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›› Chronique

Chute d’un bouc émissaire. Xiao Gang patron de la Commision de régulation boursière est relevé de ses fonctions

Liu Shiyu, nouveau Président de la Commission de régulation boursière nommé le 20 février après l’éviction de Xiao Gang.

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Le 20 février le Parti annonçait que Xiao Gang, le président de la Commission de régulation boursière depuis 2013 était relevé de son poste. Ce haut fonctionnaire en charge de résoudre la quadrature du cercle de la bourse chinoise soumise aux contraintes contradictoires de permanents délits d’initiés et de la volonté du pouvoir de rehausser la fiabilité des marchés financiers chinois, paye les soubresauts de la bourse depuis l’été 2015 dont la direction chinoise le rend responsable.

Alors qu’entre le 2 Juin 2015, quand les valeurs ont commencé à plonger et le 2 février 2016, les bourses de Shanghai et Shenzhen ont perdu 47% de leur capitalisation, la direction politique accuse à tort Xiao Gang d’avoir laissé se former une bulle spéculative.

En réalité cette dernière fut initiée par un afflux massif de capitaux venant non seulement des investisseurs immobiliers effrayés par la baisse des prix du neuf dans les villes de premier rang, mais également des entreprises publiques et de petits porteurs, tous persuadés que la hausse spectaculaire de 150% enregistrée depuis la fin 2013 allait continuer, éventuellement garantie par les pouvoir publics, dans le cadre du « grand rêve chinois » du président Xi Jinping dont la vertu avait été glorifiée par le département de la propagande.

Dans un système d’autorité verticale tel que celui du Parti Communiste Chinois, il n’en fallait pas plus pour diffuser l’idée que la bourse serait comme un casino où les parieurs gagnent à tous les coups. On accuse également Xiao d’avoir aggravé le chaos en janvier 2016 en installant un blocage automatique des transactions qui ferma le marché après les premières baisses de la nouvelle année. L’embardée très vite corrigée eut un effet désastreux sur la confiance des opérateurs et des observateurs dans le système financier chinois.

Xiao Gang, bouc émissaire du désordre de la finance chinoise.

A la mi-janvier, alors que circulaient déjà des rumeurs de sa démission, Xiao Gang s’était expliqué dans un long message publié sur le site de la Commission de régulation, attribuant les secousses de la bourse à la faible expérience des investisseurs et au manque de maturité des marchés financiers chinois. Il a aussi concédé que les turbulences étaient dues à l’inexpérience des sociétés de courtage et à la faiblesse des systèmes de contrôles. Mais le 15 février dernier Li Keqiang qui, dans un discours plus ancien avait pourtant loué l’efficacité de la Commission, lui attribuait clairement la responsabilité du marasme.

Pour autant, Xiao Gang, membre du Comité Central, professionnel expérimenté, sincèrement attaché aux réformes, ayant fait toute sa carrière dans la banque (entre 1998 et 2012 il a tenu des postes de haute responsabilité à la Banque Populaire de Chine, comme Directeur, membre du Conseil d’administration ou Président de la succursale de Hong-Kong) n’est que le bouc émissaire d’une vaste série de dysfonctionnements éthiques, politiques et techniques sur lesquels il n’avait qu’une capacité d’action limitée.

S’il est vrai qu’à l’été 2015 il a un temps bloqué les transactions ainsi que les introductions en bourse en même temps qu’il interdisait le courtage des plus gros détenteurs d’action, avant d’installer un « coupe circuit » qui, en janvier 2016 aggrava les doutes sur la capacité du régime à gérer ses marchés financiers, il l’a fait sous une lourde pression du régime qui tentait à toutes forces de donner une image sereine de sa capacité de contrôle des crises.

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Vue générale des soubresauts des bourses chinoises entre le 1er janvier 2015 et le 16 janvier 2016. Après un rebond à l’automne 2015, le marché s’est à nouveau brutalement contracté après une chute de la confiance en partie due aux annonces de la contraction durable de la croissance à moins de 7%. Une succession de mesures intempestives prises sous la pression de l’événement et du Parti a précipité la disgrâce de Xiao.

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Installées en juillet 2015, les régulations ont d’abord fonctionné. Mais, en janvier 2016, sous l’effet de la crise, dans un contexte où tous les indicateurs économiques étaient en recul, marqués par un net tassement des profits, tandis que les entreprises accablées de dettes devenues plus prudentes tournaient le dos aux anciens réflexes de fuite en avant, la réalité de la situation a provoqué un nouveau réajustement de la bulle et une chute brutale des cours de plus de 16% en quelques jours.

La panique provoqua de nouvelles ventes en cascades jusqu’à ce que l’arrêt automatique des transactions donne le sentiment que la machine n’était plus maîtrisée et que le pouvoir perdant pied en était réduit à des expédients d’urgence.

Ingérences du pouvoir et de la Banque Centrale.

La confusion était aggravée par des voltes face brutales de la Commission qui, en 24 heures « débrancha » le blocage automatique des transactions, prolongea l’interdiction de courtage par les gros détenteurs d’actions, tandis que la banque de Chine opéra un virage à 180° en intervenant massivement pour stopper la baisse du Yuan qu’elle avait pourtant elle-même initiée quelques mois plus tôt pour diffuser l’illusion que la monnaie chinoise s’ajustait au marché [1].

En arrière plan, il y avait le souci politique du régime de faire entrer le Renmibi dans le panier des monnaies de calcul des Droits de tirage spéciaux du FMI et dont une des conditions est que la devise soit librement convertible, ce qu’elle n’est toujours pas.

S’il est un homme qui était bien conscient des risques portés par les désordres de la finance grise en Chine, c’est bien Xiao Gang. Le 12 octobre 2012, il signait déjà un long article dans le China Daily où il dénonçait les relations troubles entre les grandes banques publiques, les institutions financières et fonds d’investissements parallèles dont l’enchevêtrement articulé autour de fonds de gestion aux taux d’intérêt plusieurs fois supérieurs à celui des banques, mais connectés à des produits financiers sans garanties faisaient courir à la Chine des risques financiers importants.

Dans l’analyse des risques proposée Xiao Gang, on pouvait lire ceci : « Alors que le système bancaire est de plus en plus connecté avec la finance grise, les investisseurs ou entrepreneurs à court de liquidités peuvent être tentés de payer les dettes arrivant à maturité par le recours à de nouveaux produits financiers émis par les fonds de gestion. Mais le schéma se rapproche de celui de Ponzi [2]. Sous les coups de circonstances adverses, il peut dérailler, conséquence de la chute de la confiance incitant les investisseurs à retirer leurs capitaux et à tourner le dos aux produits financiers proposés par les fonds d’investissement. »

Déjà, la réflexion de Xiao Gang avait clairement identifié les effets pervers d’un système mêlant finance grise et banques publiques, fondé sur la fuite en avant financière par la reconduction des dettes elles-mêmes garanties par des produits financiers aléatoires à la maturité de court et très court terme et au sentiment, difficile à éradiquer, que le pouvoir politique volera systématiquement au secours des investisseurs imprudents. Trois ans plus tard la mise en garde du FMI ne disait pas autre chose (cf. la note n°1).

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Le successeur de Xiao Gang à la tête de la Commission de régulation boursière est Liu Shiyu 54 ans, diplômé de gestion à Qinghua, actuel PDG de la Banque de l’agriculture et ancien vice-gouverneur de la banque populaire de Chine. Expert de la finance, Liu a également une expérience de terrain puisque de 1987 à 1996 il était affecté à la Commission de réforme économique de la municipalité de Shanghai, avant d’être muté à Pékin à la Commission nationale pour la réforme économique, puis à la China Construction Bank.

On lui souhaite bonne chance.

Notes :

[1A partir du 11 août 2015, 2 mois après le premier crash de la bourse, la Banque de Chine dévalua la monnaie à trois reprises d’un total de plus de 3% par rapport au Dollar. Mais le mouvement négatif fut stoppé dès le 14 août. Aujourd’hui, la monnaie chinoise n’est toujours pas librement convertible puisqu’elle ne peut fluctuer que de 2% de part et d’autre d’un indice de référence fixé chaque jour par la Banque Centrale. Mais dans une déclaration plus politique que financière le FMI se félicita de l’ajustement de la monnaie chinoise au marché.

Trois mois plus tard, et juste avant la décision politique cautionnée par Washington, d’intégrer le RMB dans le panier de calcul des Droits de Tirage Spéciaux, le FMI mettait en garde les émergents, et en particulier la Chine, contre les risques d’assèchement du crédit pouvant entraîner des faillites. Il est intéressant de noter que Xiao Gang avait mis en garde contre ces risques dès 2012 dans un long article publié dans le China Daily. Lire aussi : Le Renminbi accède au cercle fermé des monnaies de référence du FMI

[2Système illégal mis en place dans les années 1920 par Charles Ponzi à Boston consistant à rémunérer les investisseurs non pas par l’augmentation de la valeur de leurs titres, mais par les liquidités des nouveaux entrants dans le système. Quand les capitaux entrants ne suffisent plus à couvrir les rémunérations promises aux investisseurs, le système s’écroule.


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