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La bourrasque du paiement en ligne

Paiement en ligne dans un magasin Suning d’électroménager (1600 magasins en Chine) sous une publicité pour Alipay, le système de paiement en ligne d’Alibaba.

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Outre le nombre, une des forces de la Chine est la réactivité de la classe moyenne branchée. Capable d’embrasser les dernières innovations des technologies de l’information à la vitesse d’une flamme crépitant le long d’une trainée de poudre, des centaines de millions d’adeptes de la dernière mode créent la puissance du marché chinois et ses normes.

Cibles des grands commerciaux de la planète, cette frange de la population, réagissant avec une fureur moutonnière et compulsive, adopte de nouvelles pratiques avec une frénésie d’autant plus contagieuse qu’elles répondent à un besoin d’efficacité hors des carcans anciens qui les cantonnaient dans des procédures paperassières de la bureaucratie traditionnelle. C’est le cas du paiement en ligne par téléphone dont la simplicité instantanée faisant abstraction de la billetterie, transporte la société chinoise sur une autre planète.

Course poursuite entre Alibaba et Tencent.

Les résultats de cet engouement sont impressionnants. Selon le centre national d’analyse des réseaux Internet, à la mi-2015 le nombre de payeurs en ligne par smartphone atteignait 359 millions, soit +18% en seulement six mois, tandis que le total des transactions par téléphone mobile représentait 200 milliards d’€ en 2015, chiffre comparable au marché américain. La croissance attendue pour 2016 et 2017 est encore supérieure à 15%.

Curieusement, les opérateurs chinois Alibaba (68% du marché en baisse de 14%) et Tencent via WeChat (750 millions d’utilisateurs et 20% du marché en augmentation de 9%), à couteaux tirés pour gagner des clients dans le paiement en ligne perdent de l’argent dans la bataille. Leur intérêt est ailleurs.

Pour Marin Lau - Lau Chi Ping -, 43 ans, formé aux États-Unis, ancien directeur de la division investissements de Goldman Sachs pour l’Asie, ingénieur électronicien et titulaire d’un MBA, Tencent, dont il est le Président, n’a pas abandonné l’objectif de rentabilité du paiement en ligne, mais les efforts d’investissements dans le secteur en expansion rapide permettent, par le recueil de métadonnées commerciales sur les clients, de consolider la position de la société dans les services bancaires en ligne (rémunération des dépôts, prêts et accès aux fonds d’investissements) qui bousculent la forteresse des banques traditionnelles.

Pour valoriser au mieux l’engouement populaire du paiement en ligne, les deux concurrents du secteur Alipay filiale d’Alibaba (lire notre article Alibaba et la bataille pour la réforme du système financier chinois) et Tencent investissent massivement pour s’attacher des partenaires commerciaux de leurs circuits de paiements.

WeChat propose à ses utilisateurs des applications en ligne pour McDonald, 7-Eleven, Uniqlo ; Alibaba qui a démarché la chaîne d’électronique grand public Sunning et, comme Tencent, investi dans le réseau en ligne de taxis Didi Kuaidi où on retrouve également le Japonais Softbank, un des actionnaires d’Alibaba, a, sous la pression de son concurrent qui était déjà dans la place, engagé 1,25 milliards de $ pour prendre 27,7% des parts d’Ele.me, une start-up de livraison de repas à domicile.

Succès foudroyant des 红包 en ligne…

L’envoi en ligne des « enveloppes rouges » adapte la tradition aux technologies du XXIe siècle.

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Les deux s’observent et se copient. Tencent investit dans l’analyse du système Alipay d’Alibaba et a doublé les effectifs de sa propre structure de paiement en ligne qui compte aujourd’hui 1000 agents et ingénieurs.

Dans cette concurrence, le terrain de chasse le plus spectaculaire, court-circuit entre les vieilles traditions populaires et la haute technologie de l’argent virtuel, est le service des « hongbao - 红包 », enveloppes cadeaux que les familles s’échangent lors des fêtes.

Lors de la dernière fête du printemps, les « accrocs » de WeChat ont échangé 32 milliards d’enveloppes rouges virtuelles, 9 fois plus qu’en 2014. En y ajoutant un jeu de cartes porte-bonheur en ligne, Alipay l’a imité en partenariat avec l’émission de variétés du nouvel an diffusée par CCTV (120 millions de $ d’enveloppes rouges en ligne durant la soirée)

…sous l’œil de Samsung et Apple.

Le terrain de cette vague d’enthousiasme est également activement exploré par les grands mondiaux du paiement en ligne. Au printemps dernier, Apple et Samsung se sont lancés dans cette bataille sur un mode tout aussi ardent et concurrentiel. Le sud-coréen a annoncé la coopération avec 9 banques chinoises avec l’application de son service de paiement en ligne disponible sur son smartphone Galaxy en coopération avec Union Pay – 中国 银联 -, également partenaire de Apple.

Ce dernier a inauguré son service de paiement en ligne juste un mois avant Samsung, lui-même directement concurrencé par le fabricant de portables Xiaomi qui lui a ravi sa place du n°1 du marché en 2014.

Le marché presque vierge de l’Afrique.

Ce n’est pas fini. Alibaba et Tencent visent le marché naissant du paiement en ligne en Afrique. En novembre 2015, WeChat Wallet lançait son système en Afrique du Sud en coopération avec la Standard Bank, le plus grand bailleur africain, ouvrant aux utilisateurs de Tencent l’accès à une série de services bancaires tels que le paiement et le transfert de fonds en ligne.

Sur le continent où les comptes en banque sont plus rares qu’ailleurs, où la plupart des consommateurs règlent encore leurs achats en cash, tandis que la liaison internet est aléatoire, le défi n’est pas mince.

WeChat Wallet a un temps d’avance puisque tout comme M-Pesa (argent en swahili) - système de micro-financement et de transfert d’argent dont la réputation s’est étendue à l’Afrique du Sud, en Afghanistan, en Inde et en Europe de l’Est -, il contourne les banques traditionnelles en ouvrant la possibilité de paiement en ligne par SMS sécurisé et un code secret à partir de sommes d’argent directement stockées sur le téléphone portable.

L’alliance avec Standard Bank ouvre aux abonnés de WeChat Wallet la possibilité de paiement dans tous les commerces affiliés au système Snap Can de paiement en ligne de la banque sud-africaine.

Mais la stratégie de l’exploration en terre inconnue comporte des risques. Au printemps 2015, on apprenait que la start-up sud-africaine M4JAM (money for jam), plateforme en ligne de micro-services dans laquelle Tencent avait investi, était en faillite et cherchait des repreneurs.


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