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›› Editorial

Chine – Etats-Unis, un dialogue économique aux résultats mitigés

Le dialogue économique global entre la Chine et les États-Unis s’est tenu à Washington le 19 juillet. Wang Yang vice-premier ministre au centre, était à la tête de la délégation chinoise. A sa droite Steve Mnuchin, secrétaire d’État au trésor ; à sa gauche Wilbur Ross, secrétaire d’État au commerce.


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Depuis la rencontre au sommet en Floride, Washington et Pékin obligés de cohabiter en Asie Pacifique tentent de maintenir le fil du dialogue en dépit de profonds différends stratégiques s’exprimant en Corée du Nord en mer de Chine du sud et à Taïwan.

Après le dialogue de diplomatie et de défense à Washington le 21 juin, dont l’efficacité avait été polluée par le décès du jeune Otto Warmbier probablement mort de mauvais traitements en Corée du nord, ce qui provoqua le raidissement du Sénat et raviva les doutes et les critiques sur l’efficacité des sanctions chinoises contre Pyongyang, les deux cherchent maintenant à réduire leurs différends commerciaux.

A la racine du dialogue, le « Plan d’action de 100 jours » - affichage politique d’une volonté commune de régler rapidement les principaux différends - dont le principe avait été arrêté par les deux présidents à Mars-a-lago, présenté avec emphase par les discours officiels comme le résultat le plus important du sommet de Floride.

Pour autant, bien que les échanges couvrirent les quatre grands secteurs que sont le commerce des produits agricoles, les services financiers, les investissements et l’énergie, avec en fond de tableau, la volonté du Président Trump de réduire les 347 Mds de déficit américain dans les échanges et d’éliminer le maximum de barrières commerciales chinoises, la vérité oblige à dire que les résultats ne sont, pour l’instant, pas à la hauteur des déclarations.

Concessions commerciales et nationalisme économique.

Le graphe montre l’augmentation rapide des importations de viande de bœuf et de veau par la Chine passées de 86 000 tonnes en 2012 à 950 000 tonnes (estimées) en 2017. Pour les éleveurs américains le marché s’ouvre après un hiatus de 14 années, mais les défis de la concurrence sont importants. Pour l’association des éleveurs américains qui ne s’attend pas à une explosion des ventes dans l’immédiat, les accords conclus devraient marquer le début d’une coopération de longue durée et profitable aux deux parties.


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Des progrès ont été certes réalisés sur les exportations américaines de gaz liquéfié, de riz et de viande de bœuf (aussitôt validés par des « tweet de Donald Trump), ainsi que sur l’ouverture de la Chine aux agences de notation, aux services de paiement en ligne, tandis que Washington autorisait les importations, sous conditions sanitaires strictes, de poulet cuit chinois. Surtout Wilbur Ross promettait que les banques chinoises pourraient avoir accès au marché américain, mais à la condition, a t-il ajouté, « qu’elles se plient aux règles ».

Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute qu’une partie des déconvenues vient de la position flottante des deux protagonistes, dont l’épine dorsale reste, à Washington comme à Pékin, fermement accrochée aux intérêts nationaux. Autre élément perturbateur de la négociation impossible à négliger, la tendance de la Maison Blanche à lier le commerce avec la Chine à la situation en Corée du nord.

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Le « Dialogue économique global » remplaçant le « dialogue stratégique et économique » de la période d’Obama eut lieu dans la 3e semaine de juillet. Il faisait suite à une première série de négociations tenues à la mi-mai et à la réunion très médiatisée du 18 juillet à Washington d’une vingtaine de PDG chinois et américains présidée par Jack Ma (Alibaba) très proche de Xi Jinping et Stephen Schwarzman, PDG de la banque d’investissement Blackstone.

Pourtant, bien que tenue en présence de Wilbur Ross, le secrétaire d’État au commerce, la « conférence des PDG » fut, c’est le moins qu’on puisse dire, un coup d’épée dans l’eau, malgré la présence du côté chinois de plusieurs groupes publics dont Sinochem (n°1 de la pétrochimie et des fertilisants), COFCO, géant de l’agroalimentaire et China Investment Corporation, le fond souverain chinois.

Outre la brièveté de la réunion qui ne dura qu’une journée interdisant toute négociation sérieuse et malgré les discours optimistes de Jack Ma exhortant les participants à « penser positif » et à regarder vers l’avenir, la séquence fut beaucoup plus un instrument de communication qu’une réelle séance de travail.

America First.

Durant la réunion des PDG, D. Trump a lancé une campagne au style électoral qui a laissé les Chinois sceptiques sur les bonnes volontés commerciales américaines.


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La rencontre dut encore subir le handicap des inquiétudes chinoises à l’écoute de la campagne lancée par Donald Trump, la veille même de la réunion, sur le thème « Made in America » et « Buy American and hire American », slogans de politique intérieure symbolisant avec force le nationalisme économique de Donald Trump.

C’est bien l’ambiguïté de négociations dont les principaux résultats restent suspendus à des promesses et à des arrière-pensées nationalistes qui incitèrent les observateurs à des analyses pessimistes. Le 20 juillet la BBC publiait en ligne un article affirmant que les pourparlers s’étaient terminés « sans un accord » entre les parties. Le groupe britannique appuyait ses affirmations sur le fait qu’aucun communiqué final n’avait été publié et que la conférence de presse prévue à l’issue avait été annulée.

Il est un fait que le déficit commercial américain et les menaces de la Maison Blanche d’imposer des taxes sur les importations d’acier chinois confirmées par une déclaration présidentielle à la presse ont fortement pesé sur l’atmosphère des négociations, tandis qu’en Chine les exportateurs s’inquiètent de la « guerre des taxes » que prépare Donald Trump.
Lire à ce sujet notre article de mai dernier : Pékin se prépare à la guerre des taxes 税务战


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