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›› Editorial

L’armée populaire de libération à Djibouti : une évolution notable des stratégies chinoises

12 ans après les États-Unis qui ont établi leur Commandement en Afrique et y ont déployé 4000 hommes, 5 ans après le Japon, la Chine envisage d’installer un point d’appui militaire à Obock exactement en face des GI’s et des militaires nippons.

Djibouti a le double avantage de bénéficier d’une stabilité politique unique dans une région bouleversée et d’être une position d’observation idéale et un éventuel point d’appui à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée du canal de Suez, l’une des routes maritimes les plus fréquentées de la planète. Également débouché naturel de l’Éthiopie et de la voie ferrée venant d’Addis-Abeba, cette position stratégique, ancienne colonie française, autrefois occupée par 2 unités de l’armée de terre dont l’une a été transférée vers les Émirats Arabes Unis en 2011, est aujourd’hui investie par les États-Unis, le Japon et bientôt la Chine.

Si la présence militaire américaine dans la région qui remonte à 2001 n’est pas une surprise, celle du Japon jusque là peu enclin à se projeter militairement à l’extérieur et celle de la Chine qui a toujours nié vouloir mettre en œuvre une stratégie de bases militaires prépositionnées à l’étranger, méritent attention.

Pékin après Washington et Tokyo dans le chaudron de l’Est africain.

L’intérêt de ces grands rivaux stratégiques du XXIe siècle pour l’ancienne colonie française est accru par l’insécurité récurrente dans toute la corne de l’Afrique.

D’abord au Yemen, aux prises avec l’insurrection chiite des Houthis contre les clans de l’ancien président Ali Abdullah Saleh et la réaction des tribus sunnites rivales qui fut le terreau du terrorisme lié à Al Qaida ; ensuite, en Somalie où, depuis 2006, le groupe salafiste Al-Shebab (5000 Djihadistes divisés en plusieurs factions rivales mais toutes unies contre le président somalien Sharif Ahmed) fomentent des troubles révolutionnaires qui se nourrissent d’une économie en déshérence et de l’explosion du chômage, générant spontanément la profusion des pirates en mer d’Arabie.

A ces déstabilisations durables d’une région stratégique où se croisent les intérêts énergétiques planétaires, s’ajoute pour la Chine les effervescences du sud Soudan (700 km de frontière commune avec l’Éthiopie) où sont investis les groupes pétroliers chinois et où, en décembre dernier, l’APL a décidé de tripler le nombre de militaires engagés au sein de la mission des Nations Unies, dépêchant pour la première fois de son histoire une unité combattante de 700 hommes dans une zone de conflit, dont le déploiement s’est achevé début avril.

Non loin des 4000 « Gis » américains stationnés au Camp Lemonnier, l’ancienne base de l’unité de Légion Étrangère basculée vers les Émirats en 2011, la présence militaire japonaise, tout en restant modeste, n’en signale pas moins l’évolution des ambitions stratégiques de Shinzo Abe décidé à augmenter le rôle international des Forces d’auto-défense aux côtés des États-Unis.

Montés en puissance depuis mars 2009, les militaires japonais que l’ironie de l’histoire a installés non loin du camp Lemonnier du nom du général français assassiné à Lang Son au Vietnam par les troupes nippones en 1945, articulent essentiellement leur engagement autour de la lutte contre la piraterie et de la protection des ressortissants japonais. En même temps, les travaux de planification par l’état-major japonais du point d’appui mettent en mesure les forces d’auto-défense stationnées sur place d’accueillir des renforts venant du japon en cas d’aggravation de la situation.

Fort de 200 hommes, le détachement japonais met en œuvre 2 appareils de surveillance maritime P-3C 2 destroyers de la marine et 2 sections d’infanterie équipées de blindés légers destinés à la protection du site et à l’éventuelle extraction de citoyens japonais. La première base militaire japonaise à l’étranger depuis 1945 dont le loyer annuel coûte 40 millions de dollars au budget du pays, fut formellement établie en 2010.


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