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›› Editorial

Chine – Europe. Bruxelles se cabre en plein « BREXIT »

Federica Mogherini et le MAE chinois Wang Yi à Pékin Yi, le 6 mai 2015 année du 40e anniversaire des relations bilatérales entre Pékin et Bruxelles.

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Récemment les équipes de l’Italienne Federica Mogherini, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la sécurité ont adressé une note politique à la Commission de Bruxelles et au Parlement proposant une évolution des stratégies de l’Europe à l’égard de la Chine. Offrant un panorama synthétique de la situation en Chine, la proposition fait un point exhaustif des relations bilatérales assorti de propositions d’actions concrètes.

S’agissant de la relation Chine – UE, la Haute Représentante exprime une volonté de durcissement et insiste de manière répétée sur la protection des intérêts économiques européens et l’exigence de réciprocité dans la relation. Le raidissement de l’UE à l’égard de la Chine envisagé par ce papier s’inscrit dans une tendance générale déjà perceptible au printemps dernier au travers des déclarations de la chambre de commerce de l’UE en Chine (lire Chine – Europe. La guerre de l’acier et le statut d’économie de marché).

La tension sino-européenne s’était à nouveau manifestée lors de la dernière visite d’Angela Merkel en Chine le 13 juin dernier à l’occasion de la 4e rencontre bilatérale où une partie du gouvernement allemand s’est ouvertement opposée – contre l’avis des actionnaires - à la reprise du fabricant de robots Kuka par le Chinois MIDEA. Lire notre article La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective

Pour autant, la fermeté suggérée par le document survient au moment même où l’autorité de Bruxelles vient de subir le choc sans précédent dans l’histoire de l’UE de la décision sans appel du peuple britannique de quitter la construction européenne. Dans ce contexte dominé par de très fortes incertitudes sur l’avenir il est légitime de s’interroger sur l’efficacité des mesures proposées et même sur la capacité de la Commission à les mettre en œuvre.

La Chine en transition et les aigreurs de l’UE.

L’un des plus gros contentieux entre l’Europe et la Chine est l’exportation des surplus d’acier à prix cassés qui entraîne une instabilité des prix. Produisant 48% de l’acier mondial la Chine exporte ses surplus qui pèsent sur les prix depuis 2011.

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La note souligne une fois de plus que le pays est à la croisée des chemins, une occurrence que le politburo a lui-même reconnue faisant le constat que l’ancien schéma de développement économique et social n’est plus tenable. S’il est vrai que les reformes en cours visent à rapprocher le système des lois du marché, l’analyse anticipe que la bascule comportera des phases douloureuses.

Il est également vrai que les priorités du 13e plan renvoient à des buts jugée vertueux par la Commission : 1) accélérer les réformes socio-économiques ; 2) stimuler la correction des atteintes à l’environnement ; 3) activer le schéma de croissance par la consommation ; 4) tout en luttant contre la corruption et 5) en réformant l’État de droit.

Pour autant, Bruxelles rappelle que, dans un certain nombre de secteurs clés de la relation Chine – Europe tels que l’accès au marché chinois des entreprises européennes, en particulier dans les domaines high-tech, ou dans ceux de l’industrie lourde plombée par les surproductions de l’ancienne base industrielle d’État, notamment dans le secteur de l’acier, les progrès ont été minces.

En même temps, le document souligne que le raidissement autoritaire du régime contre les contestations sociales et politiques, freine les progrès de l’État de droit et des libertés individuelles, partie des « valeurs universelles » dont les auteurs rappellent qu’elles devraient constituer le fondement de la relation, faisant d’ailleurs l’objet de projets de coopération déjà anciens sur le fonctionnement des institutions d’un État de droit, dont, au vu de l’évolution actuelle de la politique chinoise, il est cependant permis de douter de l’utilité.

Inquiétudes face aux ambitions extérieures de la Chine.

Lignes ferroviaires entre la Chine et l’Europe. Les rédacteurs du rapport craignent que, tirant profit de l’élan des « nouvelles routes de la soie », les compagnies chinoises s’arrogent tous les contrats d’infrastructure sans appels d’offre (ferroviaire, centrales thermiques, barrages, réseaux électriques). Source : la Tribune de Genève / Traceca.

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Tout en proposant des nouvelles idées de coopération en Afrique assorties de propositions pour faire basculer l’actuel schéma de rivalité d’intérêts sur le continent noir vers celui de complémentarité des projets, les auteurs constatent avec une certaine appréhension les élans internationaux des entreprises chinoises se traduisant par une augmentation rapide des F&A et des investissements à l’étranger (IDE).

Vu l’ampleur du mouvement que Question Chine suggère de relativiser et, compte tenu de l’étendue des projets OBOR (One Belt One Road) – Yi Dai Yi Lu - , l’analyse s’inquiète là aussi de l’attitude de la Chine face à la libre entreprise sur les marchés extérieurs, craignant que, tirant profit des projets, les entreprises chinoises s’arrogent tous les contrats d’infrastructure. « L’ouverture est plus axée sur l’appui apporté aux entreprises à l’international que sur l’amélioration de l’accès au marché chinois » . On ne saurait mieux dire.


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