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›› Editorial

En route vers le Congrès

Xi Jinping : une réponse centralisée et autoritaire.

Puissamment appuyé par la propagande et protégé des ingérences étrangères et des critiques par la censure, le discours nationaliste du régime s’articule autour du « Rêve chinois », matérialisé par des grands projets cautionnés par le Président lui-même.


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A cette situation dont on voit bien qu’elle exprime quelques vulnérabilités internes, le régime répond par l’investissement personnel du chef de l’État sur un mode autoritaire et centralisé autour de trois modes d’action :

1) Un discours de promotion du « rêve chinois » appuyé par la propagande reliant Xi Jinping à la répression des dérapages financiers des grands groupes [3] et à deux projets emblématiques du mandat devenus les références obligées de toute intervention politique publique.

Le premier est la projection extérieure des savoir-faire chinois d’infrastructure par le truchement des « nouvelles routes de la soie – 一带 一路 » ;

Le deuxième, baptisé « Xiongan » est un vaste plan d’aménagement urbain de la plaine centrale recélant un longue série d’intentions vertueuses allant de la dépollution du sols et des rivières à la création de centres d’innovation en passant par le désengorgement de la capitale et la solution du stress hydrique.

2) Un alourdissement de la censure du net, de la presse, des réseaux sociaux, des universités et des institutions académiques destiné à tenir à distance les influences étrangères jugées toxiques pour le régime et pour la stabilité sociale. A quoi s’ajoute la répression des critiques qui, quand elle frappe ceux qui contestent la légitimité du Parti, devient suppressive, par le moyen de lourdes peines de prison.

3) Une vaste campagne anticorruption frappant tous les centre de pouvoir politiques, militaires, administratifs, législatifs et industriels, réaction à la prise de conscience par Xi Jinping lui-même en 2011, quand, n’étant encore que vice-président, il avait identifié l’ampleur des prévarications comme un des plus sérieux talons d’Achille du régime.

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Comme l’écrit Barry Naughton de la Brookings, « en imprimant sa marque sur les décisions économiques et financières au jour le jour, sur les équipes de contrôle de l’environnement et jusque sur les gouvernements locaux ; en faisant peser directement son pouvoir sur les grands projets du mandat que sont les nouvelles routes de la soie et l’aménagement de la plaine centrale, Xi Jinping fait de sa politique un instrument de pouvoir personnel ».

Naughton ajoute : « ayant saisi l’initiative dans de nombreux domaines, le président s’est placé largement en tête de ses rivaux potentiels du 19e Congrès. »

Sa palette d’action est vaste : « il peut sanctionner les opposants au motif de corruption, d’irrégularités financières ou de violation des règles environnementales » ; sans véritable contrepoids, « il a le loisir de récompenser ses appuis par des promotions personnelles et par l’allocation de ressources aux pouvoirs locaux qui le soutiennent (…). Non seulement aucun membre de l’oligarchie n’est en mesure de concurrencer Xi pour la course en tête, mais encore est-il aujourd’hui devenu clair que le défier politiquement pourrait coûter très cher ».

La manœuvre est d’autant plus efficace politiquement que toutes les décisions de régulations financières, de mise en œuvre du grands projets et de répressions contre les pollueurs et les corrompus ont un écho favorable dans l’opinion, « apparaissant comme une succession de promesses tenues. »

En appui de cette vaste opération de centralisation politique, la machine de propagande du régime relayée par les médias officiels aux ordres - Xi Jinping avait exigé leur absolue obéissance au Parti lors d’une tournée en 2016 - tourne à plein régime. Elle est secondée par la censure qui met au pas les réseaux sociaux et la société civile par le truchement des lois sur les ONG et la cyber sécurité à quoi s’ajoutent des nouvelles règles d’utilisation des VPN de contournement des blocages du net, interdits à partir de 2018.

Pour Xiao Qiang qui travaille sur la censure en Chine à l’Université de Berkeley, la longue liste des blocages traduit une lutte de pouvoir en amont du Congrès, où le clan de Xi Jinping tente d’étouffer la parole des opposants. La mise au pas touche aussi directement les cabinets d’avocats, par le biais d’une injonction officielle du ministre de la justice Zhang Jun qui, lors d’une réunion publique de 70 avocats le 29 août dernier à Pékin, leur a fait savoir que la notion occidentale d’indépendance de la Justice n’était pas adaptée à la Chine.

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Après l’instrumentalisation politique des réformes et des grands projets, accompagnée par un alourdissement de la censure et la répression des critiques, le dernier volet de la manœuvre politique entreprise par Xi Jinping pour protéger le Parti d’un accident interne et asseoir son pouvoir est la féroce lutte tous azimuts contre la corruption. Toujours très populaire, la campagne menée par le Parti contre lui-même, attisée par des délations en cascade, porte cependant le risque d’une dérive vers une lutte de clans dès lors que la justice reste un instrument aux ordres du pouvoir.

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Après plusieurs décennies de progrès socio-économiques suivant les catastrophes maoïstes, Xi Jinping a bien compris que la Chine est une nouvelle fois à la croisée des chemins. Le pays cherche un nouvel élan au-delà de l’idéal minimum d’une « société modérément prospère 小康社会 » de l’époque Jiang Zemin et Hu Jintao. La voie choisie est celle de la rénovation éthique de l’appareil, des assemblées, de l’armée et des milieux d’affaires, partie du « rêve chinois » et d’une renaissance nationaliste sans complexe s’exprimant à l’extérieur comme à l’intérieur.

Une majorité de satisfaits.

Une famille typique de la classe moyenne à Pékin (China Daily). Le couple et leur fille unique dans leur appartement de 90m2 à 10 km du centre-ville, acheté avant les hausses spéculatives d’après 2008. Vivant avec leurs parents, et en dépit des difficultés de la vie urbaine, de l’absence de crèche et d’hôpital, malgré les longs trajets quotidiens en voiture au milieu des embouteillages, les deux se considèrent comme des privilégiés par rapport à beaucoup d’autres. Mais le professeur Zhou Xiaozheng, sociologue à Renmin, met en garde : « il est plus facile de mesurer la richesse de la classe moyenne que son réel bonheur. » Selon l’OCDE, en 2020, la classe moyenne chinoise représentera 40% de la population, soit près de 600 000 Chinois, dont les exigences deviendront plus pressantes, modifiant les conditions du pouvoir. A ce moment, les vieilles recettes de mobilisation des masses pourraient ne pas suffire.


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Certes, des dissensions internes existent, mais la machine politique les gère, éventuellement par des marches arrière tactiques calculées. A Shanghai, en juin dernier des centaines de manifestants propriétaires de logements récemment achetés étaient descendus dans la rue pour protester contre les mesures visant la spéculation immobilière ayant indûment transformé des immeubles de bureaux permettant aux opérateurs de réaliser d’importantes plus-values de loyer.

Impressionnée par la force des protestations de propriétaires floués par les mesures de « rectification » imposées aux opérateurs réduisant la valeur de leur bien, la mairie a reculé.

Au demeurant, note Jessica Batke, alors que les observateurs extérieurs focalisent souvent sur la fraction des mécontents, la vérité oblige à dire qu’une majorité de Chinois se satisfait du cours des choses. Si le Parti et Xi Jinping parvenaient à maintenir ce niveau d’approbation populaire, la pérennité du régime serait pour l’heure assurée et le président dont il faut rappeler qu’il est le premier de l’après maoïsme à ne pas avoir été adoubé par Deng Xiaoping, pourrait poursuivre sa stratégie centralisée et autoritaire, à contre courant des préceptes de consensus du « Petit Timonier ».

Pour autant, Barry Naughton observe qu’à plus long terme l’excès de centralisation verticale personnalisée augmentera la vulnérabilité de l’appareil en cas d’échec. Ajoutons que l’affirmation nationaliste qui sous tend toute l’action du pouvoir, recèle des risques d’emballement aux conséquences imprévisibles en mer de Chine du sud, et pour les relations avec le Japon, les États-Unis ainsi qu’avec Taïwan.

Notes :

[3Depuis la fin de 2016, les acquisitions à l’étranger des groupes Anbang, Wanda, Hainan Airlines et Fosun ont été placées sous l’étroite surveillance des régulateurs financiers. A plusieurs reprises, note Barry Naughton (Brookings), « Xi Jinping s’est exprimé au nom du Parti, pour exiger la probité financière, imprimant sa marque sur la répression financière ».

Son investissement personnel dans ces polémiques touchant aux fortunes excessives de l’oligarchie connectée au pouvoir est de nature à rehausser la popularité du président, dans un contexte général où la ploutocratie au pouvoir est toujours l’objet du ressentiment de l’opinion.


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