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Kangbashi. Dommage collatéral de la crise immobilière

[9 décembre 2011] • Jean-Paul Yacine

Les Ordos c’est déjà la steppe de Mongolie intérieure avec ses vastes étendues battues par les vents où même les montagnes ne parviennent pas à cloisonner l’espace.

Une ville fantôme ultra moderne.

C’est dans cette région ouverte aux vents nomades, à 600 km à vol d’oiseau à l’ouest de Pékin, que la bureaucratie locale a érigé une ville extraordinaire, aux larges avenues désertes richement éclairées, parsemée de monuments, dont le style navigue entre le néo-mongol inspiré de Gengis Khan, mâtiné de réminiscences staliniennes et les essais architecturaux d’avant-garde qui renvoient tantôt aux influences de la steppe comme ces murs ocres de l’opéra aux sommets crénelés, décorés de motifs géométriques entrecroisés, ou au modernisme le plus insolite, comme le musée en forme de calebasse et la bibliothèque, dont deux bâtiments sur trois penchent comme la tour de Pise.

Le site, baptisé Kangbashi qui fait administrativement partie de la ville d’Ordos, située à 35 km, fut érigé par les fonctionnaires à partir des vastes revenus du charbon – le PNB par habitant de la région y est supérieur à 20 000 $, soit trois fois celui du reste du pays - . Dans leur esprit la nouvelle ville devait être un symbole du futur de la Chine postmoderne, après la relocalisation des bâtiments administratifs autour de trois réservoirs d’eau, dans le contexte général de l’avancée inexorable du désert.

En six ans, 17 Mds de RMB (2 Mds d’€) d’argent public ont été engloutis dans cette aventure urbaine et architecturale extravagante qui offre toutes les catégories de logement, de la villa de luxe dans des résidences fermées protégées par des caméras et des vigiles, aux ensembles bétonnés pour clients moins fortunés. Le tout parsemé de bâtiments administratifs aux allures de vaisseau spatial, de librairies, de théâtres, et de quelques tours ultra modernes qui semblent directement importées de Dubai.

Mais, en 2010 la ville devint mondialement célèbre, non pas à cause de sa modernité arrogante, mais par le truchement d’un reportage de Times Magazine qui la décrivait comme une « ville fantôme, où les balayeurs de rues étaient plus nombreux que les passants ». Conçue pour accueillir 1 million d’habitants, elle n’en comptait que 28 000.


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