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L’alliance militaire sino-russe et le scepticisme de l’Académie des Sciences Sociales

L’exercice naval sino-russe a eu lieu du 23 au 27 août en Mer du Japon (Mer de l’Est pour les Chinois) bordée à l’Est par le Japon et à l’Ouest par la péninsule coréenne et l’extrême orient russe, où s’est déroulé un exercice de débarquement aéronaval. Large de 400 nautiques et longue de 1280 nautiques (2 jours et-demi de navigation à 20 nœuds), l’espace est fermé au sud par le Détroit de Corée et au Nord par les détroits de La Pérouse qui ouvre vers les îles Kouriles et à l’extrême nord par le Détroit de Tatar.

Le 28 août a pris fin un exercice naval sino-russe de grande ampleur présenté par Moscou et Pékin comme la deuxième phase de la manœuvre conjointe ayant eu lieu en Méditerranée en mai dernier, tout juste après la parade du 9 mai sur la place rouge. Cette fois la séquence a pris fin 5 jours avant le défilé chinois de Chang An commémorant la victoire sur le Japon en 1945, homothétique de la démonstration de force russe du printemps sur la Place Rouge.

Organisé à proximité de Vladivostok, dans le golfe de Pierre Le Grand qui borde à l’ouest la Mer du Japon (Mer de l’Est pour les Chinois), l’exercice a duré du 23 au 27 août et s’est conclu le 28 par un défilé naval et aérien au large de la province orientale russe du Primorie, à 200 milles nautiques à l’ouest de l’île japonaise d’Hokkaido.

Impliquant 23 navires de combat et logistiques, 2 sous-marins, 20 avions de combat, 8 hélicoptères embarqués, 40 véhicules blindés et 400 militaires appartenant à des unités spéciales avec une trentaines de véhicules amphibies, la manœuvre comprenait des actions conjointes pour prévenir les sabotages, des séquences de lutte anti-sous-marine, des exercices anti-navires et anti-aériens, ainsi que des séances de tirs réels contre des cibles navales et aériennes.

Parmi les navires de combat engagés par l’APL on trouvait le destroyer Taizhou de la classe Sovremenny équipé de missiles anti-navires supersoniques que les Chinois appellent « le tueur de porte-avions » et la frégate lance-missiles Hengyang qui avait participé aux opérations anti pirates dans le golfe d’Aden.

Démonstration de force face à l’alliance militaire nippo-américaine.

Exercice de débarquement amphibie sur les cotes de Primorie par une unité russe à partir d’un navire amphibie chinois.

Le point culminant a été un exercice amphibie et aérien conjoint simulant un débarquement de vive force sur le champ de tir russe de Klerk en Sibérie orientale. Le lieu même de l’exercice au large du Japon, allié militaire de Washington et aux relations tendues avec Pékin à propos des Diaoyutai (Senkaku) et crispées avec Moscou sur la question de Îles Kouriles, à 340 nautiques à l’est de la presqu’île de Sakhaline, peut être interprété comme un signal de fermeté à l’égard du couple nippo-américain, même si tous les responsables chinois et russes de l’exercice ont à plusieurs reprises répété que la manœuvre n’était dirigée contre personne.

Le fait est qu’en août 2006, des gardes côtes russes avaient tué - par une balle perdue selon les porte parole russe -, un pêcheur japonais et capturé un chalutier autour des Kouriles ; en 2008, la présence dans les manuels scolaires japonais d’une affirmation de souveraineté japonaise sur les Kouriles avait provoqué un tollé en Russie ; en 2010 Medvedev, premier président russe à se rendre sur place, avait ordonné un renforcement de la défense des îles.

Quant aux relations entre Pékin et Tokyo, elles n’ont cessé d’empirer depuis 2010, avec une aggravation récente suite à l’ajustement de la constitution pacifique du Japon qui autorise désormais les forces d’auto-défense à intervenir loin de l’archipel dans le cadre d’une alliance militaire. Dans ce contexte, la manœuvre navale et aéroterrestre conclue par une action de force amphibie avait, malgré les démentis, toute les allures d’une démonstration de force sino-russe dirigée contre Washington et Tokyo.

Pour compléter ce tableau ajoutons qu’à la mi-juillet le gouvernement japonais avait demandé à la Chine de cesser ses explorations pétrolières en Mer de l’Est à proximité des eaux japonaises, craignant que les forages chinois ne débordent sur les nappes situées dans la zone de souveraineté de Tokyo.

Les nuances de l’Académie des Sciences Sociales.

Pour autant, alors que la marine chinoise participait pour la première fois en Mer du Japon à une exercice conjoint de cette ampleur avec Moscou, le Global Times publiait le 24 août, le lendemain du démarrage de l’exercice, un article dont la conclusion s’attachait à prendre ses distances avec l’idée d’une alliance militaire avec Moscou, laissant entendre que la pente du rapprochement des armées russes et chinoises portait en elle un risque de conflit.

Rédigé par Jiang Yi, un chercheur de l’Académie des Sciences Sociales expert de la Russie, l’analyse affirmait que la Chine aurait la sagesse d’éviter de se lier les mains dans une alliance militaire qui serait perçue par les États-Unis comme une menace et ouvrirait la voie au retour de la politique des blocs. Il ajoutait que, même si les relations sino-américaines n’étaient pas aussi bonnes qu’on pouvait l’espérer, Pékin aurait assez de discernement pour éviter un affrontement militaire avec Washington.

Même si, dans une autre partie de l’article l’auteur reprenait les arguments de la Direction chinoise sur « la fonction pacificatrice » des manœuvres militaires et « leur contribution à la stabilité régionale », ajoutant lui aussi qu’elles n’étaient dirigées contre personne, la seule évocation de la relation sino-américaine et des risques d’un affrontement avec la 7e flotte en mer de Chine du sud suggèrait que l’épine dorsale stratégique de Pékin n’est pas Moscou, mais Washington.

L’article révèle aussi en filigrane les probables controverses au sein du Bureau Politique, à propos du rapprochement stratégique avec Moscou à la veille de la grande parade pour la victoire contre le Japon et à quelques semaines du voyage officiel de Xi Jinping aux États-Unis. Enfin, au passage signalons que, même si les joutes internes n’ont pas percé le nouveau mur du silence chinois, les stratégies de revendication territoriales de Pékin en Mer de Chine du Sud articulées autour de l’extension artificielle des îlots des Spratly et des Paracels qui mettent en émoi nombre de riverains, font elles aussi l’objet de vifs débats au sein du Parti.


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