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›› Taiwan

Coups de boutoir méthodiques de Pékin contre l’Île. Le Panama quitte le navire taïwanais

A Taiwan, un raidissement mêlé de désarroi.

Le 14 juin, devant les instances de son Parti Tsai a répété que l’Île ne cèderait pas aux menaces. Dans ce raidissement elle est suivie par plus de 70% de la population.


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En augmentant ainsi ses pressions contre Tsai Ing-wen, Pékin prend le risque de s’aliéner sans nuance l’opinion de l’Île dont certaines fractions commerciales et industrielles très liées avec le Continent sont pourtant portées par intérêt économique au compromis avec le Continent. L’inflexibilité pourrait aussi fermer l’option d’une réunion pacifique.

Il est vrai qu’à l’intérieur, confrontée aux difficultés des réformes socio-économiques (retraites, temps de travail, réforme de la justice) Tsai fait face à une importante chute de sa popularité tombée en moins d’un an de 69,9% à 41,5% en février 2017 (après un rebond positif de 7 points depuis janvier 2017).

En revanche, sur la politique dans le Détroit, la population de l’Île fait bloc derrière elle. Le 29 mars dernier, un sondage révélait en effet que 80% des Taiwanais, quelle que soit leur appartenance politique, considéraient que, depuis l’élection de Tsai Ing-wen, la Chine avait été « hostile » ou « extrêmement hostile » (43,8%).

En revanche, 70% des sondés ont exprimé leur satisfaction à l’égard de la politique de Tsai visant à maintenir le statuquo entre les deux rives, tandis que 67,8% considéraient que l’exigence de Pékin d’une reconnaissance du consensus de 92 n’était pas acceptable, contre seulement 25,3% qui approuvaient la contrainte exercée par Pékin.

Cette solidarité des Taïwanais avec leur présidente s’accompagne d’une crispation politique du DPP.

Le 14 juin, s’exprimant à la réunion hebdomadaire du Comité Permanent de son Parti, Tsai a rappelé plusieurs termes de son discours du 10 octobre 2016. Réaffirmant que l’Île ne cèderait pas aux pressions et aux menaces, elle a accusé Pékin de bousculer unilatéralement le statuquo et d’avoir, par ses provocations, non seulement menacé la stabilité de la région, mais également réduit à néant les relations entre les deux rives. Dans ces conditions, Taipei allait réévaluer sa stratégie dans le Détroit.

L’option japonaise. Une hypothèse périlleuse.

Avant son élection Tsai avait à plusieurs reprises rencontré Shinzo Abe. Mais le rapprochement entre Tokyo et Taipei reste sévèrement contrôlé par Pékin.


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Le lendemain, un éditorial du Taipei Times évoquait un rapprochement avec le Japon.

Bien que n’ayant aucune portée stratégique concrète ni la moindre chance de constituer un contrepoids aux harcèlements de Pékin, Tokyo et Taipei n’ayant pas de relations diplomatiques, tandis que les marges de Shinzo Abe restent bridées par le passage obligé d’une relation incontournable avec la Chine, l’insistance avec laquelle, dans l’Île, on parle d’une plus grande proximité avec le Japon traduit un inconfort.

Troublées par le glissement des lignes provoquées par les embardées américaines, les élites du DPP cherchent en tâtonnant une position de repli asiatique auprès de l’ancestral adversaire du Continent, sujet à l’incessant accablement moral du Parti Communiste dont les arrières pensées nient à Tokyo toute pertinence stratégique en Asie.

Compte tenu de la prévalence chinoise dans la zone, la stratégie est pour le moins acrobatique sinon dangereuse. Pour revenir sur les relations entre l’Île, le Japon, le Parti Communiste chinois et le KMT, les lecteurs voudront bien se reporter à la recension de l’ouvrage « Formose trahie », Georges Kerr, (1986).

Note de contexte.

A Taïwan, « l’hypothèse japonaise » prend racine dans le fait que l’Île est probablement l’un des exemples en Asie où, en 50 ans d’occupation, la règle de Tokyo a laissé le moins de traces négatives. Certes l’Empire nippon aux commandes de 1895 à 1945 considérait la population taïwanaise avec condescendance, mais le fait est qu’il a développé et modernisé l’Île avec méthode et rigueur.

Comparé aux prédations sauvages de l’armée en déroute de Tchang Kai-chek responsable du massacre du 28 février 1947 « 2-28 大屠殺 er - er ba da tusha », épisode tragique pesant encore douloureusement dans la mémoire taïwanaise, le régime imposé par Tokyo est loin d’avoir laissé des cicatrices aussi épouvantables.

Quant au Parti communiste chinois, il continue à véhiculer l’angoisse d’une possible agression que les récents coups de boutoir de Pékin ont encore aggravée. Rien d’étonnant alors qu’à Taïwan, pour beaucoup d’esprits prisonniers d’un statuquo inconfortable dont l’issue chinoise pèse comme une fatalité hostile, le Japon devenu démocratique, constitue une option, au moins imaginaire. Avec les hésitations de l’Amérique, celle-ci a tendance à se préciser.

Un héritage japonais moins négatif.

Comme l’ancien président Lee Teng-hui qui, dans sa jeunesse, servit dans l’armée japonaise et offrit à la future présidente le rôle de négociateur taïwanais à l’OMC, Tsai conserve un apriori favorable à l’égard du Japon. Récemment, la taïwanaise Emily Chen, licenciée en politique internationale à Stanford et doctorante à l’université de Tokyo, décrivait dans « The Diplomat » les connivences entre Shinzo Abe et Tsai Ing-wen quand la future présidente avait visité le Japon en octobre 2015 alors qu’elle nétait encore que candidate.

Arrivée au pouvoir, Tsai a hissé au niveau d’une de ses premières priorités, l’approfondissement des relations de l’Île avec le Japon. Dans ce projet elle est suivie par Shinzo Abe qui bénéficie d’une cote favorable au Japon. Elle est aussi appuyée par l’opinion de l’archipel nippon dont 66,5% disent se sentir « proches des Taïwanais ».

Il reste que la situation stratégique et la vigilance de Pékin dessinent les limites de l’exercice.

Quand le 25 mars dernier, Jiro Akama, 49 ans, membre de la Diète et jeune vice-ministre des Affaires étrangères était venu à Taïwan pour assister à la cérémonie d’inauguration d’un projet de promotion de la culture japonaise, qui fit de lui le plus haut dignitaire nippon ayant visité l’Île en 45 ans, Hua Chunying, la porte-parole du Waijiaobu avait « solennellement protesté ».

Accusant Tokyo de ne pas respecter sa promesse de limiter les relations avec l’Île aux échanges avec les sociétés civiles locales, elle avait mis en garde que cette tendance constituait un sérieux obstacle à l’amélioration des liens sino-japonais.

En décembre 2016, Pékin avait déjà mis les pieds dans les plats en rappelant à Tokyo que la promotion des liens culturels et économiques ne pouvaient pas servir d’excuse pour défier la souveraineté chinoise à Taiwan en donnant le sentiment que les autorités japonaises cautionnaient l’existence de deux entités séparées de chaque côté du Détroit.

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Du coup, le « rapprochement » se poursuit « profil bas » en évitant d’indisposer Pékin. Les contacts se développement notamment sur un mode pratique autour de sujets tels que les importations de poisson des préfectures exposées aux radiations de Fukushima, toujours interdites dans l’île en dépit des garanties japonaises.

Dans l’état actuel de la situation où Shinzo Abe vient de brandir un rameau d’olivier à l’intention de Pékin, déclarant sa disponibilité à participer, sous certaines conditions [2] aux projets chinois des « nouvelles routes de la soie », on voit mal comment la relation entre Tokyo et Taïwan pourrait changer de nature.

Notes :

[2La bonne volonté de Tokyo s’exprime alors que des spéculations courent sur le possible changement de stratégie de Tokyo et Washington, seuls membres du G.7 à ne pas encore participer à la Banque d’investissement et d’infrastructures asiatique (AIIB) que les deux pourraient rejoindre, (à ce sujet lire notre article : L’élan global de la monnaie chinoise, craintes américaines et perspectives.)

Il reste qu’en faisant un pas vers Pékin, en amont d’une réunion à trois organisée par Tokyo entre le Japon, la Chine et la Corée du sud, le premier ministre japonais accusé par le Politburo de diviser l’ASEAN et de rallier les ennemis asiatiques de la Chine, a cependant exprimé quelques réserves.

Après avoir loué la valeur des projets chinois, jetant des ponts entre l’Est et l’Ouest et apportant des capitaux capables de développer les régions moins favorisées, il a insisté sur leur nécessaire viabilité économique à « financer par des dettes remboursables » et « non pas par des créances pouvant mettre en danger les prêteurs. »


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