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›› Politique intérieure

Chocs de cultures en Chine et résurgence des tensions avec l’Occident

C’est une affaire entendue, le pouvoir chinois ne prendra pas le risque de remettre en cause sa souveraineté au Tibet et au Xinjiang.

Situées aux marches de l’Empire, les deux régions sont riches en ressources et ont une importance stratégique considérable : l’une, source des deux plus grands fleuves de Chine, château d’eau de l’Asie du Sud et du Sud-est- , à proximité du toit du monde, dominant l’Inde ; l’autre, à cheval sur l’Asie Centrale, convoitée par Moscou et Pékin, voie de passage terrestre vers le Moyen Orient, traversée par l’un des plus importants cordons ombilicaux du gaz et du pétrole qui alimente l’Est de la Chine.

L’importance cardinale de ces provinces pour le pouvoir chinois, pour qui la remise en cause de l’unité de l’empire constituerait un échec risquant d’exacerber d’autres séparatismes précipitant sa chute, a d’ailleurs été soulignée par le retour sans délais à Pékin de Hu Jintao, renonçant à assister au G8 en Italie pour mieux coordonner la riposte du Parti aux émeutes du Xinjiang.

Le calme a été rétabli après 2 jours d’affrontements entre les communautés han et ouïghour et avec la police armée populaire. Le bilan officiel - probablement minoré - fait état de 183 morts, 137 Han et 46 Ouïghours, et plus de 1500 blessés. Mais, dans un contexte où les particularités locales restent fortes et où le fossé avec les cultures allogènes des marches se creuse encore, on peut se demander si la méthode chinoise pour tenir le pays et freiner les séparatismes est bien adaptée aux situations.

La similitude des incidents qui ont éclaté dans l’ancien Turkestan Oriental avec ceux qui avaient secoué le Tibet en mars 2008 est frappante :

1.- des populations locales dotées d’une culture ancestrale, aux lignes de forces très éloignées de la culture chinoise, sous tendues par une forte influence religieuse, expriment de sourdes rancœurs à l’égard des populations Han, dont le nombre ne cesse de croître, au point que Tibétains et Ouïghours craignent l’effacement pur et simple de leur mode de vie.

2.- L’explosion de violentes émeutes antichinoises, dont il est facile d’imaginer qu’elles aient pu être encouragées par des éléments exilés, mais dont l’ampleur est cependant proportionnelle au degré de frustration des populations locales qui s’estiment brimées et laissées pour compte.

3.- L’intervention massive de la police armée populaire qui réprime sans grand discernement, tandis que le Parti nie la réalité du schisme culturel à l’origine des troubles, refuse de remettre en cause ses politiques de colonisation démographique et rejette l’entière responsabilité des émeutes sur des « éléments extérieurs ».

L’enchaînement néfaste du cycle troubles - répressions aggrave encore le fossé entre les populations, tandis que la télévision chinoise présente en boucle les images des émeutiers agressant des Chinois Han.

Dans ce contexte de fractures culturelles graves et qui semblent se creuser au fil du temps au lieu de se résorber, on peut se demander si les stratégies du Parti pour développer ses marches ne seront pas à la longue porteuses de graves déboires, identiques à ceux qu’avaient connu la France et l’Angleterre avec leurs colonies dans le milieu des années 50.

La méthode chinoise s’articule autour d’une colonisation démographique de plus en plus lourde qui porte un mouvement de modernisation qu’en dépit des indéniables bienfaits en matière d’éducation, de santé et de services publics, les locaux perçoivent toujours comme une mise aux normes et une sinisation, où le dialogue interculturel est quasiment absent.

Au poids toujours grandissant des populations han, s’ajoute la pesanteur des contrôles policiers. Depuis le milieu des années 90, date des derniers incidents ethniques graves au Xinjiang, sur fond de revendication d’indépendance, la population Ouïghour, turcophone et musulmane est en effet littéralement placée sous le boisseau par un réseau policier et militaire d’une densité exceptionnelle.


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