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›› Politique intérieure

Hong Kong. Les grands défis de Carrie Lam

Carrie Lam, 林鄭月娥, Lín zhèngyuè’é, 60 ans, a été désignée le 26 mars comme le première femme gouverneur de Hong Kong. Elle sera intronisée par Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine, le 1er juillet prochain, date du 20e anniversaire de la rétrocession.


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Dimanche 26 mars, à Hong Kong, le comité de sélection du chef de l’exécutif de la R.A.S, largement contrôlé par une mouvance d’affaires pro-Pékin a désigné Carrie Lam, ancienne secrétaire générale de l’administration pour tenir le poste de gouverneur du territoire à compter du 1er juillet prochain, date à laquelle le n°1 chinois viendra à Hong Kong présider à son investiture.

Lire : Hong-Kong, sous l’œil de Pékin. Tractations pour la désignation du gouverneur.

Deux jours après, un éditorial du quotidien japonais Asahi Shinbun (朝日 新闻 - littéralement « Nouvelles du Soleil Levant »), un des journaux les plus lus au monde au tirage de 5,5 millions de lecteurs, de sensibilité progressiste, allait droit au cœur de l’événement et des controverses qui l’entourent :

« Résultat prévisible d’un scrutin sous l’influence des milieux financiers proches de Pékin, une candidate très impopulaire chez les Hongkongais a été élue à une large majorité pour les représenter à la tête du territoire ». Candidate préférée de Pékin, l’ancienne n°2 du territoire a battu son rival John Tsang par 777 voix contre 365, alors qu’avant le vote tous les sondages d’opinion la plaçait loin derrière lui.

Les Haut fonctionnaires à la rescousse de la R.A.S.

Après Leung Chun-ying, hommes d’affaires peu populaire ayant eu, en 2014, à faire face au défi politique du soulèvement démocratique du mouvement « Occupy Central » réclamant l’instauration d’un suffrage universel direct sans interférence de Pékin (lire notre article Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».), la désignation largement influencée par le poids politique du parti communiste chinois, d’une personnalité issue de l’administration, fonctionnaire intègre réputée éloignée des milieux d’affaires, semble renouveler le schéma ayant présidé à la succession de Tung Chee-hwa il y a tout juste 12 ans.

Lâché par Pékin qui le poussa à la démission le 12 mars 2005 au milieu de sévères tensions attisées par l’intention du Parti Communiste de restreindre les libertés politiques par le truchement de l’article 23 sur la sécurité nationale, Tung Chee-hwa qui dut faire face aux protestations populaires les plus vastes depuis la rétrocession avec des rassemblements de 500 000 personnes le 1er juillet 2003, avait été remplacé par Donald Tsang secrétaire général de l’administration le 16 juin 2005, élu avec 800 voix par la Commission de désignation du gouverneur.

Confronté à une forte opposition populaire sur le Territoire, prenant acte de la faible audience de Leung Chun-ying, invité à ne pas se représenter, le pouvoir central à Pékin se tourne une nouvelle fois vers une personnalité de la haute administration de la R.A.S, pour relever le défi politique du schéma hybride « un pays deux systèmes » de plus en plus tiraillé entre le désir d’autonomie réelle des activistes de la démocratie et de la jeunesse et l’angoisse du Parti face à la montée de préoccupantes tendances centrifuges.
Lire « Hong-Kong n’est pas la Chine ». Le slogan qui exaspère Pékin.

« Un pays deux systèmes ». Un hybride mal en point.

Anson Chan, 77 ans qui précéda de 20 ans Carrie Lam à la tête de l’administration de Hong Kong a plusieurs fois fustigé les empiètements de Pékin dans la conduite des affaires de la RAS. Généralement, elle considère que Pékin ne respecte pas ses engagements politiques à l’égard du Territoire.


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Carrie Lam arrive aux affaires dans une R.A.S sous tension où, après les crises de 2014, une partie de la population éloignée des milieux d’affaires tirant leur succès et leur fortune des relations étroites avec le marché chinois, a perdu confiance dans les vertus du schéma « un pays deux systèmes ». Le désamour est d’autant plus profond que Pékin, hanté par le risque d’une cristallisation politique hostile a, en 2015, lui-même gravement mis à mal le principe d’autonomie judiciaire du territoire en faisant séquestrer à Pékin, avant de les relâcher, 5 éditeurs et libraires enlevés à la barbe de la police du Territoire.

Enfin le 7 novembre 2016, soit deux mois après les élections législatives qui virent surgir dans le paysage électoral de la R.A.S, 5 indépendantistes purs et durs élus au Conseil Législatif, à Pékin, l’Assemblée Nationale Populaire votait une résolution interdisant à Yau Wai-ching et Sixtus Baggio Leung de siéger. La décision stipulait que les élus devaient, sous peine d’être disqualifiés, jurer solennellement allégeance à Hong-Kong, partie intégrante de la Chine.

Pour ne rien arranger, depuis janvier 2017, des rumeurs contradictoires courent à propos de la disparition du milliardaire Xiao Jianhua, de nationalité canadienne, 32e fortune de Chine à la tête du groupe « Tomorrow » (immobilier, assurances, banques, charbon et ciment). Pour les uns Xiao aurait été enlevé et exfiltré par bateau vers Pékin ; pour d’autres il se serait volontairement rendu en Chine. En arrière plan s’accumulent les spéculations selon lesquelles le milliardaire serait pris dans une enquête sur des manipulations de la bourse et des délits d’initiés ayant été à la racine du « crash boursier » de juillet 2015 à Shanghai.

Récemment, Anson Chan, ancienne Directrice de l’administration du Territoire 20 ans avant Carrie Lam, très critique de l’érosion des libertés publiques à Hong Kong, a fustigé ces tendances qui, dit-elle, font que « la R.A.S ressemble de plus en plus à n’importe quelle ville chinoise ». Pour elle, les spécificités de Hong Kong - État de droit, indépendance de la justice, libertés publiques et droit à l’information - sont mises à mal par l’influence grandissante de Pékin qui, par là même, détruit les principaux atouts de l’ancienne colonie.


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