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›› Politique intérieure

L’éveil de la classe moyenne. 225 millions de Chinois, objets des attentions du régime

Entre nationalisme et peur de l’avenir.

Depuis 2012, Xi Jinping s’est appliqué à soigner son image dans la jeunesse.

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Ayant en moyenne 8 fois plus de chances d’être diplômés de l’université que les jeunes ruraux, connectés au monde par internet dont l’influence grâce aux VPN est importante en dépit de la censure, l’esprit plus tourné vers l’étranger que la majorité de leurs parents, les jeunes qui forment l’ossature de la classe moyenne urbaine, sont à la fois sensibles au discours nationaliste du « rêve chinois » et perturbés par les effets collatéraux du développement et de la confusion des affaires et de la politique que sont la corruption, les produits alimentaires frelatés et la pollution.

Beaucoup d’entre eux à la fois préoccupés par l’avenir, habités par la fierté d’appartenir à un pays puissant à la très longue histoire, s’essayent au civisme et commencent à s’intéresser à la mouvance des ONG et des associations étroitement surveillées par le pouvoir – soigneusement tenues à l’écart du G.20 – dont l’objectif affiché est d’améliorer le fonctionnement de la société et ses rapports avec le régime, mais que le politburo accuse, pas toujours sans raison, d’être manipulés par les États-Unis.

Il est vrai que les défis de la jeune bourgeoisie ne sont pas minces. Les plus éclairés ont conscience que la modernisation de la Chine n’est pas parvenue à tourner le dos aux anciennes pratiques sociales liant l’obtention d’un emploi et la réussite au moins autant aux diplômes qu’aux appuis des connexions sociales et politiques ; ils constatent que la relance immobilière a progressivement haussé les prix hors de portée de leurs ressources [3] dans un contexte où les prêts bancaires aux particuliers restent compliqués ; tandis qu’en dépit du sacrifice des parents, les retours sur l’investissement consenti pour les études n’est plus systématiquement au rendez-vous.

La crise aidant, le pessimisme s’installe. La génération des parents prend aujourd’hui conscience, comme ailleurs dans le monde développé, que leurs enfants pourraient ne pas connaître les progrès matériels dont eux-mêmes ont bénéficié depuis les années 80.

La stabilité politique en question.

A ce stade du cheminement au sein d’une classe moyenne enrichie, mais dont la frange intellectuelle est lucide sur les défis à venir pour elle-même et le pays, surgissent les hypothèses d’une bascule politique vers un système démocratique.

Mêlant d’une part les théories de Tocqueville sur le rôle de la bourgeoisie éclairée dans la révolution française et, d’autre part, l’analyse des évolutions démocratiques apaisées en Corée du sud et à Taïwan survenues après le développement d’une classe moyenne aisée comparable à celle des citadins chinois aujourd’hui, certains observateurs spéculent sur les perspectives d’une réforme politique. D’autres anticipent un changement de régime, y compris violent, comme si les succès socio-économiques et l’aisance de la classe moyenne pouvaient en être les déclencheurs naturels.

Au XXe siècle, ces aspirations surgies dans le sillage de l’ouverture économique se sont cristallisées à deux reprises en 1979 et en 1989. Chaque fois le Parti les a sévèrement réprimées. Aujourd’hui encore, un vaste éventail de censure, de répressions politiques et de propagande nationaliste contribue à encadrer et à cloisonner habilement les mécontentements, tenant à distance les velléités de changement de régime.

Popularité de Xi Jinping.

Pour autant, alors que la société chinoise est traversée par des tensions sur les salaires, les conditions de travail, les retraites, les inégalités de revenus, la corruption de l’oligarchie et les graves pollutions de l’environnement, il serait erroné de croire que la classe moyenne, base politique du régime, serait unanimement opposée au parti.

L’observation des faits oblige à constater qu’un habile mélange de souplesse politique et de répressions ciblées, sur fond crainte de retour au chaos idéologique et à la férocité des luttes internes, à quoi s’ajoutent les effets bénéfiques pour la légitimité du partie de la hausse considérable du niveau de vie, a contribué à maintenir la stabilité sociale et politique du pays.

Pour l’heure, s’il est vrai que le style de vie de la classe moyenne chinoise s’est aligné sur celui des pays développés démocratiques, il n’est pas certain que la pensée politique occidentale ait en Chine autant d’influence que certains l’espèrent. Il est exact que depuis 2012, la frange des intellectuels exprime une réelle déception face au corset impitoyable de la censure réduisant sévèrement la liberté d’expression, tandis que le retour de la propagande idéologique proto-maoïste teintée de nationalisme ferme le débat politique et interdit toute critique des politiques publiques qu’elles soient nationales ou internationales.

Pour autant, cette conscience paraît marginale face au sentiment général de fierté nationale habilement entretenue par le régime. Le fait est que la majorité des Chinois de la classe moyenne influente continue à soutenir le régime.

Au point qu’on peut en effet estimer avec The Economist que, si demain avait lieu une élection libre, Xi Jinping serait élu avec une confortable majorité et pas seulement parce que les oppositions politiques sont interdites. Depuis 2012, le n°1 du régime s’est en effet attaqué avec une détermination habilement mise en scène aux deux motifs de mécontentement les plus sensibles dans la société chinoise : la corruption de l’oligarchie et la pollution.

Dernière initiative en date ayant une portée globale, le politburo a, derrière Xi Jinping, fait ratifier par l’Assemblée Nationale aux ordres, l’accord de Paris sur le climat donnant à la Chine l’image pourtant quelque peu usurpée d’un pays en pointe dans le sauvetage de planète.
Lire : COP 21 : entre illusions et scepticismes. Réalités et limites des contributions chinoises

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Mais rien ne dit que l’embellie politique dont profite le Parti ne sera pas assombrie, tant il est vrai qu’en Chine comme ailleurs, les menaces de crise s’accumulent. Elles vont du ralentissement économique porteur de graves risques sociaux collatéraux à la conscience politique croissante d’une partie de la jeunesse de plus en plus portée à la contestation activiste, en passant par la fuite des élites et des capitaux. A quoi s’ajoute le creusement des inégalités traduisant une mauvaise répartition des fruits de la croissance.

En arrière plan, objet d’une très puissante omerta du régime, la sourde menace du terrorisme islamiste au Xinjiang connecté au radicalisme religieux du Moyen Orient, du Pakistan, d’Afghanistan et d’Asie Centrale sur lequel le régime ne peut avoir qu’une influence limitée.

Notes :

[3Depuis l’été 2014, les prix immobiliers calculés pour 100 municipalités sont repartis à la hausse. Le phénomène s’accélère. Entre janvier et juillet 2016, la hausse annuelle est passée de 2,5% à 7,9% (source : statistiques chinoises).


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