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›› Editorial

Chine – Etats-Unis, la variable indienne, la stratégie de l’esclandre et les risques de riposte chinoise

Les présidents indien Modi et afghan Ashraf Ghani se sont rencontrés le 4 décembre 2016 à Amritsar puis à nouveau en juin au sommet de l’OSC à Astana. La coopération Inde – Afghanistan sans être du niveau de celle avec la Chine, existe déjà. Le barrage de Salma construit par l’Inde (photo) a été inauguré le 4 juin 2016 en présence de Narendra Modi. Selon des sources afghanes, l’Iran et le Pakistan avaient tenté de se mettre en travers du projet. En mars 2013, les services secrets afghans déclarèrent que les Taliban avaient tenté de faire exploser le barrage alors en construction avec 1300 kg d’explosifs.


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En dépit de ses efforts pour continuer à présenter - 19e Congrès oblige - la rivalité avec les États-Unis sous l’angle apaisé d’une « relation normale entre grandes puissances », le parti communiste chinois perçoit aujourd’hui avec un ressentiment de plus en plus corrosif la succession des pressions exercées contre la Chine par la Maison Blanche.

Celles-ci se déploient dans tous les secteurs, non seulement contre les circuits financiers occultes chinois conduisant à Pyongyang, à propos de la réciprocité commerciale sino-américaine et sur les sujets de l’accès libre au marché chinois à quoi s’ajoute le viol du droit de propriété – avec une dernière inquiétude récemment exprimée aux États-Unis pour la protection des technologies des voitures électriques que les constructeurs américains délocalisés en Chine seront contraints de transférer à leurs partenaires des coentreprises s’ils veulent continuer à opérer sur le marché chinois –.

Mais les pressions enfoncent aussi un coin dans la lancinante et très toxique relation entre Pékin et New-Delhi, dont le corollaire est le lien de la Chine avec le Pakistan ennemi héréditaire de l’Inde où - le Pentagone ne l’a pas oublié -, Ben Laden, l’auteur des attentats du 11 septembre, avait trouvé refuge.

Afghanistan. La Maison Blanche fait appel à l’Inde.

Lorsque le 21 août dernier Donald Trump a fait part de ses intentions en Afghanistan, l’attention des médias occidentaux se focalisa surtout sur l’augmentation des effectifs militaires et la rupture de la promesse de campagne de terminer la plus longue guerre jamais conduite par les États-Unis. Rares furent les analyses qui prêtèrent attention aux appels lancés par le Président à New-Delhi au moment même où les troupes indiennes et chinoises rejouaient dans l’Himalaya une nouvelle séquence de leur face-à-face armé sur leur frontière commune [1].

Dans sa « Lettre de Léosthène » du 13 septembre dernier, Hélène Nouaille revient en détail sur ce point. Trump a repris la vielle ambition stratégique de plusieurs de ses prédécesseurs : rallier à sa politique afghane, l’Inde, le géant non aligné de l’Asie du Sud, ennemi du Pakistan, lui-même premier allié de la Chine dans la région et refuge des terroristes abrités dans les montagnes de ses « zones tribales » de part et d’autre de la passe de Khyber, à 40 km à l’ouest de Peshawar, sur la route de Kaboul.

En focalisant ainsi sur l’ancestral nœud stratégique de la route de l’Inde entre l’Afghanistan et le Pakistan, emprunté par Alexandre le Grand il y a plus de 23 siècles, la Maison Blanche jette une lumière crue sur l’une des contradictions de la question afghane dont New-Delhi se tient militairement à l’écart, tout en s’efforçant de ne pas se laisser distancer par la Chine sur le terrain de l’aide au développement où Pékin avance ses intérêts par des coopérations d’infrastructures au Pakistan et en Afghanistan.

Il n’est cependant pas impossible que Pékin dont l’engagement au Pakistan est gêné par le terrorisme, s’engage plus pour contraindre Islamabad à augmenter ses répressions contre les Djihadistes au Baloutchistan, province irrédentiste abritant la partie sud de son projet de développement à 47 milliards de $ du « corridor pakistanais », variation méridionale des « routes de la soie ».

Le bourbier afghan.

La guerre en Afghanistan dure depuis 2001 et personne n’en voit l’issue.


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Pour l’heure, l’incohérence en dit long sur la méfiance des puissances régionales préférant que d’autres se brûlent les doigts dans le « cimetière des empires » [2], puisque les opérations de guerre contre les terroristes Taliban, tenants d’un Islam radical et obscurantiste, sont conduites presqu’uniquement par des pays étrangers à la région. Au cœur même de cet enchevêtrement de violences, expressions des rivalités culturelles et stratégiques, héritage d’une longue histoire, se trouve le Pakistan, premier allié de Pékin en Asie du sud.

Islamabad qui n’aura pas manqué d’être heurté par les attaques de Trump l’accusant avec raison d’abriter les terroristes, est lui même pris dans un piège religieux étonnant, dans lequel la Chine au penchant métaphysique agnostique à mille lieues du radicalisme religieux, tente de ne pas se laisser entraîner.

Sur la relation trouble entre Islamabad et les Taliban, lire le rapport du « Hudson Institute » (conservateur) de février 2017 - où l’on peut lire que « le Pakistan n’a jamais modifié sa politique de soutien à certains groupes militants qui combattent les forces armées afghanes et celles de la coalition, ce qui met les États-Unis dans l’incapacité d’atteindre son objectif visant à empêcher que l’Afghanistan ne redevienne un refuge du terrorisme international ».

Dans un article publié par Diploweb en 2011, Georges Lefèvre, anthropologue et diplomate, rappelle que, « fondé sur la théorie du primat religieux comme élément constitutif d’une nation, le Pakistan se trouve débordé sur son propre terrain par un islamisme radical venu d’ailleurs et dont les fondateurs du pays n’avaient certainement pas imaginé qu’il pousserait le concept à ce point d’incandescence. »

Tout à son idée de faire pression sur la Chine par le truchement de New-Delhi [3] - D. Trump, stigmatise le Pakistan, résultat d’une partition violente avec l’Inde dont l’arrière plan fut la prévalence religieuse musulmane sur le nationalisme indien, à la racine de la puissante amertume de New-Delhi contre les Pakistanais attisant encore aujourd’hui une atmosphère de violente hostilité réciproque.

Notes :

[1Pour une mise en perspective des querelles sino-indiennes lire :
- Tensions avec l’Inde. La version dure de la puissance douce.
- Diplomatie chinoise et méfiances indiennes.

[2Il est un fait que depuis 2 000 ans le pays résiste aux envahisseurs. Cité par le site « Histoire », le Lt-Général Molesworth, vétéran de la 3e guerre anglo-afghane au détour des années 20 avait exprimé son pessimisme par une formule choc : « il ne se trouve pas une pierre qui n’ait été teintée de sang ». Cette vision terrible explique à elle seule la prudence des grands acteurs de la région.

[3Pour définir la zone d’intérêt stratégique commun entre les États-Unis et l’Inde, D. Trump évoque la région élargie de « l’Indo Pacifique » qui dilate la convergence indo-américaine aux querelles avec Pékin en Mer de Chine du sud et à la Corée du nord.


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