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›› Chronique

La fin des quotas laitiers européens et la force montante du marché chinois

Souvenons-nous, il y a à peine une dizaine d’années les experts expliquaient que les Célestes, indisposés comme tous les Asiatiques par le lactose auquel l’organisme des Chinois ne s’habituait pas, ne supportaient pas le lait de vache.

S’appuyant sur quelques désagréments digestifs, d’ailleurs également présents chez certains Occidentaux, on conseillait même l’abandon des régimes lactés pour les remplacer par des diètes au lait de soja. Suivaient assez souvent des développements teintés de culpabilité occidentale sur les groupes de pression agro-alimentaires qui tentaient par cupidité commerciale d’imposer aux Chinois un produit qui ne leur convenait pas.

Une explosion d’un marché en recherche de qualité.

Il est vrai que nombre d’Asiatiques digèrent toujours assez mal le lait de vache tout en raffolant des yaourts dont les ventes ont explosé en Chine. Mais force est de constater que le marché est en expansion rapide. Il y a encore seulement 5 ou 6 ans en Chine on considérait le lait comme un produit de luxe réservé aux bébés et aux plus riches.

C’était l’époque où le Premier Ministre Wen Jiabao rêvait que « chaque Chinois consomme au moins 500 grammes de produits lactés par jour ». Aujourd’hui le marché s’est emballé. L’explosion a été favorisée par les progrès de la génétique et du traitement UHT qui ont permis d’éliminer les effets allergisants du lactose, tandis que le goût et les besoins du marché se sont focalisés sur le lait pour enfant lyophilisé et les mélanges parfumés que les Chinois découvrent.

Comme toujours dans presque tous les secteurs, la compétition interne entre grands groupes fait rage sur fond de tensions sur la qualité du lait chinois nées des scandales de 2004, 2006 et 2008, ayant provoqué le décès de près de 20 bébés empoisonnés. Ces accidents résultats d’une fraude massive à la qualité coûtèrent la peine de mort au Directeur de la sécurité alimentaire Zheng Xiao Yu, exécuté en juillet 2007 et à deux responsables du Groupe Sanlu convaincus d’avoir mis sur le marché du lait contaminé à la mélanine industrielle, exécutés en 2009.

Depuis, alors que la concurrence étrangère contrôle toujours 75% des ventes, l’État chinois s’est engagé dans une opération d’assainissement du marché dans un contexte confus et contradictoire où se mêlent, d’une part, la promesse de respecter les lois de la concurrence commerciale et d’autre part les tendances adverses conduisant à la création de champions nationaux subventionnés tout comme le sont les producteurs européens par la PAC.

Subsides du gouvernement chinois aux producteurs de lait

Le tableau est encore compliqué par l’implication parfois concurrente des ministères de l’industrie, de l’agriculture et du commerce dont certains fonctionnaires sont accusés de corruption par les sociétés non présentes sur la « short list » bénéficiant des subsides publics. L’objectif est la création d’une dizaine de groupes nationaux à partir des 127 sociétés laitières existantes qui alimentent plus de 1100 usines de fabrication de lait en poudre pour bébé.

Le tout assorti d’un plan d’amélioration de la qualité où, pour l’instant, les grands groupes du secteur comme Yili, Mengniu (Mogolie Intérieure) tous deux classés dans les 20 premiers groupes mondiaux, Wondersun Dairy Feihe, (Heilongjiang) et Treasure of Plateau Yak Dairy (Tibet) tiennent la corde. L’effort financier consenti serait de 30 Mds de RMB (soit 3,5 Mds d’€) attribué à des sociétés ayant déjà investi dans la sécurité des chaînes de fabrication et de distribution.

Simultanément, la Commission de la Réforme et du Développement, l’un des bastions traditionnels des intérêts corporatistes des grands groupes, a engagé une stratégie visant à gêner la promotion en Chine du lait pour nourrisson vendu par les groupes étrangers. En août 2013, une amende de 110 millions de $ pour non respect de la concurrence et fixation illégale des prix a été infligée à Mead Johnston Nutrition Co, Danone, Abbot Laboratories, Friesland Campina ; liste à laquelle a été ajouté le Chinois Biostime International.

L’affaire la plus emblématique avait frappé en août 2013 le groupe néo-zélandais Fonterra qui, début août 2013, avait révélé, avant de préciser qu’il s’agissait d’une fausse alerte, qu’un chargement de 38 tonnes de protéines de lactosérum exportées en Chine était susceptible de contenir une bactérie pouvant provoquer le botulisme. Alors que le gouvernement chinois cherche à tenir à distance les géants du secteur pour promouvoir les producteurs chinois, le groupe Néo-zélandais, n°4 mondial tente aujourd’ui de restaurer son image en Chine.

Le lait breton et normand attire les investissements chinois

Explosion du marché chinois, compétions impitoyables de la filière du lait pour nourrisson - elles-mêmes assorties de contre-attaques contre les groupes étrangers -, aide ciblée du gouvernement aux grands du secteur, frustrations des autres groupes, tel est le contexte qui fonda l’engagement dans la commune de Carhaix en Bretagne, de la laiterie chinoise Synutra basée à Qingdao.

Le calcul du PDG Liang Zhang est simple : en dépit des aides accordées aux groupes chinois pour améliorer la qualité et malgré l’absence de nouveaux scandales en Chine depuis 2008, le public chinois privilégie toujours la qualité du lait en poudre étranger à celle de la production chinoise.

L’intérêt du Chinois, un des 10 premiers fabricants de lait pour nourrisson en Chine à la recherche du lait de qualité, croise celui du maire de Carhaix en quête d’investissements étrangers pour dynamiser sa commune à l’heure où la fin des quotas laitiers prévue en 2015 fait craindre des surproductions et la chute des prix qui pousse les producteurs Français à de drastiques remises en question où fleurissent les projets de regroupement face aux géants étrangers que sont Fonterra, Friesland Campina ou Daily Farmers of America.

L’usine bretonne financée par un apport de 90 millions d’€ mis sur la table par Synutra a commencé à sortir de terre le 10 janvier en présence du ministre délégué à l’agro-alimentaire Guillaume Garot qui accompagnait Zhang Liang le PDG de Synutra et Christian Troadec, le maire de Carhaix. Elle opèrera dès 2015 avec du lait et des savoir-faire français.

Au contrat figurent les promesses du PDG Liang Zhang d’engager 100 employés d’une fabrique de fromages locale qui fermera ses portes à l’été et d’acheter 290 millions de litres de lait par an pendant 10 ans à la coopérative locale Sodiaal (Candia et Yoplait), ce qui constitue la totalité de la production des 1000 laiteries dans un rayon de 20 km. Le tout sera transformé en 100 000 tonnes de lait en poudre pour le marché chinois dont la demande augmente rapidement. En 2013, la France, 2e producteur de produits laitiers en Europe derrière l’Allemagne, a augmenté ses expéditions vers la Chine de 41% par rapport à 2012.

L’élan du marché chinois a également incité la coopérative Sodiaal à investir 10 millions d’€ dans une usine de déminéralisation de lactosérum utilisé dans la fabrication du lait pour nourrisson et dont les 30 000 tonnes produits par an seront entièrement vendus à Synutra. La dynamique a suscité quelques autres initiatives. Selon les Echos, dans le Finistère, le groupe Sill investira 35 millions d’€ dans une nouvelle tour de séchage, tandis que le Chinois Biostime International Holdings Ltd associé à deux laiteries françaises est présent à Isigny Sainte-Mère dans le Calvados.

Cette fois l’investissement de 60 millions d’€ est à la fois chinois et français. La coopérative de Sainte-Mère engage 40 millions d’€ tandis que le Chinois Biostime met sur la table 20 millions d’€ sous forme d’obligations non convertibles qui lui donneront accès à 30% de la production de lait en poudre. Celle-ci passera de 20 000 à 50 000 tonnes par an. Les premières exportations vers la Chine sont prévues pour 2015.

Le président Xi Jiping en France et en Europe.

Ces investissements chinois dans l’agroalimentaire et le lait français font suite à celui du groupe automobile chinois Dongfeng dans PSA. L’accord automobile sera officialisé lors de la prochaine visite en France du Président Xi Jinping.

Cette dernière s’inscrira dans une tournée en Europe (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique) durant laquelle le président chinois participera au 3e sommet sur la sécurité nucléaire organisé à La Haye le 22 mars. Au cours de son voyage Xi Jinping se rendra au siège de l’UNESCO à Paris et rendra visite à la Commission Européenne à Bruxelles – une première pour un président chinois depuis 27 ans -.

Lire aussi : Sécurité alimentaire et image des produits chinois.

Photo De gauche à droite : Guillaume Garot, ministre délégué à l’agro-alimentaire, Christian Troadec maire de Carhaix, Zhang Liang PDG de Synutra et Christian Mazuray, PDG de Synutra France.


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