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›› Chronique

Incidents militaires aux abords de la Chine et du Japon

Chasseur F-15 japonais sur la base de Naha (Okinawa) à moins de 30 minutes de vol des Senkaku.

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Soulignant la montée des tensions et les risques de dérapages militaires aux approches de la Chine et de l’archipel nippon, deux incidents récents entre l’APL et les armées américaine, japonaise et russe ont fait l’objet de plusieurs dépêches d’agence.

Il y a peu de risques pour que l’un ou l’autre soit les prémisses d’une montée aux extrêmes, mais ils témoignent de la volatilité des situations, elle-même nourries par la puissance des nationalismes devenue à nouveau l’un des arrières plans des relations internationales.

Au lieu de progresser vers une connivence planétaire capable d’affronter les défis posés à l’environnement global, à la sécurité et au développement des zones laissées pour compte, les puissants du monde se testent et se mettent à l’épreuve jouant une partition qui, par le passé, avait déjà produit d’effrayantes et meurtrières musiques.

Les avions espions du Pentagone en question.


En haut un avion de reconnaissance américain RC-135. En bas un chasseur chinois J-10.

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Alors que les esprits aux États-Unis sont échauffés par la perspective de l’établissement au-dessus de la mer de Chine du sud d’une zone de défense d’identification aérienne (ZDIA), le 7 juin, un chasseur J-10 de l’armée de l’air chinoise aurait, selon une source anonyme du Pentagone, effectué des manœuvres dangereuses destinées à intercepter un RC.135 de reconnaissance au-dessus d’une zone dont les coordonnées n’ont été communiquées ni par Pékin, ni par Washington. Selon les sources américaines, le J-10 évoluait à grande vitesse à une distance de moins de 30 mètres de quadrimoteur de reconnaisse américain.

Le 8 juin, le porte parole du Waijiaobu a nié que le chasseur chinois ait effectué des manœuvres dangereuses et accusé le Pentagone de monter l’incident en épingle. L’interception du 7 juin n’est pas la première du genre. Après l’accident à proximité de l’île de Hainan, le 1er avril 2001 ayant provoqué la perte d’un J-8 chinois dont le pilote avait disparu en mer, et gravement endommagé un EP-3 de reconnaissance obligé de se poser en catastrophe sur l’île de Hainan, plusieurs autres interceptions que le Pentagone avait qualifiées de « dangereuses » (« unsafe ») ont eu lieu. Le dernier date de mai dernier quand, selon le Pentagone, un chasseur chinois aurait approché à moins de 15 mètres un EP-3 évoluant dans l’espace international.

Pour expliquer ces manœuvres d’interception que les Américains présentent comme des harcèlements dangereux violant la liberté de navigation dans l’espace aérien international, le discours chinois n’a pas changé depuis 2001. Les États-Unis persistent, dit Pékin, à conduire des missions de reconnaissance et de recueil de renseignements à proximité des côtes chinoises qui menacent la sécurité de la Chine.

Si on hausse l’analyse au niveau légal, on recoupe les divergences d’interprétation sur les Zones Économiques Exclusives du droit de la mer et de la convention de Montego Bay [1].

Alors que Washington estime que le traité garantit la liberté de navigation et de survol des ZEE à tous les bâtiments navals et à tous les aéronefs, qu’ils soient militaires ou civils, Pékin fait remarquer que l’article 58, alinéa 3 de la convention stipule aussi que les usagers doivent se conformer aux lois et règlements du pays côtier. Cette obligation est réitérée par l’article 301 précisant que les signataires de l’accord doivent s’abstenir de recourir à la menace militaire « contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique » des pays côtiers « par des moyens non conformes aux principes de droit international définis par la charte des Nations Unies ».

Or, précise la Chine, puisque les reconnaissances aériennes menées par les États-Unis sont des activités d’espionnage hostiles destinées à percer les secrets militaires chinois, les chasseurs de l’APL sont fondés de tenir à distance les aéronefs de l’armée de l’air américaine.

On peut donc s’attendre à d’autres incidents de ce type et par conséquent à l’augmentation des risques d’accidents militaires. En mai dernier, le Global Times mettait en garde : « si le Pentagone continue ses missions de surveillance à proximité de la Chine, les interceptions augmenteront en même temps les risques de collision ».

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Si les interceptions des aéronefs de reconnaissance américains par l’armée de l’air chinoise sont presque devenues une routine, le deuxième incident militaire ayant eu lieu le 9 juin en mer de Chine orientale était en revanche une première.

Première de la marine chinoise près des Senkaku.

Frégate furtive multi rôles chinoise de classe Jingkai repérée par les Japonais le 9 juin aux abords des Senkaku, dont 22 unités sont en service dans la marine chinoise. Jaugeant 4000 tonnes, elles sont dotées de radars de surveillance et d’acquisition modernes, d’équipements de guerre électronique et de brouillage, d’un système de défense anti-aérien HQ-16 dernier cri, de torpilles anti sous marines et de 2 rampes de 4 missiles anti-navires subsoniques C 803.

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L’incident mettait en présence le destroyer lance missiles japonais japonais Setogiri et une frégate de classe Jinkai – 1 de la marine chinoise ayant pénétré le 9 juin dans les 24 nautiques des eaux contigües de l’îlot Senkaku au nord-est de l’île de Kuba. S’il est vrai les garde-côtes chinois avaient déjà croisé à proximité des Senkaku [2], c’est la première fois qu’un bâtiment de guerre de l’APL s’approchait à moins de 25 nautiques du petit archipel situé à 100 nautiques au nord-est du port taïwanais de Keelung et objet de sévères controverses entre Pékin et Tokyo dont les racines remontent au XIXe siècle.

Pour corser la situation, l’intrusion du bâtiment chinois coïncidait avec la présence depuis la veille dans les parages de Kubashima à l’ouest d’Okinawa de 3 bâtiments de guerre russes dont un destroyer et un navire logistique. Les navires chinois et russes, naviguant au nord ont quitté les zones des Senkaku et d’Okinawa peu après 3 heures du matin le 9 juin, après 24 heures de présence pour les russes et seulement quelques heures pour la frégate chinoise. Preuve des méfiances qui montent entre Pékin et Tokyo, la réaction du ministère des Affaires étrangères a seulement visé la Chine, Tokyo s’étant contenté d’appeler Moscou à la prudence.

Quand bien même la frégate chinoise n’a pas pénétré dans les eaux territoriales de l’archipel, se limitant comme les Russes à croiser dans les eaux contigües [3], l’ambassadeur de Chine a été convoqué à Tokyo par le Vice-ministre des Affaires étrangères vers 2 heures du matin le 9 juin, tandis qu’aucune protestation n’a été adressée aux Russes. « La présence d’un navire de guerre chinois dans les eaux des Senkaku augmente la tension entre nos deux pays et le Japon est très préoccupé » a déclaré Yoshihido Suga, le secrétaire général du gouvernement.

Présence militaire russe. Réflexes de guerre froide.

Pour marquer son retour en Asie et son mécontentement à l’égard de Tokyo qui avait appuyé les sanctions contre la Russie après l’annexion de la Crimée, en janvier 2016 Vladimir Poutine avait fait survoler le Japon par un bombardier stratégique TU 95 (premier vol en 1952).

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Il reste que la presse japonaise spécule sur les raisons de la présence militaire russe au même moment dans ces eaux. Les analyses les plus fréquentes pointent la connivence sino-russe contre l’alliance Washington-Tokyo et la montée des tensions entre la Russie et le Japon depuis qu’en mars 2014 Tokyo a, aux côtés des Américains et de l’UE, condamné l’annexion de la Crimée et participé aux sanctions contre la Russie.

A la suite de quoi Vladimir Poutine a augmenté les patrouilles des Bombardiers stratégiques TU 95 dans le Pacifique occidental au-dessus des Kouriles – objets de tensions entre Moscou et Tokyo, les négociations bilatérales étant bloquées depuis 2015 – ; au-dessus de la péninsule coréenne, la Corée du nord étant l’objet des nouvelles attentions de Moscou (une délégation militaire russe a même visité Pyongyang en novembre 2015) ; et en janvier 2016, au-dessus du Japon lui-même. Le dernier survol de l’archipel nippon venait peu de temps après l’annulation en octobre 2016 d’une visite d’État de Poutine à Tokyo.

La présence des navires de guerre russes dans les parages d’Okinawa s’inscrit dans cette logique de refroidissement spectaculaire entre la Russie et le Japon et de contestation de l’hégémonie américaine qui réunit Moscou et Pékin, tandis que certains analystes japonais supposent que l’incursion de la marine chinoise près des Senkaku aurait été encouragée par Moscou.

Notes :

[1Il faut rappeler que la Convention n’a pas été ratifiée par le Congrès américain qui réfute les clauses de réserve permettant entre autres à la Chine de s’exonérer d’un arbitrage international sur les questions de souveraineté.

[2Les Japonais tiennent un compte précis des incursions des gardes-côtes chinois dans les eaux territoriales ou contigües des Senkaku. Au bilan on constate que leur nombre est en augmentation régulière et rapide depuis l’été 2010 quand le capitaine de pêche chinois Zhan Qixiong avait été détenu au Japon pendant 17 jours, après la double collision de son bateau avec deux gardes côtes japonais dans la zone des Senkaku (Diaoyu pour les Chinois). Mais l’activité chinoise a surtout explosé à partir de 2012.

Alors qu’entre 2010 et 2012, la moyenne des incursions n’était que de quelques unes par mois, avec un pic de 24 incursions en septembre 2010, en octobre 2012 les garde-côtes chinois ont pénétré 124 fois dans les eaux contigües et 19 fois dans les eaux territoriales. Depuis cette date, la moyenne mensuelle des incursions dans les eaux contiguës est restée au-dessus de 50 et en autour de 10 dans les eaux territoriales. Lire notre article Pékin « teste » le Japon

[3Les zones contigües larges de 12 nautiques s’étendent au-delà des 12 nautiques des eaux territoriales. L’État côtier y a le droit de douane, de police, de contrôle de l’immigration et de poursuite, mais il ne peut y exercer sa souveraineté comme dans les eaux territoriales où il fait respecter ses lois et règlemente l’exploitation des ressources. Dans les zones contigües et les eaux territoriales, ainsi que dans l’espace aérien qui les surplombe, le passage des navires et des aéronefs est libre, à condition qu’il soit "inoffensif" et ne menace pas la sécurité de l’État côtier.


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