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La difficulté des stratégies anti-pollution. Progrès et embardées

Au-dessus du périphérique à Pékin, un jour d’hiver.


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Depuis plusieurs semaines, le nord de la Chine est, de manière récurrente, noyé dans un épais brouillard de pollution, objet de nombreuses dépêches d’agence. A la fin décembre, aggravée par les chauffages au charbon, dans au moins 8 villes du nord et du centre, dont Shijiazhuang, Handan, Pékin et Tianjin les concentrations de microparticules avaient largement dépassé la cote d’alerte des 300 particules par m3.

Le phénomène qui provoque une baisse sérieuse de la visibilité a des impacts directs sur l’activité économique, obligeant à fermer des usines et des autoroutes dans le Hebei et le Jiangsu et à annuler des vols.

On se souvient qu’en mars 2015, la mauvaise qualité de l’air à Pékin avait pris une dimension politique à la suite de la diffusion publique sur les réseaux sociaux par Chai Jing, une journaliste d’investigation de la TV d’État, d’un documentaire critique sur la qualité de l’air à Pékin, intitulé « Qiong Ding Zhixia (sous le dôme) ».

Lire notre article La longue marche chinoise vers la conscience écologique

L’impact du documentaire abondamment vu et commenté sur les réseaux sociaux avant d’être censuré, n’avait pas laissé le pouvoir indifférent. Le vaste plan de contrôle des émissions, de réduction de la consommation de charbon et de promotion des énergies renouvelables a été accéléré depuis 2015. A Pékin la nomination à la tête de la municipalité de Cai Qi, un proche de Xi Jinping depuis le passage du président à Hangzhou, esprit ouvert, lui-même très impliqué dans la lutte contre la pollution, marque l’intérêt accru de la tête de l’exécutif pour la lutte contre la pollution de l’air.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. La pollution est enkystée et les solutions complexes. Dans l’industrie, la mentalité de la production quantitative, quel qu’en soit le coût écologique n’a pas disparu. Certains patrons d’usine tardent à prendre des mesures correctives et n’obéissent pas toujours aux injonctions de fermeture. Parfois une mesure trop brutale comme celle récemment prise par la Commission de Réforme et Développement de réduire la production de charbon entraîne des conséquences sur les prix et sur les stocks.

A Pékin un maire adepte des réseaux sociaux.

La nomination à la municipalité de Pékin de Cai Qi, attentif aux réactions de l’opinion avec laquelle il échange sur son blog n’est certes pas en soi une mesure qui, à elle seule, réduira la pollution de l’air à Pékin. Mais la capacité d’écoute de celui qui, au 19e Congrès, a toutes les chances de succéder à Guo Jinlong à la tête du Parti dans la capitale porte l’espoir d’une meilleure attention aux questions sociales et écologiques.

Déjà trois mois à peine après sa nomination, il s’est signalé par des promesses et plusieurs actions concrètes. En 2017, il envisage de réduire de 30% la consommation de charbon dans Pékin et de mettre hors service les centrales thermiques à charbon autour de la ville. Les usines les plus polluantes seront fermées et 2000 autres recevront des subsides pour filtrer leurs émissions. Des purificateurs d’air seront installés dans les écoles, 300 000 véhicules polluants seront interdits, tandis que des équipes spéciales d’une nouvelle police anti-pollution sera chargée de faire mieux respecter les règlements.

L’action du maire s’inscrit dans une politique nationale de rénovation écologique du parc des centrales électriques. Le 5 janvier, l’agence nationale pour l’énergie a confirmé les prévisions du plan quinquennal prévoyant l’injection de 361 Mds de $ d’ici 2020 dans les énergies renouvelables ou non polluantes (éoliennes, barrages, panneaux solaires, centrales nucléaires).

Fin décembre, la Commission pour la Réforme et Développement avait déjà annoncé que le secteur des panneaux solaires recevrait une aide de 1000 Mds de Yuan (136 Mds d’€) dans un contexte où la Chine s’est, en 2016, hissée en tête des producteurs d’énergie solaire.

Mais, rappelant l’ampleur du défi écologique, le 2 janvier, l’Agence Nationale pour l’énergie soulignait qu’en 2020, la part des énergies renouvelables ne compterait encore que pour 15% de la production d’énergie. A cette date, plus de 50% de l’électricité sera encore produite par des centrales à charbon.

Embardée dans l’industrie du charbon.

Convoi de charbon dans le Shanxi. En 2020, plus de 50% de l’énergie électrique sera toujours produite par des centrales à charbon. Les énergies renouvelables compteront pour 15%. Le reste sera fourni par des centrales nucléaires, dont le nombre en augmentation compensera la fermeture des centrales à charbon.


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Enfin dernier avatar de la guerre écologique, en décembre le gouvernement, confronté à une hausse brutale des prix et à des problèmes d’approvisionnement, a été contraint de réviser son plan mis en œuvre en février 2016 pour réduire de 500 millions de tonnes la production de charbon sur 5 années.

Début 2016, confortée par une demande en baisse, des prix effondrés et des stocks au plus haut, le Commission pour la Réforme et Développement (CNRD) a eu la main lourde. Envisageant de couper en une seule année la production de 250 millions de tonnes, elle a enjoint à l’industrie minière de réduire le nombre de jours de travail de 330 à 276. Résultat la production a baissé de plus de 10% entre avril et octobre, assez nettement au dessous les besoins, provoquant à la fois une pénurie et une hausse brutale des prix de plus de 80%.

Pour ne rien arranger, une pénurie de 100 000 wagons de fret – résultat d’une action centralisée suite à la baisse de la demande dans les régions charbonnières du Shanxi, Shaanxi et Monglolie intérieure - a aggravé les délais de livraison accrus.

Depuis l’automne le gouvernement fait marche arrière. Des mines ont été autorisées à augmenter leur production et, en novembre, la réduction du nombre de journées de travail a été annulée jusqu’en mars 2017. La CNRD a également encouragé la signature de contrats entre charbonniers et centrales thermiques dans le but de stabliser les prix. Exemple, en novembre Shenhua Group 神华 et China Coal Group 中国 煤能 源 集团 ont signé des contrats d’une année avec 5 centrales thermiques à 535 $ la tonne alors que le prix du marché était à 606 $.

Mais l’embardée autoritaire de la CNRD a laissé des traces. En janvier Hu Wenqiang, n°2 de Shanxi Coking Coal – 山西 焦 华 Shanxi Jiaohua -, le plus gros charbonnier de Chine, prédisait que la pénurie de charbon durerait tout l’hiver, le redémarrage des mines prenant au moins 6 mois. Par ailleurs soupçonnant que le gouvernement réinstallera la limitation des jours ouvrables après l’hiver, nombre de mines hésitent à faire redémarrer la production. Et, logiquement, tous les charbonniers se satisfont de la hausse des prix et ne se précipiteront pas pour favoriser la baisse.

Enfin, par coïncidence, le 5 janvier, la presse chinoise révélait que l’ancien PDG de Jiao Hua, Bai Peizhong avait été condamné à 13,5 ans de prison pour corruption et trafic d’influence même temps temps que Liao Shuanzhu, prédecesseur de Hu Wenqiang. Les sentences sont les dernières en date d’une série qui avait déjà condamné le n°2 de la province, Jin Daoming à la prison à vie en octobre 2016. Les trois font partie d’un vaste réseau de corruption au Shanxi impliquant des officiers de police, des fonctionnaires et un ancien n°2 de la sécurité publique de la province.

NOTE de CONTEXTE.


Cai Qi, 菜 奇 nouveau maire de Pékin.

Cai Qi, le nouveau maire de Pékin est un adpete des réseaux sociaux, à l’écoute de l’opinion.


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Fin octobre, Cai Qi, 61 ans a été nommé maire de Pékin. Ancien vice-gouverneur du Zhejiang et membre de la Commission Nationale de Sécurité créé par Xi Jinping en 2013, Cai est un proche du président. Comme lui il a fait l’essentiel de sa carrière au Fujian (jusqu’en 2002) où il est né et au Zhejiang. En 2007, il était n°2 du Parti à Hangzhou, fief politique de Xi Jinping, avant d’en devenir le maire (2007 – 2010).

Adepte des réseaux sociaux où, sur Tencent, il animait un blog à 10 millions de lecteurs aujourd’hui muet depuis son transfert à Pékin en 2014, Cai exprime une personnalité qui tranche avec celle de ses collègues plus prudents. Le South China Morning Post raconte qu’au cours d’un de ses échanges publics où les lecteurs l’appelaient « Oncle Qi », il avait promis à une mère que son fils fonctionnaire ne serait plus obligé de boire avec ses chefs « dites moi où votre fils travaille et il ne boira plus ».

Cai Qi est le dernier en date des fidèles de XI Jinping appelés à Pékin pour entourer le président. Il entre dans un cercle où l’on trouve déjà Huang Kunming, n°2 de la Commission de propagande, Liu He, n°2 de la Commission de Réforme et Développement, Li Zhanshu, secrétariat du bureau politique, Chen Xi, n°2 de la Commission d’organisation du Parti, He Yiting, n°2 de l’Ecole Centrale du Parti, Li Shulei, membre de la Commission de discipline.

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