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Compétitions, libre marché, transferts de technologies et sécurité nationale. La psychose sino-américaine des microprocesseurs

En injectant 1,6 Md$ dans son usine de Chengdu en Chine, Intel compte remettre à niveau ses puces pour mobiles et se renforcer sur le marché chinois.

Voilà les puissantes compagnies IT américaines, la Maison Blanche et la CIA confrontées aux contradictions où se télescopent leur domination mondiale, leur activisme sur les marchés, la quête chinoise pour les technologies de l’information et, à l’inverse, la crainte des services américains que les frénésies commerciales et la compétition entre les groupes ne favorisent des captations de technologies sensibles utilisables par la Chine pour développer ses armes stratégiques.

Compétition des microprocesseurs américains sur le marché chinois.

La situation est la suivante : alors que le géant Googgle est accusé par l’Union Européenne de tirer un avantage commercial de sa position de n°1 des moteurs de recherches et que, réagissant aux pressions de la Commission Nationale pour la Réforme et développement pour faire baisser ses royalties, Qualcomm, le n°3 mondial des microprocesseurs a mis en œuvre une stratégie de coopération technologique avec un fabricant de « puces » chinois, Intel, le champion toutes catégories du secteur des « chips » avait anticipé les exigences chinoises de transferts de technologies, clés d’entrée du marché et envisagé d’investir 1,6 Mds de $ pour, en coopération avec les Chinois, rehausser la gamme technologique de son usine de Chengdu. Objectif d’Intel : remettre à niveau ses puces pour mobile et se renforcer sur ce secteur du marché chinois.

Le projet prévoit d’importer au Sichuan la dernière version de tests des microprocesseurs en échange d’un appui de l’administration locale pour l’extension de l’usine. Les autorités chinoises espéraient évidemment que l’accord augmenterait la capacité de leur industrie des « chips ». L’annonce de l’agrandissement de l’usine de Chengdu venait 3 mois après qu’Intel avait acheté une part minoritaire des actions du premier fabricant chinois de microprocesseurs et décidé de coopérer pour leur conception, leur fabrication et leur distribution en Chine.

Cet élan de coopération semblait aller dans le sens des analyses du Congrès américain qui, dans son rapport de décembre 2014, promettait de travailler avec la Chine pour « l’aider à lever ses barrières et ses discriminations au libre marché » afin, disait le rapport, de « réaliser le potentiel de la participation de la Chine à l’OMC » et d’accompagner son « intégration au mouvement du commerce global ».

Raidissement de l’administration américaine.

Mais, début avril on apprenait une initiative du ministère du commerce des États-Unis frappant depuis l’été 2014 les fabricants américains. Jusqu’ici restée discrète, elle va radicalement à rebours de ce mouvement de coopération engagé par les fabricants américains : le blocage des ventes de semi-conducteurs destinés au Pakistan, aux Émirats Arabes Unis et à 4 clients chinois utilisant des ordinateurs à forte capacité de calcul. Premiers américains ciblés par la mesure : Intel, Nvidia et MDA qui figurent avec 8 autres groupes américains dans les 20 premiers fabricants mondiaux de microprocesseurs.

Selon un communiqué du ministère du commerce américain, les supercalculateurs sont utilisés pour simuler des explosions nucléaires. Ils servent aussi à casser des codes secrets, aux prévisions météos précises et à la mise au point d’armements sophistiqués.

Le bras de fer sino-américain…

Les clients chinois ciblés dont l’un est l’Université Nationale des Technologies de Défense de Changsha au Hunan, sont équipés du calculateur Tianhe-2 qui, le 16 juin 2013, avait battu le record mondial de puissance de calcul. Le ministère du commerce US exige désormais que les fabricants américains de microprocesseurs obtiennent un permis spécial de vente aux centres chinois équipés de ce type de supercalculateurs.

Récemment une demande d’autorisation destinée à aider la Chine à augmenter la capacité de Tianhe-2 qui utilise 32,000 prises Intel Ivy Bridge et 48 000 Intel Xeon E5 dont la valeur totale approche les 48 millions de $ au prix du marché, a été rejetée.

La mesure est la pointe émergée de l’iceberg des rivalités sino-américaines dans les secteurs des nouveaux systèmes d’information et de la cyber-guerre, où il est évident que la Chine a décidé de conquérir son indépendance technologique. Utilisant l’attrait de son marché, elle oblige les grands groupes américains concurrents à accepter la coopération la plus large possible, y compris en exerçant des pressions légales qui les accusent d’abus de monopole.

L’embargo américain qui cible pour l’instant Intel, Nvidia et MDA est une réaction assez peu dissimulée aux harcèlements dont sont victimes les groupes US à tous les niveaux techniques, qu’il s’agisse du secteur des « hardwares » ou des logiciels. Le but est de freiner la mise à niveau de son secteur des IT par la Chine.

Le signe le plus évident de cette compétition est qu’Intel a récemment reçu une commande américaine pour équiper le calculateur du laboratoire national de recherche d’Argonne (Illinois) développé par le ministère de l’énergie américain dont la puissance de calcul serait 6 fois supérieure à celle de Tianhe-2.

…renforcera l’industrie des « puces » en Chine.

Mais aux États-Unis même, la mesure de représailles soulève des critiques et dénonce une fausse manoeuvre. Nombre d’experts du secteur soulignent d’abord que la Chine pourrait toujours acheter des microprocesseurs par des intermédiaires ou une tierce partie.

Même Joseph Hayden ancien directeur de la CIA et de la NSA, doute de l’efficacité et de la pertinence de la mesure qui heurtera en premier lieu les intérêts d’Intel et le secteur en général. Pour lui la santé des nouvelles technologies de l’information qui fut un des facteurs de la suprématie américaine, est plus importante que les contre attaques du ministère du commerce contre un compétiteur.

Les spécialistes notent enfin que l’embargo aura pour premier effet d’accélérer la recherche chinoise destinée développer une industrie nationale performante. Depuis 10 ans le gouvernement chinois appuie en effet le développement du microprocesseur Loongson 龙芯 dont la dernière version 3B 1500 pourrait à terme équiper les calculateurs Tianhe. Parallèlement, les investissements dans microprocesseurs ont pour objectif de faire passer à 35% la part des circuits intégrés de fabrication chinoise dans la consommation nationale.

*

Technologies. En Bref

Après une réunion du secrétariat du Conseil des Affaires d’État le 15 avril, présidée par Li Keqiang, la Chine a donné son feu vert à la construction d’un réacteur nucléaire de 3e génération de fabrication entièrement chinoise. Le réacteur Hualong 1 华龙 一号 est équipé d’un système de sécurité passif qui coupe automatiquement son fonctionnement en cas de surchauffe. Tous les futurs réacteurs seront équipés de cette technologie.

Cette décision déjà envisagée par Question Chine depuis l’automne 2014 obligera à reconsidérer les termes de la coopération nucléaire franco-chinoise.
Lire : Coopération nucléaire franco-chinoise : une page se tourne


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