires d’espionnage et de compromissions par des sino-américains recrutés par les services chinois. Quelques uns des plus connus des espions chinois sont répertoriés dans la note de contexte.

On notera deux caractéristiques presque générales de cette guerre aux espions chinois aux États-Unis. Sauf exception, nombre d’entre eux n’ont été condamnés qu’à de faibles peines. Certaines enquêtes se sont déroulées dans une ambiance polémique où surnageaient les accusations de racisme antichinois exprimées contre l’administration chargée des investigations.

L’appareil officiel ne commente jamais les articles de presse. Mais, exprimant la sensibilité politique du sujet en Chine, le 22 mai, un éditorial du Global Times réagissait avec vigueur aux révélations du New-York Times.

Ayant formulé des doutes sur l’authenticité des épisodes et catégoriquement réfuté que les services chinois aient pu assassiner un agent de la CIA au sein d’une enceinte publique devant ses collègues, l’auteur faisait ensuite l’éloge du contre espionnage chinois ayant remporté une incontestable victoire sur la CIA, battue à plate couture.

S’insurgeant contre la présentation biaisée des journalistes américains qu’il soupçonne de « trop regarder les “thrillers“ de Hollywood », il leur suggère avec raison d’abandonner leur « narcissisme » pour cesser de considérer que le curseur américain serait quelle que soit la situation toujours du côté de la bonne moralité. Que les États-Unis envoient des espions chez les autres ou qu’ils capturent ceux que les autres envoient chez eux.

Enfin, ayant accusé la presse de systématiquement polluer l’atmosphère « relativement apaisée » [3] des relations bilatérales en amont de la première session du dialogue politique et de sécurité en juin, l’article conclut en dénonçant une partie de la classe politique américaine qui, dit l’auteur, cherche sans cesse de nouveaux angles pour agresser la Chine.

Lire aussi : Cyber-guerre. Une autre perspective.

Notes :

[1Depuis 2002, les Congrès organisés les années paires entérinent la relève du secrétaire général. Ceux des années impaires consacrent les ajustements de la mi-mandat.

[2Au passage, la sécurité d’État était, durant cette période, dirigée par Zhou Youngkang, lié à Bo Xilai. Il fut l’une des victimes les plus emblématiques de la transition de pouvoir en 2012 et de la lutte pour le redressement éthique de l’appareil entreprise par Xi Jinping.

[3Sans surprise, la période d’avant Congrès visant à présenter une image rassurante et apaisée de l’ajustement de l’exécutif – objet des Congrès impairs – et à modeler la figure incontestable du n°1 du Parti, s’applique à gommer toutes les aspérités de la réalité. En même temps, elle s’efforce de peindre le tableau d’une Chine « grande puissance » sereine, discutant d’égal à égal avec les États-Unis, selon le schéma, énoncé au début du mandat de Xi Jinping, « d’un nouveau type de relations non conflictuelles entre grandes puissances ».

Par cette aspiration, la direction chinoise exprimait trois priorités édifiantes : 1) Eviter les conflits directs par le dialogue et l’exposé transparent des intentions stratégiques de chacun ; 2) Respecter les intérêts vitaux et les préoccupations majeures de la partie adverse ; 3) Abandonner la mentalité de jeu à somme nulle de la rivalité stratégique sans nuance et coopérer sans arrière pensée sur les secteurs où les deux parties ont des intérêts convergents.


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