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Jia Zhangke, le plus célèbre cinéaste chinois

Le dernier film de Jia Zhangke « Au-delà des montagnes » est sorti en France le 23 décembre. (Titre chinois : 山河故人 - Shan He Gu Ren -). Il y a deux ans, Jia avait reçu le prix du meilleur scénario à Cannes pour « A touch of sin » (« Un soupçon de péché » - titre chinois : Tian Zhu Ding, 天 注 定) (Lire notre article Le « style Tarentino » de Jia Zhangke)

Le voilà de retour avec un film qui, contrairement à nombre de ses autres oeuvres, a déjà la particularité de ne pas avoir été censuré en Chine. L’histoire est un drame romantique mettant en scène une jeune fille Tao - interprétée par Zhao Tao épouse de Jia - jeune professeur vivant à Fenyang, petite ville minière du Shanxi et courtisée par deux amis d’enfance, Liang Zi un mineur de fond et Zhang Jinsheng, riche propriétaire d’une station service et d’une mine de charbon. C’est ce dernier qu’elle choisira pour mari dont elle aura un fils.

Comparé à « Un soupçon de péché », « Au-delà des montagnes » est bien moins violent. Mais il n’en évoque pas moins les contradictions et les tensions de la Chine moderne. Au lieu de présenter une image du pays éclatée en histoires séparées, le film suit au long d’un quart de siècle la saga sociale d’une famille, traversée de séparations et de ruptures, frappée par la maladie et séduite par l’émigration.

Suite d’espoirs, d’amours, de désillusions, formant les émotions complexes de personnages confrontés à leurs destins, hantés par le sentiment d’incertitude et de désarroi, surgi des mutations rapides du monde. Une constante pourtant : Jia Zhangke explore toujours la Chine par les émotions à l’œuvre dans les entrailles de la société, même si, cette fois, sa peinture est plus lente, parfois convenue.

Dans la 2e partie, Tao a divorcé de Zhang mais travaille toujours à Fenyang, tandis que son fils, ironiquement appelé « Dollar » interprété par Dong Zhijian vit à Shanghai avec son père, devenu un riche homme d’affaires. Après les funérailles de son père, Tao reçoit la visite de l’épouse de son premier amour, Liang Zi, atteint d’un cancer et venue lui demander de l’aide pour payer le traitement de son mari.

La troisième partie nous renvoie aux transes d’un jeune homme moderne à la recherche de l’image de sa mère. Elle imagine en effet le fils de Tao en 2025, lycéen en Australie où il vit avec son père, tomber amoureux de son professeur d’anglais, une femme plus âgée que sa mère, interprétée par l’actrice et réalisatrice taïwanaise Sylvia Chang.

Le poids de la censure en Chine.

Si, pour nombre d’étrangers ou 老外 « Lao Wai », les films de Jia Zhangke sont une ouverture sans détours et très riche d’informations à la fois générales et intimes, vers les réalités de ce très vaste pays en mutation rapide, en Chine même, ils reçoivent parfois un accueil mélangé et ambigu. Non seulement de la part des autorités qui les censurent, mais aussi du public qui, parfois, accuse Jia de trop sacrifier aux modes occidentales, peut-être, disent certains, parce qu’il est obsédé par la quête des récompenses. Les plus conservateurs qui sont nombreux, y compris chez les jeunes, lui reprochent de transgresser, par ses excès de violence, la vieille morale confucéenne de l’harmonie.

Au milieu de commentaires qui reprennent les appréciations des cinéphiles occidentaux, on retrouve ces préventions de la morale sociale dans quelques messages des réseaux sociaux chinois, à propos de la relation du jeune adolescent avec son professeur trop âgé : « 40 ans ! La différence d’âge est trop forte » ou « Un amour difficile à comprendre » s’exclame un autre.

Renom international. Réflexions sur la violence et la censure.

Conférence de presse à la sortie de « Au-delà des montagnes ». Au centre Jia Zhangke, à sa gauche Zhao Tao, à sa droite Sylvia Chang.

Mais ces réflexions sur les survivances de la censure officielle ou sociale ne peuvent pas évacuer le fait qu’avec « Un soupçon de péché », qui est une puissante méditation sur la violence moderne, Jia a réalisé le film chinois le plus célébré par la critique internationale de toutes ces dernières années. Meilleur scénario à Cannes en 2014, il a entraîné un tel enthousiasme à Taïwan que les distributeurs de l’Île ont du organiser un mini-festival Jia Zhangke pour contourner les quotas imposés à l’importation de films étrangers.

Au total, le film a été projeté dans 63 salles, tandis que les distributeurs taïwanais acceptèrent de ne pas commander d’autres films du Continent tant que les droits de projection « d’un parfum de péché » ne furent pas assurés. Quant à la Chine où il n’a toujours pas été distribué, Jia espère encore que la censure qui frappe « un parfum de péché » sera levée, tout en reconnaissant que la violence brutale qu’il exprime heurte la sensibilité politique et morale du régime.

Dans une interview accordée à « China Real Time » édité librement en Chine par le Wall Street Journal, Jia Zhangke lui-même constate en consultant Sina weibo, que la violence n’est pas une exception, mais une tension permanente à ce point utilisée dans la résolution des conflits, qu’elle soumet la trame du tissu social à de constants risques de rupture. Il regrette que la société chinoise n’en débatte pas assez, l’autocensure ayant été aggravée en 2014 par l’alourdissement du contrôle des réseaux sociaux. « Nous n’avons pas cette tradition du débat. Weibo en avait lancé la mode, mais elle a été tuée dans l’œuf ».

Évoquant les arguments des censeurs, il juge naïve l’idée du département de la propagande que les Chinois devraient être protégés des débordements d’Internet et du cinéma au prétexte qu’ils pourraient attiser les désordres sociaux. Enfin, tout en se réjouissant que la censure n’ait cette fois pas bloqué « Au-delà des montagnes », il n’a pas l’intention de cesser d’explorer la violence et ses causes.

Son prochain film dont le scénario est écrit en coopération avec Han Dong (54 ans), un romancier poète vivant à Nankin, ancien professeur de philosophie à Xian, aujourd’hui reconnu en Chine comme l’une des têtes de file des romanciers d’avant-garde de la Chine moderne.

Le thème développé sur un arrière plan d’arts martiaux, est celui du désarroi des intellectuels de la Dynastie Qing déliquescente après la suppression du système des examens impériaux. A ce propos Jia révèle qu’il a refusé de suivre le conseil de certains de ses amis qui lui suggéraient de conclure son film par la vision rassurante d’un monde engagé sur la voie d’une embellie. « C’est une étrange suggestion », dit-il, « je veux filmer la pluie et non pas le soleil levant qui est une chose toute différente ».

Une idée de cadeau de fin d’année pour les inconditionnels de Jia Zhangke, le coffret DVD regroupant ses huit derniers films

Note sur « Banished » - « Bannis » (扎根 za gen) de Han Dong (韩 东)

Ce compte-rendu de l’une des oeuvres les plus connues de Han Dong, co-scénariste du prochain film de Jia Zhangke, est une traduction de la recension publiée par le site « A year of reading the world » tenu par Ann Morgan.

S’inspirant de l’histoire de l’auteur, le roman décrit le bannissement de la famille Tao chassée de la ville de Nankin à la fin des années 60. Sommés par Mao d’apprendre et de s’éduquer eux-mêmes à partir de l’expérience des « paysans pauvres » et « moyens pauvres », dans le contexte du projet idéologique d’éradication du capitalisme et de la vieille culture traditionnelle, les grands-parents Tao, leur fils écrivain, sa femme Su Qun et leur fils, Tao junior, doivent apprendre à vivre dans le petit village de Sanyu.

Mais alors qu’ils s’efforcent de tirer partie de leurs maigres ressources, ils doivent également prendre garde à ne pas réussir trop bien, pour ne pas éveiller la jalousie et les soupçons de leurs pauvres voisins incultes. Le résultat est l’histoire émouvante, traversée de péripéties à la fois sordides et tendres, mais souvent empreintes de dignité, d’une famille qui tente de résister à l’entreprise démoniaque d’éradiquer l’individu, sa liberté et sa créativité. Il n’est pas exagéré de dire que le livre est un hymne à la capacité de résilience de la nature humaine.


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