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Investissements chinois en France, mythes, réalités et inquiétudes

Un récente controverse à propos de l’achat de 1500 hectares terres dans le Berry par un groupe chinois mal identifié oblige à revenir sur la qualité inégale des investissements chinois en France qui, à l’occasion, s’invitent dans la politique intérieure française, le plus souvent sur le mode polémique. La note qui suit tente une perspective et s’essaye à faire la part des investissements chinois vertueux et de ceux sujets à caution. Elle revient sur l’implication des capitaux chinois dans GDF-Suez, le Club Med et l’hôtellerie, le secteur du lait en Bretagne, PSA, les terres agricoles du Berry, les projets de Châteauroux et l’usine LED géante de la gare Meuse TGV.

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La part vertueuse des finances chinoises.

Sans faire un inventaire exhaustif des actifs chinois en France on se rappellera d’abord les exemples vertueux.

Energie

Le 2 novembre 2015 Gérard Mestrallet PDG de GDF Suez signe avec la Chine en présence de François Hollande et Xi Jinping deux accords globaux portant sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique : électricité, gaz naturel et services énergétiques. Sur la photo avec Gérard Mestrallet, Cao Peixi, président de Huaneng.

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En 2011, le fonds souverain chinois CIC a investi 2,3 Mds d’€ pour reprendre 30% du capital du réseau d’exploration GDF-SUEZ. A l’époque, en dépit des réserves émis par la fédération des mines-énergie CGT qui dénonçait « le dépeçage historique de l’entreprise », le choix de Gérard Mestrallet, permettait, après Fukushima, de réorienter les activités du groupe vers un des marchés de gaz les plus prometteurs de la planète. Aujourd’hui, à l’heure où la France envisage dans la douleur de réduire progressivement sa dépendance au nucléaire, la décision de s’appuyer sur les finances publiques chinoises pour privilégier la filière gaz s’avère efficace et sûre.

Hôtellerie, tourisme.

Henri Giscard d’Estaing (Club Med) et le nouveau patron, Guo Guangchang.

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Les autres opérations moins vastes mais commercialement tout aussi rationnelles, sinon complètement transparentes, à l’occasion, dénoncées par le Front National, ont concerné le rachat du « Club Med » valorisé en bourse en janvier 2015 à 939 millions d’€ par Fosun, propriété du milliardaire Guo Guangchang (17e fortune de Chine) investi dans le Club Med depuis 2010, lui-même pris, en décembre 2015, dans le radar de tir de la lutte anti corruption.

Arrêté puis relâché, peut-être protégé par sa notoriété, ses relations avec Henri Giscard d’Estaing et l’importance de ses affaires internationales dont l’une des plus spectaculaires fut le rachat à JP Morgan, en 2013 pour 650 millions d’€, de l’immeuble de 60 étages de la Chase Manhattan, Guo, brillant diplômé de Fudan, navigue habilement dans l’enchevêtrement des affaires et du Parti à qui il fait allégeance, mais dont il s’est prudemment émancipé. Là aussi, compte tenu de la montée en puissance de la classe moyenne chinoise et de ses appétits de voyage et de loisirs, la bascule du Club Med vers la Chine recèle, un potentiel commercial capable d’assurer le développement sans à coups du groupe.

De même, après le rachat pour 1,21 Mds de € de Louvre Hôtel (1100 hôtels dans 46 pays), n°2 de l’hôtellerie européenne, les investissements du groupe public Jin Jiang International qui vient, suite à un grignotage récemment accéléré, de porter au 31 mars sa participation au capital d’Accor à 14,98% et ses droits de vote à 13,07%, s’inscrivent dans une démarche porteuse pouvant tirer partie de la forte expansion du marché touristique chinois.

A la condition que la direction française gère habilement les exigences de Jin Jiang qui dit – mais n’en pense peut-être pas moins - ne pas envisager la prise de contrôle à terme, tout en réclamant la nomination d’un ou plusieurs représentants au conseil d’administration pour participer à la définition de la stratégie du groupe, aujourd’hui n°7 mondial.

L’exemple positif de la filière du lait.

L’usine de lait en poudre Synutra (Qingdao) à Carhaix en cours de construction.

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Au printemps 2014 au milieu des polémiques sur le « bradage de la filière lait française aux finances chinoises » eurent lieu d’autres investissements « gagnants-gagnants » en Bretagne où la première usine de lait en poudre sort de terre à Carhaix financée par Synutra basé à Qingdao. L’intérêt du Chinois, un des 10 premiers fabricants de lait pour nourrisson en Chine à la recherche du lait de qualité moins cher qu’en Chine, croise celui du maire de Carhaix en quête d’investissements étrangers pour dynamiser sa commune à l’heure où les producteurs de lait français subissent la pression des prix cassés par les géants internationaux néo-zélandais ou américains.

En dépit des retards dans la construction des usines et de la menace que fait peser la tendance chinoise au protectionnisme contre les importations de lait en poudre étranger, il est incontestable qu’une dynamique est née dans la région. L’élan du marché chinois et l’investissement de Synutra ont en effet incité la coopérative Sodiaal (Yoplait, Candia, et Entremont) à investir 10 millions d’€ dans une usine de déminéralisation de lactosérum utilisé dans la fabrication du lait pour nourrisson et dont les 30 000 tonnes produits annuellement seront entièrement vendus à Synutra. La dynamique créée par l’attrait du marché chinois a suscité quelques autres initiatives.

Dans le Finistère, le groupe Still, fabricant allemand de chariots élévateurs, a investi 35 millions d’€ dans une nouvelle tour de séchage, tandis qu’à l’été 2015 le Chinois Biostime International Holdings Ltd, associé à deux laiteries françaises a ouvert sa première usine à Isigny Sainte-Mère dans le Calvados. Cette fois, signe d’une coopération vertueuse, l’investissement de 60 millions d’€ était à la fois chinois et français. La coopérative d’Isigny a engagé 40 millions d’€ tandis que le Chinois Biostime mettait sur la table 20 millions d’€ sous forme d’obligations non convertibles lui donnant accès à 30% de la production de lait en poudre qui passera progressivement de 20 000 à 50 000 tonnes par an.

Dans une interview à Ouest-France, Zhang Liang, le PDG de Synutra qui, depuis début 2016, achète plus d’un million de litres de lait par jour en Bretagne à un prix 60% inférieur à celui du marché chinois (307 € la tonne au lieu de 500 €), dit envisager la construction d’une 2e usine à Carhaix en dépit des tracasseries syndicales et du prix français du lait plus élevé de 7% qu’en Allemagne.

Les parts d’ombre

Le 26 mars 2014 PSA est devenu franco-chinois. Le groupe français recapitalisé par Dongfeng Motors y a perdu son autonomie, et est devenu la cible de la quête de technologies du Chinois.

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En revanche, l’investissement de plus de 3 Mds d’€ par Dongfeng dans le capital de Peugeot en manque de cash et aux abois a certes sauvé la firme française de la faillite, mais outre que l’affaire n’a créé aucun emploi en France, PSA y a perdu la maîtrise de son destin passé en partie aux mains d’un groupe étatique chinois tentaculaire en quête de technologies dernier cri et déjà lié pour les mêmes raisons par des JV avec le Français Renault, les Japonais Nissan et Honda, le Coréen Kia, le Taiwanais Yulong, et le Suédois Volvo Trucks pour les poids lourds. Une stratégie « attrape-tout » à large spectre dont on voit mal qu’elle puisse installer une réelle coopération confiante et personnalisée « gagnant – gagnant ».

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Un autre investissement sujet à caution à l’arrière plan douteux fut la prise de contrôle en décembre 2014, par un consortium financier sino-canadien Symbiose à la réputation sulfureuse de 49,9% des parts de l’aéroport de Toulouse Blagnac (lire notre article Des Chinois à Blagnac : une faillite française), assortie, selon Laurent Mauduit de Médiapart, « d’une cession anormale par l’État d’un bien public à un groupe aux ramifications financières troubles dans des paradis fiscaux ».

Six mois plus tard la mauvaise impression initiale était confirmée par la disparition de Poon Ho Man (Mike Poon) PDG de Friedmann Pacific Investment Holdings Limited, l’acteur financier le plus impliqué dans la reprise de Blagnac par « Symbiose », réapparu au printemps 2016. Il faut répéter que, s’il est vrai que la cession des droits de gestion d’un aéroport à un entrepreneur étranger n’est pas une aberration économique, lui accorder en secret l’appui des votes de la puissance publique est une initiative pour le moins étrange de l’État.

Quand au surplus il s’agit, dans le cas de Blagnac, d’un financier trouble impliqué dans le leasing des avions Airbus précisément fabriqués à Toulouse, ce qui confère à Symbiose de vastes moyens de pression, l’affaire devient une faute stratégique (lire aussi Mike Poon réapparaît en Chine dans la peau d’un « casseur » d’avions)

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C’est avec en tête ce paysage très inégal des avantages de l’investissement chinois en France, auquel il faut ajouter la centaine de Châteaux de vignobles bordelais achetés par des Chinois fortunés, dont l’intérêt pour le terroir viticole est souvent prisé des riverains qui y voient un influx dynamique [1], qu’il faut considérer la récente affaire de captation de terres par un groupe financier chinois dans le Berry, non loin de Châteauroux où, depuis plusieurs années les autorités locales attendent que se réalisent les promesses financières d’un groupe chinois.

Au passage, l’analyse qui suit considère également l’arrière plan mal éclairci de la première pierre posée le 21 mars dernier par le premier ministre Manuel Valls d’une usine chinoise de LED (Light emitting Diode ou, en Français Diode Electroluminescente) en face de la gare TGV Meuse, entre Bar-le-Duc et Verdun.

Notes :

[1L’année 2015 a vu la centième propriété viticole française passer dans des mains chinoises avec la vente de Château Renon, dans le Bordelais. (Les Echos)


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Par Etherpin Le 1er/05/2016 à 12h59

Investissements chinois en France, mythes, réalités en Berry

A propos du rachat de terres agricoles en Berry :

La dépêche AFP est la reprend des informations non confirmées, dont certaines sont fausses, qui sont parues précédemment sur la toile.

En effet, la société BEIJING REWARD INTERNATIONAL TRADE CO, a acheté en septembre 2015 des parts de la Société Civile d’Exploitation Agricole du Grand Mée, établie dès 1987, il y a 9 ans.

L’acheteur n"est donc pas Hongyan. Il est douteux que la SCA ait été crée "sur ses conseils". Ce n’est pas une transaction opaque, car elle fait l’objet d’un acte notarié que tout un chacun peut consulter.

Source : Tribunal du Commerce de Chateauroux https://www.infogreffe.fr/societes/entreprise-societe/341555522-scea-du-grand-mee-360187D000600000.html
onglet Actes et Statuts, Dépôt n°565 (16/03/2016)
29/09/2015 - Acte notarié : Cession de parts : Par Mr et Mme AMMERLAAN au profit de la société BEIJING REWARD INTERNATIONAL TRADE CO (133) pages

L’information sur le prix de cession figure dans l’acte notarié, ainsi que l’identité du vendeur et de l’acheteur. Il suffit de dépenser 11,11€ pour lire les 133 pages de l’acte notarié et vérifier ce qu’il en est.

Par Patrick Le 5/05/2016 à 10h38

Investissements chinois en France, mythes, réalités et inquiétudes.

Article amusant, qui met en avant toute l’incompétence de certain de nos dirigeants politiques ou industriels.

Déjà pour continuer sur le commentaire précédent je me suis amusé a regarder le site infogreffe et des dirigeants des différents groupes cités.
Sur Châteauroux pas grand chose de clair. Pour l’agriculture vous avez répondu avant mais pour la Meuse ça devient drôle.
Apparemment, un groupe comme INESA ce domicile dans une société d’hébergement sur les champs Élysée, un des dirigeant dans cette même adresse crée une société de VIP business Europe destiné aux chinois et européen pour les accompagnés dans des voyages, ce même dirigeant est directeur d’un garage automobile à saint Raphael dans le sud de la france et dirige une associassions ou il faut lire l’organigramme pour tout comprendre...
Et puis là il faut finir par étudier le nombre de salariés et le CA pour ce dire :
Ca rime à quoi tout ça ?

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