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La Chine, l’Europe, l’Allemagne et la France

Le 24 juin, la Commission Européenne et la Haute Représentante pour les Affaires étrangères de l’UE adressaient une note conjointe au Conseil européen et au parlement dans laquelle ils appelaient à la cohésion des États membres face à la Chine afin de mieux promouvoir les intérêts de l’Europe et de ses citoyens.

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Au fil des articles parus depuis février 2016, QC avait signalé le durcissement de la relation Chine – Europe autour de la guerre de l’acier et du statut de l’économie de marché réclamé par Pékin, mais que les Européens sont aujourd’hui de plus en plus réticents à lui accorder, en dépit de la date butoir du 11 décembre 2016 à laquelle, selon Pékin, le statut devrait lui être attribué automatiquement en vertu de l’article 15 du protocole d’accès de la Chine à l’OMC.

Le point d’orgue du raidissement européen face à Pékin, coïncidant avec le Brexit, fut, le 24 juin dernier, une note politique conjointe de la Commission de l’UE et de la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité adressée au parlement et au Conseil européen (Sommet des chefs d’État).

Après une longue partie décrivant les opportunités et les espoirs de la relation Chine – Europe, le texte qui insistait sur la nécessaire solidarité des membres de l’UE à l’international, pointait du doigt l’évolution et la puissance des stratégies extérieures chinoises et affirmait la nécessité pour les pays de l’Union d’agir « en un bloc cohérent et efficacité » afin, disait le texte, « de promouvoir les intérêts de l’Europe et de ses citoyens ».

S’il est une relation qui symbolise cette évolution ayant migré de la confiance réciproque entre Pékin et l’UE vers une crispation suspicieuse c’est bien celle entre la Chine et l’Allemagne. Ancien allié privilégié de Pékin en Europe, Berlin, considéré par la Chine comme le pays le plus utile à sa montée en gamme technologique, s’est récemment plusieurs fois cabré pour tenir à distance les risques de transferts de technologies acceptés sans retenue pour des raisons commerciales ou/et financières [1].

« Chine – Allemagne, la lune de miel est finie », titrait le 16 novembre dernier un article de Klaus Larres dans The Diplomat. Historien allemand professeur de sciences politiques, expert des rapports Chine – Europe ayant enseigné la relation transatlantique aux États-Unis et en Grande Bretagne, Larres note que Berlin, ayant pris conscience que le partenaire économique chinois est devenu un sérieux rival sur la scène internationale, a « brutalement mis fin » à sa longue relation privilégiée avec la Chine.

Pour autant, dans son article, Larres interroge la pertinence de la stratégie allemande, brutale et sans nuance. Constatant que, lors de sa récente visite en Chine, le ministre allemand de l’économie allemand Sigmar Gabriel avait mis de l’huile sur le feu au lieu de tenter un adoucissement diplomatique, l’auteur se demande si, face au monstre économique et commercial chinois, une telle brusquerie est à la fois sage et visionnaire.

Enfin chacun aura noté que le durcissement de l’ancien partenaire privilégié de Pékin en Europe s’est produit au moment même où le ministre des Affaires étrangères français effectuait en Chine un voyage placé sous le sceau de la bonne entente et de la coopération fructueuse et confiante dans l’avenir.

Le moins qu’on puisse dire est que la conjonction de ces deux stratégies opposées jette un doute sur la cohésion de l’UE qui, une fois de plus, se présente hésitante et divisée face à la Chine.

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La relation Chine – Allemagne face au protectionnisme.

Au cours de son voyage en Chine Sigmar Gabriel, vice-chancelier allemand et ministre de l’économie et de l’industrie a exprimé sans trop de nuances aux Chinois ses reproches de relations très déséquilibrées et les craintes d’une captation par la Chine des technologies qui font la puissance des exportations allemandes. Il a cependant modéré ses propos lors d’une conférence de presse à Chengdu le 3 novembre.

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La crise entre Berlin et Pékin doit être remise dans la perspective de la montée, en Allemagne comme en Europe, sur fond d’une série de scrutins menaçant les partis traditionnels, de ce que nombre d’analystes appellent des « populismes », en réalité le sentiment d’une part importante des Européens et des Allemands sous la pression de la plus importante vague de migrants allogènes depuis 1945, d’être les perdants de la mondialisation libérale.

Face à la Chine, cette angoisse agitée par les hommes politiques européens pris dans les tumultes des compétitions électorales, est objectivement attisée par une série de faits incontestables dont la synthèse cumulée donne l’impression d’une relation sino-européenne déséquilibrée au profit de l’industrie et de l’économie chinoises tirant largement profit du libre commerce pour s’approprier des technologies sensibles tout en limitant l’accès à plusieurs secteurs de son marché.

Alors que, selon l’OCDE, les intérêts chinois jouissent en Occident d’une vaste liberté de manœuvre, la Chine est, de loin, la puissance industrielle la plus fermée de la planète où les marchés publics sont rarement attribués à des groupes étrangers. Les péripéties des récentes tensions entre Pékin et l’Allemagne furent l’expression de ces rancoeurs sous-jacentes.

La déclaration intempestive de l’Allemand Günther Öttinger (63 ans), commissaire européen pour l’énergie connu pour ses gaffes verbales qui, en octobre dernier, avait, lors d’un colloque avec des chefs d’entreprise à Hambourg, traité les Chinois de « bridés », « peignés au cirage noir », n’a pas contribué à alléger l’ambiance. L’accélération spectaculaire des investissements chinois en Allemagne a fait le reste.

Larres rappelle à ce sujet que, durant les 6 premiers mois de 2016, les capitaux chinois ont fait l’acquisition de plus de 40 sociétés allemandes et pris des parts minoritaires dans 6 autres. Au point que 17% des investissements chinois en Europe l’ont été en Allemagne. La percée s’inscrit dans un élan global ayant doublé l’empreinte économique et commerciale chinoise à l’étranger depuis 2014 (lire notre article Investissements chinois à l’étranger. Arrêt sur image).

77 Mds $ de capitaux chinois on été investis en Europe – dont 12,1 Mds de $ en Allemagne (15%), entre janvier et août 2016, soit 8 fois plus que durant le premier semestre 2015). Cette dynamique a fait que l’Allemagne est, après 2015, devenue la première destination des capitaux chinois en Europe, devant le Royaume Uni. Fait important, la plupart des entreprises ciblées par la vague chinoise sont des fleurons de technologies de pointe ou considérées comme telles par la classe politique allemande.

Lire aussi :
- Sommet Chine – Europe. Quelques avancées dans un climat de défiance
- Chine – Europe. La guerre de l’acier et le statut d’économie de marché
- Chine – Europe. Bruxelles se cabre en plein « BREXIT »

Notes :

[1Le transfert des secrets technologiques est en général accepté par les compagnies occidentales en échange d’une participation chinoise à leur capital ou/et de leur accès au marché chinois.


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