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Corée du Nord. Le jeu croisé des menaces et du dialogue. Pékin spectateur de premier rang, Washington à la manœuvre

…Des divergences de fond.

La Chine a renforcé sa surveillance à la frontière nord-coréenne et mis ses unités en alerte dans le nord-est. Selon un article de Zero Hedge, qui reprend des analyses de chercheurs américains, Pékin se prépare à toutes les éventualités. Son dispositif, appuyé par des drone et des caméras et renforcé par des abris antinucléaires et anti chimiques, ne vise plus seulement à contenir un afflux de réfugiés en cas de crise, mais à se mettre en mesure de réagir à une crise politique interne ou à une attaque américaine, y compris en pénétrant en Corée du Nord. ZH cite l’estimation d’un expert américain anonyme : « Si les forces conjointes américano-coréennes avançaient vers la frontière chinoise Pékin pourrait prendre le contrôle des sites nucléaires et occuper le nord de la péninsule ».


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Il reste que, même en cette période de vents mauvais d’une relation cependant toujours formellement articulée à un « traité d’amitié », ayant un volet militaire [2], il serait illusoire de croire que Pékin pourrait, en s’alignant sur Washington, envisager une action militaire contre Pyongyang.

Tout au plus la direction du régime se prépare t-elle au pire dans ses provinces du Nord-est en mettant l’APL en alerte, après avoir accepté de durcir les sanctions par un gel de ses importations de charbon et de minerais. Ira t-elle jusqu’à fermer le robinet de pétrole comme le laissait entendre le Global Times au printemps dernier si Pyongyang procédait à un sixième essai nucléaire ? Rien n’est moins sûr.

Mais, dans cette situation où la possibilité d’une bascule nucléaire du régime de Pyongyang pourrait déclencher le cauchemar d’une course à la prolifération en Corée du Sud et au Japon, « pays du seuil » et premier rival stratégique de Pékin dans cette zone, il est prudent de ne rien exclure.

Enfin, en cas d’accident interne en Corée du nord, ou si un conflit éclatait, la Chine ne resterait pas inerte. Il est probable que ses troupes chercheraient au moins à prendre le contrôle des sites nucléaires et des aires de lancement balistiques. En toutes hypothèses, la priorité de Pékin resterait de veiller à ce que les États-Unis n’augmentent par leur influence dans la région à la faveur d’une crise violente en Corée du nord.

Pour l’heure et officiellement, la stratégie du Bureau Politique reste articulée aux propositions de double moratoire américain et nord-coréen, avancées par Wang Yi en mars dernier lors de sa conférence de presse de la réunion annuelle de l’ANP. Lire à ce sujet Corée du Nord. Wang Yi met Washington au pied du mur.

Une nouvelle équipe chinoise en charge de Pyongyang.

En nommant Kong Xuanyou, 58 ans chef du bureau Asie du Waijiaobu, jusqu’en 2015, qui fut 15 années en poste au Japon à Osaka et Tokyo et ambassadeur plénipotentiaire au Vietnam, Pékin signale sa volonté de rehausser le niveau de son équipe en charge de la question coréenne.


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Simultanément, Pékin se met en mesure de mieux communiquer avec Kim Jong-un en renouvelant l’équipe chargée du dialogue lui. Succédant à Wu Dawei, 71 ans dont l’efficacité est contestée par ses partenaires de dialogue en Corée du sud, Kong Xuanyou, 58 ans, n°1 de la diplomatie chinoise en Asie a, le 14 août dernier, été nommé représentant spécial pour la péninsule coréenne. Ce spécialiste du Japon, prend en charge un dossier dans un état catastrophique où la relation avec Pyongyang n’a jamais été aussi bas, au point qu’un récent article du South China Morning Post la voyait même « au bord de la rupture. »

Au passage, c’est peu dire que Wu Dawei, issue de la vieille garde maoïste, bouc émissaire des déboires de la relation entre Pyongyang et Pékin, n’avait pas l’entregent et la subtilité pour naviguer au milieu des chausse-trappes d’une situation devenue à la fois inextricable et explosive.

Selon un télégramme diplomatique américain daté de 2010, révélé par les fuites des « wikileaks », son collègue sud-coréen Chun Yung-woo le qualifiait en privé de « diplomate incompétent, arrogant, ancien garde-rouge marxisant, avec qui il était difficile de communiquer, ne connaissant rien, ni de la Corée du Nord, ni de la prolifération ».

Signe qu’à Pékin on tente de tourner la page du dialogue de sourds, le 1er juin dernier, Xi Jinping avait déjà rencontré Ri Su Yong, en charge des Affaires etrangères à Pyongyang. Il s’agissait de la première fois depuis 3 ans qu’un haut responsable nord-coréen était reçu par le président chinois.

Retour aux invectives, mais possible embellie.

Quant à la Corée du Nord, aux prises avec les sanctions les plus sévères jamais infligées, elle a, après une courte pause de quelques jours, repris son discours agressif à la veille de l’exercice conjoint Ulchi Freedom. Le 20 août, Pyongyang mettait en garde que l’exercice pourrait dégénérer en une guerre nucléaire et répétait ses menaces de frappes missiles contre Guam et Hawaï.

Là aussi, il est urgent de tenter un décryptage de la situation derrière le rideau des discours. Certes les tensions sont encore fortes et la situation paraît bloquée. Pyongyang dit ne pas vouloir abandonner son assurance nucléaire de survie ; Washington mesure à la fois les risques d’un affrontement militaire et ceux d’une Corée du Nord nucléaire ayant une capacité de frappe intercontinentale ;

Pékin, tout aussi inquiet, tente une médiation pour l’heure apparemment vouée à l’échec ; tandis que le département américain vient d’infliger des sanctions à 16 sociétés et hommes d’affaires russes et chinois accusés de commercer avec Pyongyang et de favoriser ainsi les programmes balistique et nucléaire du régime.

Le 23 août, la réaction acerbe de Hua Chunying, porte-parole du Waijiaobu récusant le droit de Washington de s’instituer en juge universel, contredisait les bonnes paroles de la visite du général Dunford à Pékin.

Mais au plus fort de la crise, une embellie provisoire se dessine peut-être.

Le 23 août, repris par plusieurs quotidiens américains, Rex Tillerson a, une nouvelle fois, laissé entendre qu’un dialogue pourrait s’ouvrir prochainement avec la Corée du Nord, à condition que le régime continue à s’abstenir de lancer des missiles et de procéder à des tests nucléaires.

Lue entre les lignes, la déclaration qu’il avait déjà faite il y a 15 jours lors du sommet de l’ASEAN à Manille, pourrait signaler un retour au pragmatisme, alors qu’au fil des années Washington n’a cessé de balancer entre « ouverture » mesurée et stratégie des sanctions n’ayant ni l’une ni l’autre produit le moindre résultat, en partie du fait de la propension de Pékin à protéger Pyongyang.

Pressions, sanctions et dialogue.

En mars dernier, la visite de Rex Tillerson à Séoul fut marquée par des manifestations de Coréens réclamant des négociations de paix avec Pyongyang. A l’époque, l’administration américaine exprimait un refus rigide, exigeant que Pyongyang prouve d’abord sa bonne foi. Depuis le mois de mai le ton a changé. Constatant l’arrêt des tests missiles et le report des tirs autour de Guam, Washington semble au moins prêt à dialoguer, sinon à signer la paix.


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En 2013 une étude de la « Brookings Institution » intitulée « Facing the facts » prévoyait exactement les évolutions inquiétantes observées aujourd’hui. Après avoir anticipé que les progrès balistiques de Pyongyang mettraient à terme le territoire américain sous la menace d’une frappe et que le régime ne serait jamais disposé à abandonner ses projets nucléaires, il préconisait une double approche.

Suggérant l’augmentation radicale des pressions internationales (ce que nous constatons aujourd’hui avec le durcissement de Pékin), tout en se préparant à un accident interne du régime mis en difficultés par les sanctions, il conseillait de maintenir ouverts les canaux de dialogues avec la tête du régime.

Le raisonnement, empreint de réalisme, soulignait le fait que, dans un contexte où une action militaire revêtait des risques considérables, la seule option possible était d’accompagner les pressions par un dialogue, même si le régime répétait que l’arsenal nucléaire et balistique n’était pas négociable. Mieux valait des échanges, même difficiles et à l’issue incertaine, qu’une complète rupture des contacts.

La vertu des contacts parallèles.

Choe Sun-hui, chef du Bureau Amérique du Nord au ministère des AE nord-coréen est bien connue des centres de recherches occidentaux et sud-coréens. Parlant parfaitement Anglais, elle aurait, selon des sources anonymes participé à des contacts parallèles à Oslo en mai dernier, avec des anciens responsables américains dont Thomas Pickering, Robert Einhorn et l’Amiral en retraite W. Fallon. Après la réunion Choe avait déclaré à Pékin que Pyongyang était disposé à dialoguer. R. Einhorn avait même affirmé qu’un gel des programmes nucléaires et balistique était envisageable.


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Sous la surface de ses provocations, Pyongyang semble faire le même raisonnement.

En mai dernier, citant des sources anomymes, l’agence sud-coréenne Yonhap rendait compte que Madame Choe Sun-hui, directrice générale du bureau Amérique du Nord du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, avait rencontré à Oslo – faisant suite à une autre réunion à Genève en novembre 2016 – Thomas Pickering, ancien secrétaire d’État adjoint et ancien Ambassadeur aux NU, Robert Heinhorn, qui fut conseiller spécial du Département d’État pour la prolifération nucléaire, aujourd’hui chercheur à la Brookings, l’amiral en retraite William Fallon en retraite, ancien chef des opérations du Pentagone et Suzanne Di Maggio, ancienne membre du PNUD et habituée des dialogues officieux avec l’Iran et la Corée du Nord.

S’adressant à la presse à l’aéroport de Pékin le 9 mai dernier, Choe avait déclaré que Pyongyang serait disposé à dialoguer « sous certaines conditions précises. »

Au même moment, D. Trump affirmait qu’il « serait honoré » de rencontrer Kim Jong-un. Il changea de ton un mois plus tard suite au décès, le 19 juin 2017, du jeune Otto Warmbier 22 ans, condamné par Pyongyang à 15 ans de prison sous une fausse accusation d’incitation à la sédition, puis libéré 17 mois plus tard, dans un état comateux, quelques semaines avant sa mort.

Au-delà des avalanches de menaces croisées entre Pyongyang et Washington et en dépit des accidents de parcours, du tragique décès de Warmier et de l’extrême suceptibilité de Pékin, c’est bien cette dynamique à deux faces des sanctions considérablement durcies et du dialogue que Tillerson tente de maintenir à flots et d’exploiter.

Notes :

[2Signé en septembre 1961, 4 mois après le coup d’État du général Park à Séoul, entre Zhou Enlai alors premier ministre de Mao et Kim Il-sung. Prônant la coopération pacifique en matières culturelle, économique et sociale, il comporte une clause de soutien réciproque en cas d’agression d’un pays ou d’une coalition de pays tiers.

Valide pour 20 ans, il a été renouvelé en 1981 et en 2001, ce qui en théorie le rend opérationnel jusqu’en 2021. Pour autant, alors que le 11 août Wang Yi considérait publiquement que les sanctions contre Pyongyang étaient justifiées à la suite des 2 tests intercontinentaux, un éditorial en Anglais du Global Times, prévenait Kim Jung-un que la Chine ne volerait pas au secours de la Corée du Nord si elle agressait les États-Unis.


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