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Coups de boutoir méthodiques de Pékin contre l’Île. Le Panama quitte le navire taïwanais

Le 13 juin 2017, Wang Yi et son homologue panaméen aux Affaires étrangères Isabel de Saint Malo déclarent officiellement l’établissement des relations diplomatiques entre leurs deux pays. La bascule a lieu à quelques jours près une année après la visite officielle de Tsai Ing-wen à Panama, qui fut la première de son mandat.


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Sans états d’âme Pékin poursuit ses inflexibles pressions contre Tsai Ing-wen pour la contraindre à reconnaître la politique d’une seule Chine et le « consensus de 1992 ».

Depuis la cérémonie d’investiture en mai 2016, le Continent a fermé tous les canaux officiels de contacts ; par le biais de son réseau international infiniment plus puissant que celui de l’Île, il a augmenté ses harcèlements internationaux en faisant rapatrier en Chine tous les Taïwanais expulsés de pays étrangers pour manquements aux lois et, tout dernièrement, il a, avec l’aide de la présidente chinoise de l’Organisation Mondiale de la Santé, refusé la participation de l’Île à sa conférence annuelle.

Enfin, en février dernier, la fermeté imperturbable du Parti Communiste chinois sur l’appartenance de l’Île au Continent avait à ce point impressionné la nouvelle Maison Blanche que Donald Trump avait effectué une brutale volte-face, abandonnant en rase campagne son projet initial d’utiliser la question taïwanaise comme argument de négociation avec Pékin.

Attaques contre la marge diplomatique taïwanaise.

Simultanément, le Parti communiste accélérait ses manœuvres visant à réduire la marge internationale de Taipei. Depuis la large victoire de Tsai aux élections, le 16 janvier 2016, le Bureau Politique a en effet abandonné les délicatesses diplomatiques qui ménageaient Ma Ying-jeou. Touchant un des points les plus sensibles de la conscience identitaire taïwanaise, il a incité la bascule diplomatique de la Gambie en mars 2016, puis celle, 9 mois plus tard, de Sao Tomé Principe, ayant tous deux reconnu « le principe d’une seule Chine » et, tournant le dos à l’Île, noué des relations avec Pékin.

L’hémorragie que QC avait anticipée, a continué le 13 juin dernier avec la bascule de Panama où Tsai Ing-wen se trouvait il y a tout juste un an pour la première visite officielle de son mandat. Lire notre article Pékin augmente ses pressions sur Tsai Ing-wen.. Il est exact que la compétition qui, dans les années 90 était encore équilibrée, est devenue fortement asymétrique, tandis que les ressources de l’Île ne permettent plus de contrebalancer la puissance des investissements venant de Chine, dont à Panama les navires sont, après les Américains, les plus grands utilisateurs du canal.

A ces réalités s’ajoute le projet chinois en partie financé par COSCO de construire sur les 1200 hectares d’emprise ouverte aux investissements étrangers par le gouvernement de Panama, un port de conteneurs avec des facilités de stockage de gaz. Il est bien probable que lors de sa visite en juin 2016, Tsai ait bien compris que cette tendance deviendrait irréversible puisque le point d’orgue de la cérémonie d’inauguration du canal élargi et des nouvelles écluses fut précisément le passage dans le canal d’un conteneur géant de COSCO long de 300 m.

Une manœuvre politique.

Pour autant, il serait faux de croire que les principales motivations de Pékin seraient économiques. Les compagnies chinoises auraient en effet pu continuer à investir sans cette bascule d’allégeance du Panama. Peut-être Pékin aurait-il même choisi de ménager Taipei en échange de la reconnaissance par Tsai Ing-wen du « consensus de 92 ».

En réalité, ce qui apparaît déjà comme le choc symbolique le plus violent infligé à Taïwan par Pékin depuis que les relations dans le Détroit se sont dégradées en 2016, est articulé à l’arrière-plan politique poussant Pékin à exercer une pression sans retenue pour faire rentrer Taipei dans le rang, y compris en prenant le risque de provoquer une crise dans le Détroit.

C’est bien pour cette raison qu’à Taipei on s’inquiète d’une possible contagion provoquant de nouvelles défections en Amérique Latine et dans les Caraïbes des quelques pays encore fidèles à leurs relations avec l’Île (Belize, Salvador, Haïti, le Nicaragua, St Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la République Dominicaine, le Guatemala, le Paraguay, Honduras et Sainte-Lucie.)

Pour éloigner le spectre de l’hémorragie, Tsai était retournée dans la région en janvier 2017, visitant le Honduras et le Nicaragua où elle avait assisté à la 4e investiture de Daniel Ortega.

Un réseau diplomatique en peau de chagrin.

Le 8 juin, Taiwan a vigoureusement protesté contre la décision du Nigéria de déménager le Bureau de représentation taiwanais d’Abuja à Lagos. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères taiwanais qui parlait d’une « manipulation chinoise irrationnelle, barbare et violente » exprimait à la fois la colère et un sentiment d’humiliation.


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Plus largement, les élites taïwanaises constatent avec amertume que le réseau diplomatique de l’Île qui comptait 30 pays au milieu des années 90 et est aujourd’hui réduit à 20, dont 19 ont des ambassades à Taipei [1]. Dans l’Île on se console en songeant qu’à ces pays s’ajoutent les bureaux des représentation de l’UE, des États-Unis et de plus de 45 pays de tous les continents ayant avec Taïwan des relations non diplomatiques, mais où l’Île entretient des missions culturelles et commerciales et des capacités consulaires.

Il reste que, tirant profit d’une conjoncture favorable marquée par le retrait de l’Amérique et la volte-face de Trump, Pékin a depuis quelque temps décidé de mettre également sous pression les bureaux de représentation de Taïwan. Ainsi, dans un mouvement qui pourrait ne pas avoir de fin, le Parti Communiste a entrepris d’intimider le Nigeria, Dubai, la Jordanie, l’Equateur et Bahrain. Le 4 juin, Dubai a, sous la pression de Pékin, modifié le nom de la représentation taïwanaise. De « Bureau commercial de la République de Chine », elle est devenue « Bureau commercial de Taipei ».

Un bras de fer diplomatique que Taipei n’a aucune chance de remporter est également en cours avec le Nigéria alors que Pékin est bien décidé à faire disparaître de l’intitulé des bureaux toute évocation d’une entité souveraine.

Le 4 juin également, le gouvernement nigérian a sans ménagement fait savoir à l’envoyé de Taipei, dont la mission en attente de son transfert à Lagos, est fermée depuis la fin mai, qu’il devrait quitter la capitale Abuja dans la semaine, après quoi « il ne serait plus en mesure d’y assurer sa sécurité ».

Il reste que la force de l’obsession nationaliste exprimée par Pékin contre l’Île sans le moindre esprit de compromis, véhicule un important potentiel de crise.

Notes :

[1Hormis les pays d’Amérique latine déjà cités, il reste encore le Burkina Faso, le Swaziland, le Vatican et en Océanie, Kiribati, les Îles Marshall, Nauru, Palau, les Îles Salomon et Tuvalu


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