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›› Politique intérieure

La purge des corrompus n’a pas de cesse

En haut Wu Aiying, ministre de la justice pendant 12 ans n’était pas une juriste, mais un membre politiquement très actif du clan Hu Jintao. En bas son remplaçant Zhang Jun, juriste confirmé.


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Le 14 octobre, à l’issue du 7e plenum du 18e Comité Central et à 4 jours de l’ouverture du Congrès, un bref communiqué a annoncé l’expulsion du parti de Madame Wu Yaiying, 吴爱英, 65 ans, ancienne ministre de la justice qui avait discrètement quitté ses fonctions en mars, remplacée par Zhang Jun 张 军 61 ans, son vice-ministre et n°2 de la Commission Centrale de discipline, proche de Wang Qishan.

Madame Wu et son remplaçant sont tous les deux des anciens de la Ligue de la jeunesse.

Mais contrairement à Zhang qui prit très vite ses distances avec le mouvement pour suivre un cursus de juriste l’ayant conduit au Centre de recherche de la Cour suprême à 29 ans, puis au poste de n°2 de la Haute Cour populaire de Pékin avant d’être nommé vice-ministre de la justice à 47 ans, Wu Yaiying a un parcours de militant politique dans le sillage de la Ligue au Shandong où elle est née. Très active dans le mouvement des jeunes et au profit des femmes, elle est n°2 au Shandong de 1998 à 2003 avant d’être nommée ministre de la justice en 2005 à 54 ans et reconduite à ce poste en 2013.

Le communiqué du Plenum n’a donné aucun détail des fautes reprochées à Wu, membre du Comité Central depuis 2012, sinon qu’elle avait « sérieusement enfreint la discipline du Parti – 严重 违反 党纪 - ». Son exclusion de l’appareil suit une inspection de la Commission Centrale de Discipline en mars et avril 2016 ayant précipité la chute en juin 2017 de Lu Enguang, chef du département de politique du ministère accusé d’avoir accepté et distribué des pots de vin et d’avoir falsifié son CV.

Récemment Wu a été aperçue au sein d’une séance télévisée d’éducation morale et politique dispensée aux cadres.

Au cours de ses mandats, Wu s’était attaquée aux pratiques illégales des cabinets juridiques et a fait voter en 2010 une un loi répressive visant les avocats.

Très critiquée pour son flagrant manque d’expérience des affaires légales et son obsession punitive destinée à maintenir « la stabilité sociale » en cohérence directe avec les préoccupations du pouvoir, renforçant encore l’obédience de la justice à l’exécutif, elle avait, en 2016, fait l’objet d’une pétition de 400 avocats demandant son départ pour avoir fait voter des lois et promulgué des règlements anticonstitutionnels.

Mais s’il est vrai que son remplacement est techniquement justifié au nom de l’exigence professionnelle, son élimination brutale du Parti a, à l’évidence, d’autres raisons où le nettoyage éthique se mêle à la lutte de clans, son appartenance claire à la mouvance de l’ancien président et des jeunesses communistes à qui elle doit sa carrière et ses promotions n’étant un secret pour personne.

Deuxième femme chinoise ministre de la justice après Shi Liang qui fut le premier ministre de la justice de la RPC de 1949 à 1959, Wu Aiying fait partie d’une « charrette » de 12 membres du Comité Central récemment exclus du Parti dont Sun Zhengcai ancien n°1 à Chongqing et Xiang Junbo ancien président de la Commission de régulation des assurances.

Selon le magazine Caixin, au moins 4 autres suivront dont Liu Xuepu, n°2 du Comité permanent de l’Assemblée provinciale de Chongqing, Zu Yanfeng, PDG de Dongfeng, le général Zheng Qunliang, commandant en second l’armée de l’air et Zhao Jin, directeur du département de la propagande du Yunnan. Depuis 5 ans, 40 membres permanents ou suppléants ont été exclus du Comité Central, soit plus de 10% de l’effectif total (205 permanents et 171 suppléants).

Relève surprise à la CMC.

En haut le général Fang Fenghui, chef de l’état-major général, membre de la CMC, a été remplacé fin août par le général Li Zuocheng (en bas) qui bénéficie depuis 2013 d’un avancement accéléré.


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L’autre figure visible du régime, peut-être entrée dans le radar de la Commission de discipline est le Général Fang Fenghui 房 峰 辉, ancien chef de l’état-major général à la CMC remplacé fin août par le général Li Zuocheng 李 作 成, 64 ans proche de Xi Jinping qui bénéficie depuis 2013 d’une promotion accélérée, alors que sa carrière avait piétiné sous Hu Jintao.

Ancien du Vietnam où il avait combattu comme commandant de compagnie en 1978 et fut distingué par le Comité Central, promu général en 2015, il fut aussitôt nommé premier commandant de l’armée de terre dans la toute nouvelle structure des forces. Seulement deux années après cette promotion flamboyante, le voilà à la Commission Militaire Centrale.

Le 28 août dernier on le voyait dans sa nouvelle fonction rencontrer le général Qamar Javed Bajwa, nouveau commandant l’armée de terre pakistanaise depuis novembre 2016, relation stratégique de première importance pour la Chine, à la fois soucieuse d’y consolider son influence et préoccupée par la rémanence meurtrière du terrorisme islamiste. Lire à ce sujet : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

Comme l’écrit Cheng Li de la Brookings, la promotion de Li Zuocheng né en 1953, laisse présager le départ prévisible de la Commission militaire centrale des officiers gnéraux nés avant 1950 : le n°2 de la Commission Fan Changlong (范长龙, né en 1947) ; le ministre de la Defense Chang Wanquan (常万全, né en1949) ; et de trois autres atteints par la limite d’âge : Zhao Keshi (赵克石, né 1947), Wu Shengli (吴胜利, commandant la marine, né en 1945), et Ma Xiaotian (马晓天, commandant l’armée de l’air, né en 1949).

Quant au général Fang Fenghui lui-même né en 1951 qui faisait partie des délégations autour de Xi Jinping en Floride en avril et du dialogue stratégique sino-américain, le 21 juin ; qu’on avait également vu accueillir à Pékin le général américain Dunfold, Président du comité des chefs d’état-major le 15 août dernier, sa disparition renforce les chances du général Xu Qiliang, né en 1950 de succéder à Fan Changlong, comme n°2 de la CMC.

Interrogé par des journalistes, le général Ren Guoqiang porte parole du ministère de la défense, dit tout ignorer de l’affaire, mais plusieurs sources affirment que Fang aurait été mis en examen.

A la veille Congrès, la relève de Fang, écrit James Mulvenon dans le « China Leadership » d’octobre, semble être un coup de semonce à l’armée qui résonnera aussi aux oreilles civiles. Une chose est sûre, ajoute t-il, les officiers promus au Congrès auront pris conscience de la fragilité de leur position à la merci du pouvoir central.

Lire aussi : La grande remise à niveau opérationnelle des armées. (Suite)


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