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›› Editorial

En route vers le Congrès

Le 1er août 2017, au grand Palais du Peuple, avec, rassemblé derrière lui, tout le Bureau Politique, le président prononçait un discours à forte teneur nationaliste à l’occasion du 90e anniversaire de la création de l’Armée de Libération Populaire. Le message était d’abord interne, appelant à la loyauté absolue au Parti ; il visait aussi les tentatives d’ingérences étrangères en Chine même et les intrusions américaines en mer de Chine du sud : « personne ne devrait s’attendre à ce que nous acceptions d’avaler les “fruits amers“ des atteintes à notre souveraineté, à notre développement et à nos intérêts » ; sans oublier la question de Taïwan : « nous ne laisserons jamais personne, aucune organisation, aucun parti politique, diviser le territoire chinois sous quelque forme que ce soit ».


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A moins de deux semaines de l’ouverture du 19e Congrès, les spéculations se multiplient sur la composition du futur pouvoir chinois (Comité Permanent, Bureau politique et Comité Central) et sur l’ampleur de la prévalence du clan Xi Jinping, à quoi s’ajoutent les interrogations sur la tendance du n°1 à tourner le dos aux préceptes de consensus érigés par Deng Xiaoping il y a plus de 30 ans.

Resserrant la direction du pays autour de lui, tirant avec habileté profit des idées populaires de renaissance nationale - 中国复兴 et du rêve chinois 中国梦- connectées aux grands projets économiques des nouvelles routes de la soie et de Xiongan [1], tenant à distance l’influence des anciens et bousculant le mécanisme de succession politique par lequel les retraités du Parti exprimaient encore leur autorité en plaçant, 10 années à l’avance, sur la trajectoire vers le sommet, un homme issu des luttes de pouvoir en coulisse, Xi Jinping a installé un style de gouvernance en rupture avec les anciennes prudences collégiales, alimentant les références politiques à Mao Zedong.
Lire à ce sujet notre éditorial de l’été 2015 : Feu sur les retraités du Parti et remises en question en série.

Il est vrai que l’hypothèse de mimétisme maoïste se nourrit de la force de la propagande frisant le culte de la personnalité des campagnes de mobilisation des masses, le tout appuyé par une sévère censure politique et par les discours récurrents de Xi Jinping rejetant les critiques contre le « Grand Timonier » et réfutant la rupture historique prônée par les adeptes de la « démaoïsation » aujourd’hui réduits au silence. Mais la comparaison s’arrête dès lors qu’on aborde le terrain de l’idéologie.

Depuis longtemps abandonnée par la Chine moderne nourrie à l’aune d’un retour au Confucianisme férocement combattu par Mao et articulée à ses performances socio-économiques à quoi s’ajoutent ses aspirations à l’indépendance technologique matérialisées par le projet « Produit en Chine 2025 – 中国制造 », la pensée du « Grand Timonier » ne subsiste plus que dans l’apparence des discours prônant l’adaptation du Marxisme « aux caractéristiques chinoises ».

Devenu un artifice rhétorique destiné à tenir à distance toutes les influences occidentales dont la Chine rejette la portée universelle, depuis les règles du droit commercial ou international jusqu’aux « valeurs démocratiques », le concept des « caractéristiques chinoises » alimente en réalité, sous couvert de différence culturelle, un puissant nationalisme.

En Chine, sa promotion politique est facilitée par le sentiment assez partagé que l’idéal démocratique est aujourd’hui corrompu par l’irruption des nouvelles technologies de l’information et la force des réseaux sociaux permettant l’intrusion dans les jeux de pouvoir d’une liberté de parole à ce point débridée qu’elle trouble le principe même d’autorité légitime dont Tocqueville disait qu’il était indispensable au bon fonctionnement de la démocratie.

Même l’ombre portée de Pékin en mer de Chine du Sud ne se réclame plus de la révolution, mais de l’histoire impériale convoquée par Pékin pour nier les règles de souveraineté édictées par la convention du droit de la mer. Quant à la question de Taïwan, le Parti refuse depuis 1949 de la considérer autrement que par le biais de l’appartenance culturelle et historique de l’Île au Continent, la variable démocratique des Taïwanais n’ayant pour lui aucune pertinence.

Offensives contre les rivaux.

Le 15 juillet, la Commission de discipline du parti annonçait la mise en examen du n°1 de Chongqing, Sun Zhengcai étoile montante de la scène politique et rival potentiel de Xi Jinping, pour « sérieuses violations de la discipline ». Moins de 3 mois plus tard, le 29 septembre, les médias officiels annonçaient son exclusion du parti et l’ouverture d’une enquête criminelle contre lui par la justice aux ordres du parti.


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Les calculs des analystes observant les luttes de clans, ont redoublé après la nouvelle, tombée le 29 septembre, de l’expulsion du Parti de Sun Zhengcai ancien n°1 à Chongqing et membre du Bureau Politique. Favori pour le Comité Permanent, brutalement déchu en juillet, Sun fait aujourd’hui l’objet d’une enquête criminelle.

D’autres informations font état d’une attaque en règle de Xi Jiping contre la Ligue de la jeunesse, vivier politique du clan Hu Jintao dont l’influence n’est pas évanouie et dont les plus jeunes recrues entrées au Parti il y a une vingtaine d’années arrivent aujourd’hui dans les parages immédiats du pouvoir central. Dans un récent article d’Asialyst paru le 15 septembre Alexandre Payette passe ainsi en revue une dizaine de jeunes « quadra » certains recrutés par Xi Jinping, d’autres encore fidèles à Hu Jintao ou à Jiang Zemin dont l’allégeance n’est pas forcément acquise au Secrétaire Général.

Le 7 septembre, un article du South China Morning Post, glosait sur l’absence de Qin Yizhi [2], l’ancien président de la Ligue de la jeunesse des listes des délégations au 19e Congrès et sa relégation à un poste subalterne. Il rappelait les critiques adressées depuis 2013 par le président qui dénonçait la dérive bureaucratique de la Ligue, base politique du premier ministre Li Keqiang, son entre soi et son arrogance, à mille lieues de sa mission initiale de formation de jeunes cadres animés de la mystique de service.

Notes :

[2A 52 ans, membre suppléant du Comité Central et aujourd’hui président de l’Université des jeunes pour les sciences politiques créée par le mouvement en 1985, Qin Yizhi était jusqu’en 2013 à la tête de la ligue de la Jeunesse. Il vient d’être nommé au poste sans influence de n°2 de l’administration de supervision de la qualité.

Fort de 87,5 millions de membres, à l’effectif équivalent à celui du Parti, appuyé par un vaste réseau de comités populaires au nombre de 3,8 millions, le mouvement des jeunes communistes est sans aucun doute une force politique dont le Président devra tenir compte, même s’il a déjà tenté de l’affaiblir par une offensive de la Commission de discipline l’ayant en 2016 accusée de créer une « oligarchie aristocratique de la jeunesse. »

Pour être complet, il faut ajouter que le mouvement fut lui-même gravement mis en porte à faux par l’affaire Ling Jihua, ancien chef de cabinet de Hu Jintao, et ancien président des Jeunesses communistes tombé pour corruption et condamné à la prison à vie en juillet 2016, après le scandale de son fils Ling Gu mort au volant d’une Ferrari en octobre 2012.

Pour l’ambiance politique du nettoyage éthique autour de l’affaire Ling Jihua, lire notre article : Xi Jinping rénove le Parti, recentre son pouvoir et s’organise pour durer.


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