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En amont des présidentielles l’optimisme des indépendantistes

Les deux candidates aux élections présidentielles taïwanaises en janvier 2016. A gauche Hung Hsiu-chu tient pour le KMT un discours proche de celui de Pékin qui plombe sa popularité. A droite Tsai Ing-wen, présidente du parti indépendantiste ajuste sa stratégie pour réduire l’effet répulsif pour Pékin de son crédo indépendantiste.

A cinq mois des présidentielles, le parti indépendantiste Min Jin Dang 民進黨(DPP en Anglais) est en apparence face à un casse-tête de première grandeur, obligé d’assouplir sa ligne souverainiste pour rassurer la majeure partie de l’opinion toujours adepte du statuquo et de l’absence de crise avec Pékin. Mais le contexte général de l’affaiblissement du KMT pourrait faire apparaître Tsai Ing-wen comme le moins mauvais choix possible aux élections de janvier 2016.

Après une période de flottement, la Direction du Parti qui vient de recevoir un appui inhabituel du Département d’État américain est donc saisie par une vague d’optimisme d’autant que la candidate officielle du KMT, Hung Hsiu Chu tient un discours répulsif proche de celui de Pékin et à rebours de l’opinion. Précisions enfin que sans qu’il soit encore possible d’en déduire les conséquences sur le scrutin présidentiel, vient d’apparaître une carte sauvage qui pourrait déjouer les prévisions.

Alors que le DDP lui-même tente d’assouplir sa ligne, le nouveau maire de Taipei, Ko Wen-je 55 ans affirme tranquillement une position proche des souverainistes, en amont du forum annuel entre les municipalités de Shanghai et de Taipei.

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L’optimisme mesuré du DPP. Flottement de la ligne du Parti.

La quadrature du cercle que la présidente du DDP Tsai Ing-wen doit résoudre est connue : Comment rassurer l’opinion qui ne veut pas de tensions avec Pékin, sans pour autant brouiller son message indépendantiste qui constitue sa raison d’être ? Et comment développer des liens apaisés avec le Continent qui ne jure que par le « Consensus de 1992 » – la reconnaissance d’une seule Chine - alors que, précisément, la mouvance indépendantiste le rejette ?

L’inconfort de la position du DPP s’est exprimé lorsque, début avril quand, après avoir évoqué « le maintien du statu quo » devant la Commission des Affaires chinoises du Parti, la Présidente Tsai Ing Wen, officiellement candidate, a à la fois été attaquée par les indépendantistes les plus radicaux : « le maintien du statu quo serait un coup mortel pour la Nation. Ce choix serait celui du moindre mal, mais aussi celui qui aurait le moins de sens politique » et par les partisans d’un accommodement politique avec Pékin qui affirment que « si le Parti n’abandonnait pas l’objectif formel d’indépendance, les relations dans le Détroit en seraient déstabilisées et réduites à néant ».

La ligne étroite entre les pressions du Parti communiste, le dogme indépendantiste et les inquiétudes des Taïwanais n’en a pas moins été maintenue dans la suite des discours de Tsai, décidée à toiletter le discours idéologique du Parti, prix de son accession au pouvoir. Évitant soigneusement les déclarations boute feu faisant allusion à la séparation d’avec la Chine ou à la souveraineté de l’Île à laquelle elle a préféré le concept « d’autonomie », elle a répété que son Parti « entamerait le dialogue avec le Continent avec détermination et pragmatisme pour trouver des solutions acceptables par les deux rives du Détroit ».

Mais, signe que la direction du Parti flotte, fin mai, une déclaration du Comité Central répétait son attachement non seulement au « maintien de la paix et de la stabilité », mais également à « la protection de la souveraineté de l’Île et des valeurs démocratiques. »

Le Département d’État américain contredit son discours de neutralité.

Enfin, preuve que les lignes ont sérieusement bougé, Tsai a, début juin reçu un appui efficace de la Maison Blanche. Alors que la position officielle américaine cautionne la « politique d’une seule Chine », la présidente du Parti indépendantiste a, lors d’une visite de 12 jours aux États-Unis, été reçue au Département d‘État à Washington le 4 juin. En dépit des dénégations de Washington qui réaffirme sa « neutralité » et son « intérêt pour des relations apaisées dans le Détroit », l’occurrence marque une modification majeure de la stratégie de prudence de la Maison Blanche, dont les arrière-pensées sont peut-être liées aux tensions sino-américaines en mer de Chine du sud.

Autre analyse possible : ayant constaté les désarrois du KMT et les tendances pro-Pékin de Hung Hsiu Chu, n°2 du Yuan Législatif et candidate du Parti nationaliste, il est possible que la direction américaine considère que, tout compte fait, Tsai Ing-wen sera en dernière analyse la mieux à même de préserver la stabilité dans le Détroit.

Pékin reste placide.

En même temps - et c’est également un point capital du puzzle taïwanais - on notera l’étonnante placidité de Pékin face à ce que le régime considère pourtant comme une ingérence dans ses affaires intérieures. Jusqu’à présent, en effet, aucun responsable politique taïwanais candidat à l’élection présidentielle, qu’il s’agisse de Tsai elle-même en 2011, de Ma Ying-jeou, alors maire de Taipei et n°1 du KMT en 2006, de Frank Hsieh en 2007 alors candidat du DPP aux élections de 2008, n’avait été reçu à ce niveau par un gouvernement des États-Unis.

Pékin – qui n’apprécie certes pas cette évolution des choses, ni les discours démocratiques de Tsai -, n’a réagi à l’événement que de manière mesurée, preuve s’il en est que le régime chinois entend se ménager une marge de souplesse en cas de victoire indépendantiste aux présidentielles. Si les objectifs de Pékin restent immuables, on mesure les évolutions de la stratégie en 20 ans. En juin 1995, le discours sur la démocratisation de Lee Teng Hui à l’Université américaine Cornell au cours d’une visite de seulement 2 jours, avait en effet déclenché des tirs de semonce de missiles inertes ordonnés par le Parti dans les parages de l’Île.

Hung Hsiu-chu, candidate officielle du KMT aux présidentielles de 2016.

Le 20 juillet, les médias chinois ont relayé la nouvelle de l’investiture de Hung Hsiu-chu, n°2 du Yuan Législatif, comme candidate du Parti. Âgée de 66 ans, ancienne secrétaire générale adjointe du KMT, cette fille d’un ancien du KMT du Continent venu à Taïwan en 1946, soupçonné de trahison, emprisonné puis blanchi, est un élément marginal du Parti, connue pour ses positions radicales prochinoises dont les idées de coopération sans réserve avec Pékin sont à contre courant de l’opinion taïwanaise et surtout en contraste violent avec les positions de la jeune génération.

Après l’échec de l’accord cadre sur les services au printemps 2014 et la cuisante défaite du KMT quelques mois plus tard, sa nomination exprime clairement les désarrois internes du Parti marqués par le refus d’Eric Chu de se présenter au scrutin et par la rivalité entre Ma Ying-jeou et Wang Jin-pying, le président du Yuan Législatif.
Parmi ses nombreux handicaps, dont celui d’avoir l’air de répéter le discours du régime chinois, le plus sérieux défaut de Hung aux yeux de beaucoup de Taïwanais, est peut-être qu’il s’agit du premier dirigeant du KMT qui par ses déclarations risque de s’aliéner la classe des militaires.

Non seulement son discours a plusieurs fois édulcoré la menace missiles exercée par Pékin, mais il prône en plus l’abandon des achats d’armes aux États-Unis. Hung a également pris position contre le statuquo, non sans logique puisqu’il s’agit d’une option stratégique sans avenir. Mais ce faisant, elle avance contre la majorité des Taïwanais qui, depuis des lustres, en ont fait l’épine dorsale de leurs relations avec le Continent.

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S’exprimant face à des journalistes le 28 juin dernier Ko Wen-je le très populaire maire de Taipei expliquait que les négociations avec la municipalité de Shanghai en vue du forum annuel avec Taipei, rencontraient des difficultés. En cause : son refus de reconnaître l’existence d’une seule Chine du « consensus de 1992 », préférant affirmer la nécessité de la confiance et du respect mutuel.

Le surgissement dans le paysage électoral d’un candidat du KMT aussi atypique dont les idées sont à rebours de celles de l’opinion, est de nature à modifier les rapports de forces traditionnels des scrutins dans l’Île. Après avoir tiré les leçons de son échec de 2008, Tsai Ing-wen paraît, par comparaison, beaucoup plus en mesure de gérer les profondes contradictions de l’Île, non seulement en termes de politique intérieure, mais également et surtout dans les relations avec le Continent. A l’heure actuelle rares sont les politologues dans l’Île qui croient à la victoire de Hung. Les derniers sondages confirment en effet que la présidente du DPP devance très largement sa rivale.

A cet élan s’ajoute la prise de position du maire de Taipei Ko Wen Je qui, avançant sur le même terrain que Tsai, vient d’affirmer en amont du forum annuel avec Shanghai qu’il ne reconnaîtrait pas publiquement l’ambigu crédo du « consensus de 1992 » sur « l’existence d’une seule Chine. » Elu à l’automne dernier contre Sean Lien le propre fils de l’ancien n°1 du KMT Lien Chan, Ko, qui se place sur une ligne politique à la fois distancée des crispations indépendantistes et des allégeances au Continent, tient le discours du pragmatisme et du nécessaire rétablissement de la confiance et du respect mutuel dans les relations dans le Détroit.

Il restera à voir dans quelle mesure, l’homme, à qui les sondages à Taipei accordent plus de 80% d’opinions favorables, qui fut le très respecté Président de l’Unité de Traumatologie de l’hôpital de l’Université Nationale de Taïwan et une des sommités de l’île dans la transplantation d’organes, proche du DPP, mais qui se dit indépendant, apportera son soutien à Tsai Ing-wen.


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