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Chine – Etats-Unis - Europe, chronique d’une crispation

En rouge, les pays n’ayant pas encore reconnu à la Chine le statut d’économie de marché. Les Etats-Unis ont clairement fait connaître leur refus, tandis que la commission européenne, mise sous pression par la défiance des acteurs industriels, mais soucieuse de ne pas froisser la Chine, propose de supprimer la distinction « économie de marché », tout en continuant à taxer le dumping chinois. Le parlement a voté pour un refus pur et simple, aligné sur les Etats-Unis. Le conseil des 28 hésite.

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Les sentiments européens et américains envers la Chine qui, depuis plus de 20 ans, tiraient les relations bilatérales avec des arrières pensées de « bénéfices partagés », sont aujourd’hui confrontés à des vents adverses soufflant de plusieurs directions.

Alors qu’en Asie Pacifique montent les inquiétudes autour de l’avènement de « l’ère Trump » diffusant une incertitude à la fois stratégique et commerciale, non seulement à propos d’une « guerre des taxes » à l’importation des produits chinois, mais également en mer de Chine du sud et sur la question de Taïwan, la Chine doit aujourd’hui faire face au ralentissement global de son commerce extérieur qui fut un des vecteurs de sa croissance depuis le milieu des années 1990 et singulièrement depuis son accession à l’OMC en 2001.

A la recherche de l’économie de marché

Aujourd’hui, Pékin se heurte aussi au refus des Américains et des Européens, en proie aux effets pervers de la mondialisation, de lui reconnaître son statut d’économie de marché. Les tensions ont d’autant plus de chances de s’exacerber sur cette question que la Chine affirme qu’à compter du 11 décembre le statut aurait du lui être attribué automatiquement dans le cadre de son processus d’adhésion définitive à l’OMC.

Selon Pékin la décision automatique serait l’aboutissement logique d’un cursus administratif sans appel, après 15 années d’une situation ambiguë pourtant entrecoupée par de très nombreuses assignations de la Chine pour dumping, sur l’acier, les panneaux solaires, les produits en céramique et les produits chimiques, dont 53 cas avec l’UE pour la seule année 2015.

En novembre dernier la secrétaire d’État américaine au commerce Penny Pritzker avait affirmé en amont de l’échéance du 11 décembre, que les temps n’étaient pas « murs » pour que les États-Unis modifient leur évaluation encore très négative des conditions d’ouverture du marché chinois ainsi que leur manière de calculer les taxes anti-dumping appliquées aux produits chinois.

C’est dans ce contexte que la Chine a adressé une plainte à l’OMC contre la manière dont l’UE et les États-Unis continuent à la considérer en dépit de l’échéance du 11 décembre [1]. Le lundi 19 décembre, un message posté sur le site du ministère du commerce chinois rappelant que tous les membres de l’OMC avaient l’obligation de mettre fin à l’ancien système de calcul des pénalités pour dumping contre la Chine dit « du pays tiers » et regrettait que l’UE et les États-Unis n’aient pas encore rempli leurs obligations.

En réponse, Washington rappelle ses déclarations antérieures selon lesquelles les réformes chinoises avaient été insuffisantes pour se conformer aux lois du marché, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium où les aides publiques ont conduit à d’importantes surcapacités. Quant à l’UE, elle est partagée entre d’une part la Commission prête à accéder à la requête de Pékin, sans cependant abandonner sa capacité de représailles contre le dumping chinois et, d’autre part, le parlement clairement opposé à l’octroi du statut à la Chine, avec, entre les deux, les hésitations du Conseil des 28.

Lire notre article La Chine, l’Europe, l’Allemagne et la France

Le temps des doutes.

Graphe des exportations chinoises. Source douanes chinoises. Pour Christophe Garnier, la baisse persistante des exportations au-delà de la crise, même si elle paraît modeste (moins 7% sur les 10 premiers mois de 2016), pourrait annoncer une bascule à terme du modèle économique chinois moins axé sur le commerce extérieur, sans, qu’en même temps, la hausse de la consommation intérieure augmente massivement l’importation de biens étrangers.

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Toute cette controverse en voie d’exacerbation sous la pression d’une reconfiguration des politiques intérieures aux États-Unis et en Europe, se développe alors que, sur la scène mondiale, les exportations chinoises piétinent et que le grand élan des investissements chinois vers les pays développés en Europe et aux États-Unis fait face à des contretemps qui, par leurs répétitions, commencent à donner le sentiment d’un phénomène systématique.

Dans la dernière livraison de « La Chine hors les murs » préparée par les Conseillers du Commerce extérieur de la France, (n°14 de novembre 2016) Christophe Garnier note une « tendance à la morosité et une vision de l’avenir qui s’apparente à un défi » sur fond de stagnation commerciale et de problèmes accumulés sur la route des investissements chinois à l’étranger.

Il ajoute : « les grands marchés d’infrastructure se raréfient sauf dans un environnement proche, dirigé ou amical ; ailleurs, ils peuvent demander des contreparties ruineuses. Dans le domaine des acquisitions à l’étranger, se faire une place à coup de milliards d’aide étatique n’aura qu’un temps dans un environnement mondial de plus en plus hostile aux prises d’intérêt des entreprises publiques chinoises dans des secteurs considérés comme sensibles. »

Le contexte commercial est lui aussi en demi-teinte avec, sur les 10 premiers mois de l’année, un recul de 7,7% des exportations avec cependant toujours un différentiel de 20% par rapport aux importations elles-mêmes en net recul, créant un écart qui continue d’alimenter le solde courant très positif de la Chine.

Chine – Europe, la défiance.

Le 11 juillet 2016 à Pékin, Cecilia Malmström Commissaire européen au commerce expliquait sa nouvelle stratégie de défense contre le dumping chinois : supprimer la distinction « économie de marché », et, en revanche, tenir compte des distorsions provoquées par les interventions de l’État chinois par secteur. Le but, ménager la susceptibilité chinoise tout en conservant le même niveau de taxes anti-dumping.

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Philippe Le Corre, co-auteur de « L’offensive chinoise en Europe » (lire notre article L’offensive chinoise en Europe) exprime une vision identique qui tempère les images habituelles sur la force des assauts commerciaux chinois.

Il cite les récents déboires chinois à l’étranger principalement en Allemagne dont le dernier en date fut, suite aux difficultés de l’investisseur shanghaïen invalidé par les autorités chinoises elles-mêmes, l’échec d’une prise de participation chinoise à hauteur de 82,5% dans l’aéroport de Francfort Hahn (lire aussi : La Chine, l’Europe, l’Allemagne et la France) et analyse les handicaps qui plombent les investissements chinois, marquées par un défaut de transparence [2], une puissante implication de l’État chinois et un style de travail cloisonné peu ouvert au marché du travail local.

Le contexte où 2/3 des investissements chinois en Europe sont le fait d’entreprises publiques qui, en Chine, bénéficient d’un traitement privilégié face à la concurrence étrangère, ne joue pas en faveur d’un espoir de réciprocité Chine-Europe, d’autant que les méfiances envers le risque plus ou moins fantasmé de captations de secrets industriels sensibles s’exacerbent, alors que les illusions de la mondialisation s’évaporent.

Enfin, les implications chinoises continuent à se faire trop souvent à l’écart de la main d’œuvre des pays cibles, caractéristique qui nourrit elle aussi la défiance. Pour l’heure, le nombre d’Européens travaillant pour des entreprises chinoises ne dépasse pas 50 000, au point que l’intégration des employeurs chinois dans le paysage européen sera, dit Le Corre, une œuvre de longue haleine.

Notes :

[1La commission européenne a en amont de la date du 11 décembre proposé une nouvelle approche des exportations chinoises tenant compte des souhaits chinois : qu’elles soient désormais traitées comme celles d’une économie de marché. Mais la proposition attend l’approbation des 28 et du parlement. A moins d’une semaine du 11 décembre, la Commission a irrité Pékin en lançant une procédure anti-dumping utilisant l’ancienne méthode de calcul des amendes comme si rien ne devait changer.

[2Le Corre cite le cas de l’assureur Anbang spécialiste des prises d’OPA hostiles analysé par QC en juin dernier : La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective.


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