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Corée du Nord. Le jeu croisé des menaces et du dialogue. Pékin spectateur de premier rang, Washington à la manœuvre

Chars sud-coréens alignés pour la manœuvre Ulchi Freedom Guardian (UFG) 2017 en cours sur la péninsule jusqu’au 31 août.


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Il n’a pas fallu longtemps pour que la fragile accalmie résultat du report par Pyongyang de sa promesse de tirer des missiles Hwasong 12 autour de Guam se dissipe dans de nouvelles tensions entre Washington et Pyongyang.

Celles-ci sont à la fois nées de la dynamique belliqueuse entretenue par Kim Jong-un et de l’insistance des forces conjointes américano-coréennes de conduire du 21 au 31 août sur le territoire sud-coréen et à ses abords maritimes, l’exercice « Ulchi Freedom Guardian », du nom du général coréen Eulji Mundeok ou Ulchi commandant les armées du Royaume de Koguryo au début du VIIe siècle quand il résista victorieusement aux attaques de la dynastie chinoise des Sui.

Situé au nord de la péninsule, le Koguryo qui donna son nom à la Corée, était, du 1er siècle av. JC au VIIe siècle, le plus grand État des « Trois Royaumes » coréens. Couvrant une partie de la Mandchourie et de l’Extrême Orient russe le Koguryo résista aux Sui, mais sa puissance se fracassa en 668 ap. JC, sous les coups d’une alliance entre la Chine des Tang et le Silla petit royaume couvrant l’actuelle région de Gyeongju, Pohang et Taegu au sud-est de la péninsule.

Il n’est pas inutile de rappeler que l’exercice Ulchi Freedom fut organisé pour la première fois en réaction à une attaque des forces spéciales nord-coréennes, le 17 janvier 1968, contre la « Maison Bleue », siège de la présidence sud-coréenne. L’opération qui fut un échec se solda par la mort de 4 américains, 29 nord-coréens, 26 sud-coréens dont 24 civils. Diligentée par Kim Il-sung, elle avait pour but d’assassiner le président Park – père de Park Geun-hye destituée au printemps dernier - arrivé au pouvoir en 1961 à la suite d’un coup d’État.

Plus grand exercice de cadres au monde piloté par ordinateurs, Ulchi Freedom Guardian (UFG) met en jeu 17 500 américains dont 3000 venus en renfort de forces stationnées hors péninsule et 50 000 sud-coréens à quoi s’ajoutent des représentants de 7 pays (Australie, Canada, Colombie, Danemark, Nouvelle-Zélande et Royaume Uni) membres du Commandement des NU en charge du contrôle de l’armistice. Son but : entraîner le commandement conjoint américano-coréen à réagir à une agression de la Corée du Nord contre le sud.

Rencontre militaire au sommet en Chine.

Lors de sa visite en Chine, le général Joseph Dunford, président du Comité des chefs d’État-major américain qui fut reçu par Xi Jinping s’appliqua avec ses interlocuteurs à désarmer les tensions en dépit d’une longue suite de différends. Avec les généraux Fan Changlong, son homologue, premier vice-président de la Commission Militaire Centrale et Fang Fenghui, chef de l’État-major général, il a répété sa volonté de surmonter les difficultés. Le 15 août Fang Fenhui et J. Dunford et ont signé un accord sur la communication entre les têtes des armées en cas de crise.


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L’organisation de l’exercice que Pékin critique vertement, fut l’un des thèmes de discussions entre les deux plus hauts responsables militaires chinois et américain à l’occasion de la visite du 16 au 18 août à Pékin et Shenyang du général Joseph Dunford, président du comité des chefs d’État-major américain, lors d’une tournée qui l’a également conduit à Tokyo et à Séoul.

Au général Fan Changlong, 1er vice-président de la Commission Militaire Centrale, Dunford a une nouvelle fois expliqué que les exercices auxquels les États-Unis et la Corée du sud refusent de renoncer, n’ont qu’une intention défensive en réponse aux provocations de Pyongyang. Ce fut sans succès.

Pékin, appuyé par Moscou, reste formellement sur ses positions répètées depuis des mois. Une des solutions vers un dialogue serait un moratoire sur les exercices militaires en échange d’un arrêt des expériences nucléaires et des tests balistiques nord-coréens (cf, plus bas).

Il faut cependant noter que la rencontre fut cordiale et émaillée d’une volonté d’apaisement exprimée de part et d’autre, en dépit des multiples différends qui plombent la relation. Déploiement d’un système antimissiles en Corée du sud ; mer de Chine du sud ; Taïwan ; relations commerciales menaçant de partir en vrille depuis que Trump a décidé d’enquêter sur les violation du droit de propriété dont sont victimes les entreprises américaines en Chine. Les sujets de discorde ne manquent pas.

C’est pourtant dans ce contexte tendu dont les Chinois attribuent directement la responsabilité aux Américains considérés dans la région comme des intrus perturbateurs, fauteurs de troubles et de guerre, que Fan Changlong a, comme le général Dunford, répété ses intentions d’éviter un conflit et d’approfondir les relations militaires. Même le président Xi que Dunford a rencontré avec Yang Jiechi en charge des Affaires stratégiques y est allé de son compliment fleuri.

Après avoir exprimé sa conviction que le développement des deux pays avait des avantages réciproques et n’était pas un jeu à somme nulle, il a - utilisant une vieille image de la diplomatie chinoise - conclu qu’après la tempête on verrait se lever un arc-en-ciel « 美国發展好, 对 中国有利 ; 中国 发展好 对美国亦有利, 虽然 两国关系展的道路, 有時有坎坷風雨, 但風雨過後会見彩虹 ».

Au cours de son séjour en Chine, le premier militaire américain a visité la région de Shenyang au Nord-est, ayant sous sa responsabilité la frontière nord-coréenne où il a assisté à l’exercice d’un régiment d’infanterie. Lui aussi s’est plié au jeu des bonnes paroles, soulignant qu’en dépit des divergences et des difficultés et malgré des perspectives stratégiques différentes, Washington partageait avec Pékin la volonté de surmonter les problèmes et d’éviter un conflit.

Au-delà des bonnes paroles…

Il reste que, derrière le rideau opaque des artifices diplomatiques, considérant historiquement la péninsule comme son arrière cour stratégique, seul théâtre de la planète où, durant la guerre de Corée, l’armée populaire de libération affronta directement les militaires américains, la Chine continue de nourrir de sérieuses méfiances à l’égard de Washington.

Il est vrai que, bousculées par les méthodes brutales et à l’emporte-pièce du dernier héritier de la famille Kim et la montée du risque nucléaire et balistique, les relations avec Pyongyang ne sont plus au beau fixe. Les indices de cette dégradation ne manquent pas.

Alors que Pékin a signé toutes les résolutions imposant des sanctions à Pyongyang [1], la dernière visite de haut niveau d’un membre du Comité permanent à Pyongyang date de celle de Liu Yunshan en octobre 2015.

En février 2016, Wu Dawei, « Monsieur Corée du Nord à Pékin » était revenu bredouille d’une mission de bons offices où il avait tenté sans succès d’obtenir la garantie que Pyongyang cesserait ses provocations. 7 mois plus tard la Corée du Nord procédait à son 5e essai nucléaire. Enfin, arrivé au pouvoir en 2012, Kim Jong-un n’a contrairement à son père et à son grand père, jamais été reçu en Chine.

Notes :

[1Liste des résolutions et sanctions imposées à la Corée du Nord et cautionnées par la Chine depuis 2006 : 1695 (juillet 2006, test balistique) 1718 (14 octobre 2006, après le 1er test nucléaire), 1874 (12 juin 2009, 2e test), 2094 (mars 2013, 3e test), 2270 (mars 2016, 4e test), 2321 (novembre 2016, 5e test), 2371 (août 2017, après 2 tests missiles intercontinentaux en juillet)


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