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Embardées verbales à l’ONU. Pékin inquiet et à bout d’arguments réagit avec placidité

Le 19 septembre lors de l’assemblée générale des NU à New-York eut lieu un violent échange verbal opposant Donald Trump et Ri Rong-ho, ministre des affaires étrangères de Pyongyang. Dans sa diatribe anti-américaine ce dernier a non seulement repris toutes les accusations adressées à Washington par Moscou et Pékin, mais il a également vertement critiqué l’arbitraire des NU et appelé à une refonte du Conseil de sécurité.


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L’échange fera date aux Nations Unies. Renversant les tables de la bienséance feutrée de l’Assemblée Générale, apportant son appui inconditionnel à Israël, dénonçant les « embarras » de l’accord iranien et les hypocrisies d’une institution coûteuse et inefficace où Washington payait pour les autres sans réelle contrepartie, Donald Trump a traité Kim Jong-un de « Rocket man » sénile et menacé d’aplatir son pays sous les bombes s’il s’avisait d’agresser les États-Unis ;

A quoi Ri Rong-ho le ministre des Affaires étrangères nord-coréen, offusqué par le manque de respect public témoigné à l’égard de Kim le Troisième, dirigeant déifié par la propagande et dernier perturbateur nucléaire de la planète aux ambitions de puissance intouchable protégée par le feu atomique, a répliqué que le président américain, « mentalement dérangé », avait, par son discours, créé les conditions inéluctables d’une frappe nucléaire contre les États-Unis. « Le peuple américain qui en paierait le prix, n’aurait qu’à s’en prendre à son président. »

Ri ajouta que la Corée du Nord qui se considérait désormais comme une puissance nucléaire, s’estimait en guerre contre les États-Unis. Trois jours plus tard il affirma que Pyongyang s’autoriserait à abattre les aéronef américains patrouillant à ses approches [1] et déclarait l’intention de Pyongyang – cependant laissée, dit-il, à la décision de Kim Jong-un - de procéder au test d’une bombe à hydrogène tirée dans l’atmosphère au-dessus du Pacifique.

Les Américains sur le pied de guerre.

A gauche l’amiral Harris, à la tête du PACOM, en visite en Chine en avril 2015, accueilli par le général Fan Changlong, vice-président de la CMC et membre du Bureau politique. A l’époque ce dernier avait fustigé les patrouilles de l’US Navy aux abords des îlots élargis par la Chine. Les rencontres répétées des chefs militaires américains avec leurs homologues chinois témoignent de la volonté d’apaisement affirmée de part et d’autre.


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L’Amiral Harris commandant en Chef du Pacifique, né d’une mère japonaise et d’un père officier marinier américain, que le Bureau Politique chinois déteste depuis qu’il avait qualifié les extensions artificielles en mer de Chine de « grande muraille de sable », prend la menace au sérieux et a mis la flotte américaine en alerte. Une explosion nucléaire dans l’atmosphère renouerait avec des habitudes oubliées, puisque la dernière qui fut chinoise, eut lieu en 1980, au-dessus du désert du Lop Nor, à 400 km au sud d’Urumqi dans le Xinjiang.

Au total, depuis 1945, il y eut 530 explosions atmosphériques dont la grande majorité furent américaines (217, les 4 dernières en 1963) et soviétiques (219, les 78 dernières en 1962). Les autres furent françaises (50 dont 4 au Sahara en 1960-1961, 46 à Mururoa et Fangatofa, les dernières en 1974), britanniques (21 en Australie, les dernières en 1963) et chinoises (23 dans le désert du Lop Nor, la dernière en 1980). Tous eurent des effets dévastateurs toujours pas complètement résorbés sur l’environnement et la santé des populations limitrophes.

Enfin, l’exercice auquel menace de se livrer Pyongyang, nouvelle étape de ses provocations, constitue une opération techniquement complexe. Au demeurant, les tests nucléaires dans l’atmosphère à partir d’un tir balistique furent très rares dans l’histoire de l’arme atomique. Les Américains se souviennent d’une de leurs armes, tirée en 1962 à partir d’un sous-marin en direction des îles Christmas (400 km au sud de l’île de Java) qui explosa par accident dans l’atmosphère.

Pékin impavide mais déconcerté.

A New-York le discours maîtrisé et sans passion du MAE chinois Wang Yi exprimait à la fois la volonté de faire baisser les tensions à ses portes et l’inquiétude d’un emballement militaire intempestif.


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C’est peu dire qu’à Pékin, à trois semaines du Congrès du Parti, le Bureau Politique, constatant que la situation menace de déraper à ses portes, est inquiet. Même si au milieu des échanges insultants et des menaces d’apocalypse Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères a, à New-York, calibré son discours au millimètre, exprimant une distance et une maîtrise de soi qui tranchait avec les invectives, ce qui domine à Pékin c’est le désarroi et la stupeur.

« Nous voulons que le choses se calment » disait sobrement à Reuters Liu Jieyi, ambassadeur à l’ONU, le 25 septembre. C’était un euphémisme.

Comme il se doit dans ce système hiérarchique vertical, le commentaire était strictement conforme au discours apaisant du ministre le 19 septembre. « Les perspectives de paix sont toujours là et nous ne devons pas abandonner l’espoir de résoudre la crise nucléaire », a dit Wang Yi sur un ton neutre, monocorde et sans passion contrastant les diatribes américaines et nord-coréennes.

Avec un brin de nostalgie, refusant de reconnaître à quel point la situation s’était dangereusement enkystée, évoquant l’époque où Pékin pouvait encore espérer jouer les médiateurs avec la famille Kim dont le dernier rejeton considère aujourd’hui les Chinois comme des « traitres », le ministre a refait l’historique « du dialogue à 6 » quand, il y a douze ans, les négociations avaient, dit-il, « tracé la route de la négociation vers la dénucléarisation », option que Pékin dit toujours vouloir privilégier aujourd’hui [2].

Apparemment à bout d’arguments, rappelant les incessants efforts de Pékin pour apaiser la situation, il a exhorté Pyongyang à « ne pas emprunter une route dangereuse – 不要沿着危险的方向 » et, appelé les États-Unis à « tenir leurs engagements à l’égard de la Corée du Nord 我们 呼吁美国把 对朝鲜 提出的“四不“承诺 - que sont les quatre “Non“ » :

Non au « regime change » ; Non aux pressions visant à l’effondrement du régime ; Non à l’accélération de la réunification ; Non au déploiement militaire américain au nord du 38e parallèle, toutes ces injonctions reflétant en réalité les principales craintes de Pékin qui, depuis toujours, rêve du statuquo d’une péninsule coupée en deux et stable.

Le moins qu’on puisse dire est que les ambitions nucléaires de Pyongyang perturbent l’utopie chinoise de l’immobilisme, dans un contexte où la communauté internationale est elle même divisée sur la route à suivre.

Pour l’heure, comme beaucoup, Pékin qui connaît bien son voisin, craint que les menaces américaines accélèrent la nucléarisation définitive de la Corée du Nord. La plus récente mise en garde date du 19 septembre, par le porte-parole du Waijiaobu Lu Kang « l’évolution de la situation telle qu’elle est aujourd’hui montre que les menaces en paroles ou en action ont échoué. Elles ont au contraire contribué à aggraver les tensions et rendu la solution de la question nucléaire encore plus difficile » (…)

« Nous espérons » poursuivait le Waijiaobu « que toutes les parties concernées se conformeront à l’esprit de la résolution 2375 du 11 septembre 2017 » - Note de la rédaction qui prévoit une restriction des exportations de pétrole et de produits raffinés avec compte rendu à l’ONU des livraisons effectuées dans le cadre des quotas humanitaires -.

Notes :

[1Les incidents de frontières impliquant des militaires américains dont beaucoup perdirent la vie, furent nombreux. En se limitant aux incidents aériens on retiendra que le 27 avril 1965, 2 MIG 17 attaquèrent un appareil de reconnaissance stratégique américain octo-réacteurs de type RB-47 à 80 km des côtes nord-coréennes. L’appareil fut endommagé mais réussit à se poser à Yokota au Japon ;

Le 14 avril 1969, un avion espion non armé de la marine américaine de type EC-121 patrouillant au-dessus de la mer du Japon loin de l’espace aérien nord-coréen, a été abattu par un MIG 21 nord-coréen. L’appareil s’était écrasé à 90 nautiques des côtes nord-coréennes et les 31 membres d’équipage avaient été tués.

A l’époque l’administration Nixon avait réagi de manière mesurée par une démonstration de force et en reprenant les patrouilles escortées par des chasseurs.

Le 17 décembre 1994, un hélicoptère Bell qui avait pénétré par erreur dans l’espace nord-coréen au nord de la ligne de démarcation fut abattu. L’un des pilotes fut tué et l’autre retenu en otage pendant 13 jours.

A mesure que monte la fureur des échanges verbaux, la crainte s’installe que la situation militaire pourrait déraper. Peu après les menaces de Ri en réponse à l’offensive verbale de D. Trump, le Général McMaster, conseiller à la sécurité nationale américain confirmait le refus de Washington de négocier sous le présupposé d’une reconnaissance du statut de puissance nucléaire de Pyongyang.

[2Le « dialogue à 6 » cessa en 2009 après les désaccords sur les procédures de vérification par l’AEIA et un test missile de la Corée du Nord. Depuis, le régime de Pyongyang a déclaré qu’il ne retournerait pas au dialogue et ne se considérait plus lié par les accords conclus en 2005 par lesquels il promettait de mettre fin à son programme nucléaire. Lire Chronology of U.S.-North Korean Nuclear and Missile Diplomacy


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