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›› Politique intérieure

Kunming : le choc terroriste

Un attentat aveugle contre des civils sauvagement attaqués à l’arme blanche a eu lieu dans la gare de Kunming le 1er mars dans la soirée. Le 2 mars à 21h 00, heure de Pékin, l’attaque n’avait toujours pas été revendiquée.

Ce n’est pas la première fois que des actes extrêmes ont lieu à l’occasion de la réunion annuelle des assemblées à Pékin ou lors de grands rendez-vous politiques du régime chinois. En 2008, le mois de mars avait été marqué par les émeutes à Lhassa et dans le Gansu. Toute l’année 2012 qui fut celle du 18e Congrès, fut ponctuée par la résurgence des incidents entre forces de l’ordre et rebelles Ouïghours au Xinjiang avec au moins 200 affrontements violents répertoriés, la plupart entre des forces de l’ordre et des groupes munis d’armes blanches.

Mais en 2013, le nombre des incidents n’a pas baissé. En réalité, sur fond de renouveau du sentiment religieux au moins depuis 2006, les émeutes d’Urumqi de juillet 2009 où les Ouïghours s’en étaient violemment pris aux Han dont 198 furent tués et 1700 autres blessés, marquèrent une dangereuse exacerbation des tensions entre les communautés.

Un grand défi sécuritaire.

Dans ce contexte, l’attaque brutale et aveugle perpétrée le 1er mars à 21 heures par une dizaine de personnes dont au moins une femme, toutes habillées de noir qui poignardèrent au hasard les voyageurs de la gare de Kunming tuant au moins 29 personnes et en blessant 130 autres, constitue une rupture et un défi de grande ampleur pour l’appareil de sécurité chinois.

Sans attendre une revendication, Xinhua qui dans une de ses dépêches a qualifié l’attaque de « 11 septembre chinois », a assez vite relié l’agression à l’attentat à la voiture folle devant la porte sud de la Cité Interdite, le 28 octobre dernier, attribué aux séparatistes ouïghours. Vers 20 heures le 2 mars, les autorités, faisant état « d’indices suffisants », confirmaient le lien de l’attentat de Kunming avec le Xinjiang établissant que, pour la première fois, les activistes turcophones avaient opéré très loin de leurs bases de manière organisée et planifiée.

Alors que des images de corps sans vie étendus dans des flaques de sang circulaient sur les réseaux sociaux, tandis que 4 des terroristes avaient été abattus par la police et un autre fait prisonnier, le président Xi Jinping a appelé à une réaction rapide de forces de sécurité et de la justice. Dès le dimanche 2 mars une partie de l’appareil de sécurité du Bureau Politique se déplaçait à Kunming. En tête, Meng Jianzhu, ancien ministre de la sécurité publique et actuel patron de la Commission des lois du Parti, membre du Bureau Politique. Dénonçant l’assassinat d’innocents, il promettait de mettre tout en œuvre pour arrêter les coupables.

Le déni des différences culturelles.

Mais le même jour, Dilxat Raxit, porte parole du Congrès mondial des Ouïghours qui a qualifié l’attentat de Kunming « d’irrationnel », a invité le gouvernement chinois à traiter le cas de manière transparente, rappelant que l’oppression policière dont sont victimes les populations non Han du Xinjiang peuvent produire des « traumatismes psychologiques, pouvant conduire à des actes désespérés ».

L’appel à la transparence était aussi relayé en Chine sur son compte Weibo par Hu Xijin, éditeur du Global Times, surgeon du Quotidien du Peuple. Mais lui avait une intention strictement répressive qui visait les séparatistes ouïghours, considérés comme une menace contre l’unité de la Chine.

Signe que la répression sera lourde et indiscriminée, l’amiral en retraite Yin Zhuo affirmait qu’il ne s’agissait pas d’un problème culturel ou religieux, mais bel et bien « d’un acte terroriste commandité de l’extérieur », tandis que le Quotidien du Peuple publiait un article accusant de traitrise ceux des chercheurs et sociologues qui trouveraient des excuses sociales et ethniques aux assassins. L’analyse semblait viser Ilham Tohti, 44 ans de l’ethnie ouïghour, professeur de droit et d’économie à l’université des minorités de Pékin.

Ilham Tohti, le bouc émissaire.

Emprisonné depuis la mi-janvier 2014 avec 7 de ses étudiants, ce dernier est accusé par le Parti d’aborder avec ses élèves les questions sociales, religieuses et culturelles du Xinjiang par un discours que les autorités considèrent comme une justification aux activités séparatistes des Ouïghours.

Lors de l’attentat du 28 octobre sur la place Tian An Men, il avait expliqué que les occupants du 4x4 ayant foncé dans la foule étaient désespérés par les humiliations subies au Xinjiang. Mais le plus grand crime de Ilham Tohti est probablement d’avoir crée un blog où il remet en question la politique chinoise au Xinjiang. On y décrit notamment les méthodes brutales de la police depuis la nomination en 2010, de Zhang Chunxian, au poste de secrétaire du Parti de la province.

Plus encore, véritable chiffon rouge pour les autorités chinoises, dans une récente interview à Voice of America (VOA), radio subventionnée par la Maison Blanche, il expliquait qu’une grande partie des tensions au Xinjiang venait des attitudes de la police et des milices qui investissaient les domiciles des Ouïghours, leur demandant de raser leurs barbes, d’ôter leur turban, de faire disparaître les symboles religieux ou même les tapis de prière.

Raidissement répressif.

Dès lors, l’attaque sauvage contre des innocents de la gare de Kunming apparaît à certains analystes comme une « prophétie auto-réalisatrice ».

En refusant de considérer le problème ouïghour sous son angle culturel, dont la direction politique s’applique à nier l’importance, focalisant uniquement son action sur la répression et le développement socio-économique dont beaucoup de turcophones se sentent exclus, la direction chinoise qui traite systématiquement et sans discernement tous les protestataires de « séparatistes » et de « terroristes », aurait elle-même créé les conditions d’une insurrection.

En attendant, la sauvagerie de l’attaque de Kunming contre des civils innocents confortera les tenants d’une répression brutale. S’il existait dans la direction politique chinoise des partisans d’une approche plus subtile de la question ouïghour, ils auront désormais beaucoup de mal à faire entendre leur voix.


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