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La « sinisation » en panne au Tibet

[18 février 2012] • François Danjou

Aujourd’hui la Chine doit, en plus des contradictions de son développement, s’accommoder de la diversité ethnique de sa population en des temps de bouleversements sociaux et économiques rapides. En Occident, on mesure parfois l’importance que le Bureau Politique a accordé à l’intégration des communautés allogènes disparates. Mais on n’a pas toujours conscience de l’importance politique que la question ethnique revêt pour le pouvoir central.

Le Tibet et le Xinjiang font la une de l’actualité avec leurs émeutes récurrentes sur fond d’incompréhensions culturelles et religieuses, dans un contexte où les Han se voient eux-mêmes comme les héritiers d’une histoire linéaire sans véritable rupture. Ces racines culturelles remontent aux dynasties antiques des Xia, des Shang et des Zhou – 2200 à 481 avant J.C -, à Confucius, puis au premier Empire de Qin, qui donna son nom à la Chine, suivi des Han, à l’origine de la première expansion chinoise en Asie.

Le poids mal connu des minorités.

Mais il existe de nombreuses autres minorités qui parlent des langues différentes et se réfèrent à d’autres traditions historiques et culturelles. Elles ne comptent que pour 7% de la population, ce qui paraît peu, mais leur nombre est tout de même proche des populations de la France et de l’Espagne réunies. Plus encore, elles représentent presque 50% des habitants sur des territoires qui couvrent plus de la moitié de la Chine.

Ces espaces peuplés de groupes ethniques différents vont de la province du Xinjiang, accolée à l’Asie Centrale, avec ses importantes ressources énergétiques et minières, au vaste plateau tibétain qui n’englobe pas que la province autonome, mais également tout le Qinghai, ainsi que les zones à majorité tibétaine, aujourd’hui annexées aux provinces du Gansu et du Sichuan.

Au sud-ouest ils s’étendent jusqu’au Yunnan et au Guangxi qui jouxtent la province de Canton. Ces trois dernières provinces abritant plus de 40 millions de non-Han appartenant aux minorités assez peu connues hors de Chine, des Naxi, des Yi et des Dai.

A l’époque, pas très éloignée, du chaos marqué par les rivalités des Seigneurs de la guerre, des pans entiers du territoire chinois étaient aux mains de chefs de clans qui, parfois, n’appartenaient pas à l’ethnie Han majoritaire. Dans un contexte politique et culturel où la capacité à garantir l’unité centralisée du pays reste un des marqueurs de la légitimité du pouvoir, les réalités ethniques, que le Parti a toujours en tête, fondent à la fois l’inquiétude des dirigeants chinois face au risque de contagion séparatiste et leur détermination à la briser sans faiblir.

Au cours de l’histoire récente, les réponses aux menaces de divisions d’origine ethnique ont varié. Au milieu des années 80, Hu Yaobang, le Secrétaire Général de sensibilité libérale, s’était distingué par ses idées très à contre courant sur la question tibétaine. Il ordonna en effet de réduire le nombre de fonctionnaires Han dans la province et obligea ceux qui restèrent à apprendre le Tibétain. Pour lui, l’amélioration de la situation au Tibet passait d’abord par l’augmentation des budgets dédiés à la province, l’amélioration du niveau d’éducation et surtout le renouveau de la culture tibétaine.


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