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›› Lectures et opinions

Entre démocratie libérale et valeurs chinoises, les hésitations de la classe moyenne

Des réactions internautes très variées.

Les réponses à la tentative d’unification idéologique de Xi Jiping sont variées. Elles vont de ceux qui défendent les valeurs occidentales jusqu’aux « combattants du Parti » comme sur la photo où le 21 juin 2016, un groupe de membres du Parti de Hongyan dans le Sichuan avait renouvelé leur fidélité au Parti.


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Schématiquement, le spectre des opinions mis à jour par l’étude se partage entre deux extrêmes : D’un côté « les Pro-Américains enthousiastes » (« US Lovers ») et, de l’autre, les « Combattants du Parti » (« Party Warriors ») . Entre les deux, l’étude identifie 11 degrés d’adhésion plus ou moins affirmée à l’idéologie du Parti–État.

Si les « Combattants » sont les plus étroitement alignés à l’idéologie diffusée par le régime, les « thuriféraires de la Chine », les « Traditionalistes », les « Industrialistes » et les « Patriotes » expriment d’autres variantes du nationalisme. Ces derniers approuvent « les caractéristiques chinoises », mais ne cautionnent pas nécessairement les choix politiques du Parti.

A l’autre bout du spectre les « Adeptes du marché » qui critiquent de plus en plus durement le nationalisme économique de l’État, s’opposent aux « Maoïstes » et aux « Défenseurs de l’égalité sociale » qui réprouvent les écarts de revenus. Encore plus loin de l’idéologie de la « voie chinoise », les « Adeptes de la démocratie » et les « Humanistes » qui s’ajoutent aux « Pro-américains enthousiastes » prônent la liberté d’expression et les valeurs universelles. Ils sont clairement la cible la plus directe des répressions et de la censure.

Concrètement, ces positionnements idéologiques enchevêtrés et complexes éloignés de l’uniformité supposée à la remorque du discours sur le rêve chinois, produisent des prises de position symptomatiques très variées des internautes, avec cependant la prédominance des courants de pensée nationalistes plus ou moins téléguidés par le pouvoir dont le flux sur internet représente de 30 à 56% des messages selon les thèmes.

On les voit proposer de « boycotter Kentucky Fried Chicken », accorder la prévalence à la voie chinoise et à la politique plutôt qu’aux experts (ce qui rappelle le vieux slogan maoïste « le rouge vaut mieux que l’expert » et s’opposer au pluralisme et à la loi du marché, tandis que certains suggèrent même un embargo éducatif sur les « valeurs occidentales ».

Flottement de l’opinion.

Par contraste, s’il est vrai que les opposants à la « voie chinoise » idéologiquement divisés sont loin d’avoir généré un front uni d’opposition au Parti, la ligne officielle n’en subit pas moins des attaques de toutes parts, suggérant que l’idéologie dominante ne fait pas l’unanimité. Par exemple, la propagande du parti qui critique les démocraties aux prises avec leurs difficultés socio-politiques, n’a, à l’inverse, pas réussi à conforter l’attractivité du système chinois dans l’opinion.

Après avoir répondu à 60% au sondage en ligne que la Chine devait mieux s’affirmer sur la scène internationale, 75% se sont quand même fait les avocats des « valeurs occidentales ». Ce qui montre, disent les auteurs, que le nationalisme chinois n’est pas anti-occidental et que « l’Ouest » reste attractif pour les Chinois, dans un contexte où les internautes pointent par ailleurs du doigt que la Chine ne propose pas de meilleure alternative.

Crise des démocraties et attractivité du modèle chinois.

Le premier Ministre du Cambodge Hu Sen et Xi Jiping. Le Cambodge, ancien protectorat français fait partie des pays où l’influence du modèle chinois est la plus lourde. Depuis 2013, Phnom-Penh où le stock investissements chinois atteignent plus de 14 Mds de $, tournant le dos aux valeurs démocratiques, a considérablement réduit les libertés, interdisant les manifestations, votant une loi sur les ONG à l’image de la Chine, fait assassiner un commentateur politique de renom qui dénonçait le pillage des ressources par l’oligarchie, contraint le chef de l’opposition à l’exil et emprisonné son adjoint. En échange de l’appui de Pékin à Hun Sen qui piétine les principes des accords de Paris de 1991, Phnom-Penh s’est aligné sur les positions de Pékin en mer de Chine du sud.


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Au total, dit l’étude, la diversité de la classe moyenne chinoise, même au sein du Parti est telle que la diffusion par le haut d’une idéologie rigide et sans nuance ne fonctionne pas. Mais elle reconnaît que le choix entre les valeurs chinoises et le modèle occidental, notamment par les jeunes, sera un élément déterminant du futur de la Chine. La compétition systématique entre « l’Est et l’Ouest » sera aussi un des facteurs déterminants de l’avenir de la planète.

Alors que nombre de pays en développement hésitent entre les deux systèmes, une diffusion du modèle nationaliste chinois articulé à un autocratisme politique interne, exporté dans les zones d’influence de la Chine et même en Europe constituerait un défi pour les démocraties libérales.

Plus encore, alors que l’impression du déclin de l’Amérique est de plus en plus partagée, un discours international chinois bien argumenté autour des avantages du nationalisme de la « voie chinoise » pourrait séduire des pays aussi différents que la Hongrie, la Pologne, l’Ethiopie, le Ruanda, le Cambodge [1] ou même la Thaïlande confrontés aux défis du développement ou aux menaces des migrations et du terrorisme islamique.

Jugeant que la démocratie à l’occidentale est porteuse de chaos et de divisions internes mal adaptés aux défis du temps, leurs dirigeants, également attirés par les attraits du marché chinois et la puissance financière des banques œuvrant en appui de la stratégie globale des « nouvelles routes de la soie », pourraient considérer que, dans la tempête, le modèle chinois constituerait une alternative crédible.

La conclusion est une mise en garde. « Seule une rénovation de leurs institutions politiques et une mise à jour de leur potentiel économique et technologique conférerait aux démocraties libérales une capacité efficace de contrepoids face aux puissant discours chinois discréditant leurs valeurs ».

Notes :

[1L’exemple des autorités cambodgiennes piétinant les valeurs occidentales, à l’image de la Chine est édifiant, y compris dans ses plus sombres développements. L’assassinat le 10 juillet 2016 à Phnom-Penh de l’opposant Kem Ley est en mettre en parallèle avec la mort mal élucidée du militant écologiste Lei Yang en mai 2016 après son arrestation par la police dans le disctrict de Changping à Pékin.

A Phnom-Penh comme à Pékin, les autorités ont affirmé vouloir faire la lumière sur les responsabilités de ces décès. Mais à ce jour, les autorités cambodgiennes ont arrêté leurs enquêtes à la mise sous les verrous d’un lampiste, tandis qu’à Pékin les 5 policiers soupçonnés d’avoir causé la mort de Lei Yang n’ont pas été inquiétés. En Chine comme dans le Royaume khmer, des deux incidents ont provoqué la colère du public.


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