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CNNC renonce à entrer dans le capital d’AREVA. La filière nucléaire française fragilisée

A la mi-novembre 2016, Ma Kai, vice-premier ministre chinois, président du groupe dirigeant pour l’amélioration de la productivité industrielle, ancien patron de Commission de Recherche et Développement, en visite à l’Elysée. Il avait annoncé que les groupes nucléaires chinois étaient prêts à participer à la restructuration financière d’AREVA. 6 semaines plus tard, Paris refusait les conditions posées par la Chine (participation au conseil d’administration et garantie de retour sur investissements), entraînant le retrait de CNNC.


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Voilà déjà 3 semaines la presse rendait compte de l’échec des négociations entre l’État actionnaire et le groupe nucléaire chinois CNNC qui proposait d’entrer, à ses conditions, dans le capital d’Areva recentré sur le cycle du combustible et la gestion des projets « à risques » des centrales EPR en construction et dont QC avait déjà signalé les difficultés.

Lire notre article Fragilités d’EDF et d’AREVA. Le nucléaire franco-chinois menacé par les écologistes et l’après Brexit

Dans un article du Monde du 31 janvier, Jean-Michel Bezat notait la mauvaise conjonction où se télescopent le retrait de CNNC, la restructuration du nucléaire national, la fragilité financière d’AREVA et le probable surgissement à l’export du concurrent chinois ayant sinisé les technologies américaine, française et japonaise. La cible des finances chinoises était AREVA NewCo pour qui l’État a prévu une augmentation de capital de 3 Ms d’€ ouverte aux investisseurs étrangers à laquelle devait participer les Chinois. Mais ceux-ci réclamèrent non seulement une entrée au Conseil d’administration du groupe mais également une garantie contractuelle de retour sur investissement.

Les conditions chinoises étaient d’autant plus inacceptables par Paris qu’elles plaçaient la CNNC en position favorable par rapport aux Japonais de Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL) et de Mitsubishi Heavy Industries qui, avec leur apport conjoint de 500 millions d’€ contre 10% du capital, se sont tous deux soumis aux conditions fixées par l’État français d’un investissement sans participation au Conseil d’administration. Quant à la garantie de retour réclamée par CNNC elle plaçait AREVA en quasi faillite et dont l’avenir est incertain, en sérieux porte à faux.

Les tensions entre les Chinois et Areva ont encore récemment été aggravées par le renoncement chinois au projet de construction d’une usine de retraitement à Lianyungang dans le Shandong.

Un retour offensif chinois probable.

Mais, compte tenu des ambitions chinoises à l’export et de l’état affaibli de la filière française, il est peu probable que l’affaire en reste là. Areva doit donc s’attendre à un retour offensif, d’autant que les Français ne sont pas en position de force.

EDF l’autre acteur de la filière, devenu le maître d’œuvre de la fabrication des réacteurs est certes en meilleure santé financière qu’AREVA, mais ses résultats sont en recul [1]. En même temps, les projets tripartites Chine, EDF, Royaume Uni donnent une prévalence croissante au nucléaire chinois au Royaume Uni.

Après les deux EPR d’Hinkley Point puis deux autres à Sizewell (à l’est de l’Angeleterre) financés par la Chine, à 40% pour les premiers et à 60% pour les seconds, le géant public China General Nuclear Power (CGN) pourrait construire un « Hualong » réacteur de conception 100% chinoise, sur le site de Bradwell (à une centaine de kilomètres de Londres). (Le monde du 9 septembre 2016).

En échange des financements chinois, les Français économiquement aux abois ont accepté d’aider la filière chinoise à introduire en Europe la technologie du réacteur Hualong, premier réacteur chinois de 3e génération, issu de la coopération franco-chinoise.

Les garanties sont minces, juge Véronique Billon des Echos s’interrogeant sur l’équilibre d’un tel accord qui « pourrait aboutir à autonomiser encore plus rapidement la filière chinoise et rendre le nucléaire français inexistant. » (…)

S’il est vrai que le marché chinois est de très loin le plus porteur au monde (26 réacteurs en service et autant en construction), la vérité oblige à dire que l’industrie nucléaire française a manqué le coche, puisque son chiffre d’affaires y est resté très modeste avec seulement 9% des revenus d’AREVA en 2014 en grande partie liés au marché des réacteurs de Taishan conclu il y a huit ans. Plus encore, malgré les 35 années de coopération, la France a perdu son rang de partenaire privilégié.

La France n’est plus un partenaire privilégié.

Véronique Billon rappelle que, parallèlement aux EPR français, « Pékin teste la technologie Westinghouse Toshiba (AP 1000), tandis que le 2e EPR de Taishan a été largement sinisé dans le souci constant de développer une filière chinoise, sans s’engager avec la France sur d’autres exemplaires, tandis que les équipementiers de la filière qui ont installé des usines en Chine (Valinox, Daher, Nuvia, CNIM) apportent peu au tissu industriel français. »

Avec l’arrêt des projets de retraitement à Lianyungang portés par AREVA, le climat du nucléaire franco – chinois devient problématique, d’autant, ajoute Les Echos, que « n’ayant aucun droit sur le réacteur Hualong proposé à Bradwell, EDF n’a d’autre argument que de proposer son expertise pour aider à faire certifier le réacteur chinois en Angleterre et, ainsi, s’ouvrir des droits de propriété intellectuelle. »

Une démarche, on le voit, hautement hypothétique qui pourrait conduire à adoucir la fermeté française dans l’affaire du capital d’AREVA.

Notes :

[1A la mi-février 2017, EDF a présenté des résultats 2016 en recul, avec un chiffre d’affaires en baisse de 5,1%, à 71,2 Mds d’euros, et un résultat net courant lui aussi en baisse de 15,3%, à 4,1 milliards.

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