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Jardins d’enfants sous surveillance

En Chine on aime le profit et, depuis l’ouverture lancée par Deng Xiaoping, on ne se prive pas d’en faire. L’essentiel est de trouver les bons créneaux et les bonnes affaires. Depuis une dizaine d’années le boom immobilier autour des grandes villes a permis l’accumulation de considérables fortunes. C’est basique et simple, directement lié à l’urbanisation du pays, à l’exode rural, à la naissance d’une classe moyenne fascinée par la propriété et à la cupidité des cadres locaux qui achètent les terres agricoles pour une bouchée de pain et les revendent 20 à 30 fois plus aux promoteurs qui sont aussi leurs amis.

Cette voie vers la fortune existe toujours. Mais elle devient plus compliquée. Les cadres locaux, prédateurs des terres paysannes, sont dans le collimateur du pouvoir ; les terres agricoles sont surveillées comme l’huile sur le feu ; les crédits bancaires se font plus rares, tandis que la spéculation est freinée par de nouvelles lois contraignantes. Bref le secteur est - officiellement du moins - mal vu par les autorités centrales.

L’ingéniosité se tourne alors vers des gisements de profits mieux considérés et plus sophistiqués. Avec la banalisation du travail des épouses, un des marchés qui monte est celui des jardins d’enfants. C’est peu dire que l’offre publique est de mauvaise qualité : les maîtres et maîtresses sont recrutés à la diable, souvent parmi les ruraux qui viennent de s’installer dans les zones urbaines. Sans formation aucune, payés misérablement, à peine plus que des personnels de maison, quelques dizaines d’euros par mois, ils sont de vrais dangers publics. Les enfants, traités à la dure, punis et rudoyés, selon les vieilles méthodes des campagnes, rechignent et vont à la maternelle en pleurant, tandis que les parents riches, résignés et impuissants à corriger ces dérives, font le gros dos, cherchent des solutions de rechange et se tournent vers les jardins d’enfants privés. Ceux-ci, profitant de la conjoncture, se multiplient.

Le premier souci des familles qui payent la scolarité cuir et poil - environ 4000 euros par an, alors que le revenu de 75% des Chinois est inférieur à 2500 euros par an - est évidemment la qualité du personnel éducatif, dont on exige qu’au moins il ne traite pas les enfants comme à la caserne. Qu’à cela ne tienne : les sociétés privés, s’adaptant au besoin de la clientèle et, soucieuses de rassurer les parents, non seulement recrutent dans de meilleurs viviers, les mieux payés, mais font, en plus, installer dans les classes des caméras vidéo qui permettent de contrôler de visu la manière dont les chérubins sont traités.

Tout le monde est satisfait de ce système très commercial : les parents sont rassurés car ils surveillent leur progéniture, les maîtres sont ravis car ils sont mieux payés, les écoles privées engrangent de substantiels bénéfices et les enfants vont à l’école en souriant. Et il ne vient à l’idée de personne de s’insurger contre l’incongruité qui, pour des raisons commerciales, consiste à placer le personnel éducatif sous cette humiliante surveillance.


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